Finance éthique : le grand malentendu !

 

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Titre : Finance éthique : la grand malentendu
Auteur : Gaëtan Mortier
Prix public TTC : 9,90 euros



Cet ouvrage porte un regard critique, lucide et sans concession sur l’univers de l’investissement socialement responsable (ISR) et la responsabilité financière. Gaëtan Mortier en explique les origines, en décrypte les rouages et les évolutions. Il révèle comment les intentions des pionniers de cette mouvance ont été détournées par l’arrivée, en son sein, des majors de la finance. Il fournit des pistes et des solutions pour un renouveau de l’activisme actionnarial et pour mettre fin au grand malentendu de la finance éthique afin de proposer une réelle alternative aux dérives de la finance, à la défiance envers les agences de notation et à l’urgence sociale. Cet ouvrage dessine les contours d’un mieux vivre ensemble, au service de l’intérêt général et d’un éveil de la conscience écologique.

Biographie de l’auteur :
Gaëtan Mortier est diplômé d’économie et de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble. Après avoir rejoint l’équipe de la Commission européenne, à Bruxelles, il a intégré la principale agence de notation sociale américaine, et compte parmi les 15 meilleurs analystes mondiaux de l’ISR. Il mène une action militante au sein des collectifs Sauvons les riches, Génération précaire et Jeudi noir ; il est membre du conseil de surveillance de la Fondation pour l’écologie politique.

Broché : 96 pages
Éditeur : FYP Éditions
Collection : Stimulo
Mots clés : Finance, Éthique, Activisme, Investissement socialement responsable

EAN 13 : 978-2-916571881

 

 

 

 

 

C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris la disparition de Gaëtan Mortier.
Gaëtan était connu pour son engagement dans les luttes pour le bien commun au sein de collectifs comme Génération Précaire, Sauvons les riches ou Jeudi Noir. Il s’était impliqué avec beaucoup d’enthousiasme et de sincérité dans la rédaction de son ouvrage « Finance éthique : le grand malentendu » que nous avons publié en 2013 dans la collection Stimulo.

L’équipe de FYP éditions rend hommage à son action et conservera le souvenir d’un homme sincère, enthousiaste et capable de s’engager sans réserve pour le bien commun. Merci à lui pour les moments chaleureux que nous avons passés ensemble.

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Un article de Catherine Bernard sur l’ouvrage, pour le site Slate.fr

 

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Pour résoudre les grands problèmes de nos sociétés, il y a deux façons. D’abord, la manière ingrate: s’y atteler frontalement. Combattre la précarité, le chômage, les discriminations, lutter contre la pollution, limiter les émissions de gaz à effet de serre, diminuer la dette publique, etc. au prix d’efforts quotidiens, d’un engagement général de tous les acteurs de la société. C’est long, difficile, politiquement risqué, bref, absolument pas sexy. Difficile cependant, d’y couper.

 

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– Money Laundering / Images of Money via FlickrCC Licence by –

 

Mais dans certains cas, il existe une seconde manière, bien plus attrayante: changer les comportements non pas en culpabilisant les citoyens ou en les contraignant, mais en les récompensant de leurs efforts, la récompense pouvant être financière ou purement sociale. Consommer vert, par exemple, c’est plutôt bien vu.

L’intérêt de cette seconde méthode qui, du reste, s’insère en général assez harmonieusement dans l’économie de marché, c’est qu’elle favorise l’innovation –comment inventer des produits, services et comportements, plus responsables?–, et donc la croissance, et qu’elle est à court terme relativement plus indolore.

Malheureusement, cette seconde voie n’est pas à l’abri de méchantes intentions. On connaît le greenwashing, autrement dit, l’art de faire passer pour «vert» un produit ou service qui, du point de vue de l’environnement, aurait mieux fait de ne jamais voir le jour.  Bienvenue ici dans le monde du «fairwashing», l’éco-blanchiment.

Un instrument marketing

Car dans un petit ouvrage, La finance éthique: le grand malentendu,Gaëtan Mortier s’attaque à un autre de nos mythes contemporains: la finance éthique.

Gaëtan Mortier la connaît bien: c’est elle qui l’a fait –et plutôt bien– vivre pendant ces dernières années. Il était en effet analyste ISR (investissement socialement responsable) au sein d’une grosse entreprise américaine de notation sociale, jusqu’à l’automne dernier (il a expliqué sa démission dans une tribune dans le journal Libération). Dans ce livre, il en rajoute une couche: oui, la finance éthique est un oxymore.

On aimerait ne pas le croire, mais la grande qualité de Gaëtan Mortier, c’est qu’il explique bien et vite, au point que l’on termine les quelque 90 pages de son livre plutôt convaincue.

Le coeur de son raisonnement est le suivant: si vous croyez contribuer au bien-être des salariés et de la planète en plaçant votre argent dans un fonds ISR, détrompez-vous. Les fonds IRS et les fonds traditionnels, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Il paraît même qu’un quart des fonds ISR ont une empreinte carbone supérieure aux fonds classiques.

Gaëtan Mortier décortique tous les processus ayant progressivement abouti à cette situation absurde où l’ISR devient un instrument marketing au service même des acteurs qu’il était censé mettre en cause.

La principale raison est simple: l’ISR est devenu une forme d’investissement comme une autre, répondant exactement aux mêmes logiques. Et pour cause, la notation ISR fonctionne comme la notation financière classique.

Ainsi, «les grandes agences de notations analysent les questions sociales et environnementales comme de purs facteurs de risques et d’opportunités financières». Autrement dit, on ne met pas nécessairement de bons points à ceux qui respectent (ou font mieux que) les réglementations sociales, mais bien plutôt à ceux qui ne se soumettent pas à de nouveaux risques environnementaux ou sociétaux en fonction d’un durcissement de la législation sociale dans leur pays.

En réalité, le malentendu est profond: de la même façon que consommer vert, c’est toujours consommer, et parfois trop, spéculer éthique, c’est toujours spéculer, et donc attendre un retour sur investissement. Or  l’éthique ne rapporte pas toujours, assène Gaëtan Mortier.

Retrouver le sens originel

N’en déplaise à tous ceux qui discourent sur l’intérêt financier qu’auraient les entreprises à être plus vertueuses, être exemplaire rapporte  parfois, mais peut également coûter –financièrement– cher. Et du reste, à  l’inverse, certains «sin funds» (fonds du péché), autrement dit les fonds qui sont spécialisés sur des secteurs lucratifs et pas forcément vertueux,  affichent des performances financières hors pair. A trop vouloir vanter l’avantage financier de l’ISR, on risque soit de décevoir, soit, pire, de faire passer pour socialement responsable des stratégies qui ne le sont pas.

Pour que l’ISR reprenne son sens originel, Gaëtan Mortier explore plusieurs pistes. Celle, d’abord, de la régulation: la définition de l’ISR ne doit pas dépendre des acteurs du marché eux-mêmes mais faire l’objet de labels publics. De même que les agences de notation doivent être financièrement indépendante des marchés et de leurs clients.

La notion d’ISR en outre, devrait être élargie, pour s’étendre à l’ensemble de la «dette socio-environnementale» d’une entreprise: pour un euro dépensé, quel est le coût des externalités négatives pour la société et l’environnement?

Tout ceci n’est pas impossible: l’auteur cite quelques institutions, malgré tout, un peu plus éthiques que d’autres (la Nef, le Crédit coopératif…) ainsi que l’exemple du fonds d’investissement étatique norvégien qui n’hésite pas à communiquer sur les sociétés qu’il exclut de ses placements. Ce fonds d’investissement cependant, aussi exemplaire soit-il, est alimenté par la rente pétrolière du royaume septentrional. Pas très durable tout cela…

Catherine Bernard

Conseiller

« L’esprit d’origine de l’ISR a été dénaturé »

19 juillet 2013 | Emmanuelle Gril |

En avril 2013, un ouvrage de moins de 100 pages a semé l’émoi dans la communauté des agences de notation sociale. Son auteur, Gaëtan Mortier, un « transfuge » de cet univers, y dénonce la perversion du concept d’investissement socialement responsable (ISR) et fait un plaidoyer pour un retour aux vraies valeurs.

Mais qu’est-ce qui a poussé Gaëtan Mortier à quitter l’univers doré des agences de notation sociale, où il bénéficiait pourtant d’une rémunération et d’un traitement privilégiés? C’est tout simple : selon lui, l’investissement socialement responsable a vendu son âme au diable, en l’occurrence, à la finance. « La finance éthique n’a pas su proposer d’alternatives crédibles aux dérives de la spéculation et de la cupidité de systèmes bancaires hors-sol, écrit-il dans son ouvrage. Victime de son succès auprès des banques et des agences de notation, le projet a été vidé de sa substance. Pire, il a parfois été utilisé par les grands investisseurs pour légitimer la spéculation, la précarité, les rémunérations indécentes et les investissements polluants. Voici le grand malentendu de la finance éthique! »

Dans le domaine de l’ISR, les agences de notation sociale font la pluie et le beau temps, examinant et notant la performance sociale, environnementale et éthique des entreprises. C’est dans cet univers que le jeune Gaëtan Mortier, alors âgé de 23 ans, plonge tête première en 2006. Fraîchement émoulu de l’Institut d’études politiques de Grenoble et après avoir œuvré pour la Commission européenne à Bruxelles, il est recruté par l’une des principales agences de notation sociale américaine, RiskMetrics. Celle-ci passera plus tard aux mains du groupe MSCI, une émanation de la banque Morgan Stanley.

Rapidement, Gaëtan Mortier devient l’un des 15 meilleurs analystes ISR au monde, selon un classement publié par Reuters. Mais ce qui devait être un emploi stimulant en accord avec ses principes en matière d’éthique et de développement durable s’est métamorphosé, au gré des mutations qu’a connues le monde de l’ISR. Le talentueux analyste ressent alors un malaise de plus en plus profond et finit par démissionner en mars 2012. Il explique d’ailleurs les raisons de ce choix dans une tribune parue dans le quotidien français Libération, en septembre 2012. Quelques mois plus tard, après avoir laissé la poussière retomber, il écrit La finance éthique : le grand malentendu, paru en avril 2013. Cet ouvrage est un véritable réquisitoire destiné à faire réfléchir, mais aussi à faire réagir.

Shell, BP et Total dans les fonds ISR

« Il y a eu une véritable dégradation du milieu depuis le moment où je l’ai intégré, explique Gaëtan Mortier en entrevue à Conseiller.ca. De nombreux rachats, des consolidations ont transformé peu à peu la culture de l’intérieur. L’esprit d’origine de l’ISR a été dénaturé ». En clair, on est passé d’un paysage de petites agences de notation dynamiques avec beaucoup de créativité, à de très grandes structures à la capacité d’initiative individuelle réduite. Désormais, le milieu recrute aussi des analystes qui possèdent une « culture Wall Street », appliquant donc une grille d’analyse uniquement financière.

Autrement dit, l’ISR est devenue une forme d’investissement comme une autre, qui répond à la même logique que la notation financière traditionnelle. « On assiste à une dérive et à une récupération du concept de développement durable. On connaissait le greenwashing, mais aujourd’hui on voit apparaître le phénomène de fairwashing ou équiblanchiment », fait valoir Gaëtan Mortier.

Pourquoi cette dérive? Parce qu’on a mis en avant la notion de transparence, sans tenir compte du contenu véritable ni de l’incidence des activités. Par exemple, les entreprises qui publient les meilleurs rapports de développement durable, même si elles sont polluantes, peuvent obtenir de bonnes notes des agences de notation justement parce qu’elles font preuve de transparence. Surprise! On retrouve Shell, BP et Total dans les fonds ISR, bien que ce soient des compagnies qui œuvrent dans les énergies fossiles, donc très dommageables pour l’environnement.

« Au lieu d’exclure des compagnies à cause de leurs activités qui vont en contradiction avec le développement durable, on se contente de choisir les « meilleures de la classe » [les plus transparentes], et ce, même si elles ont une empreinte de carbone supérieure aux autres. De plus, parce que les agences de notation analysent les réglementations sociales et environnementales comme de purs facteurs de risque et d’opportunités financières, elles peuvent attribuer de bonnes notes à des entreprises qui dans le fond, ne le mériteraient pas, bien au contraire », fait valoir Gaëtan Mortier. Il illustre cette réalité avec l’exemple de Ryanair, une compagnie aérienne européenne à bas prix. « Quand elle a décidé de fermer une partie de ses activités françaises pour limiter son exposition au risque de grève, les analystes des agences de notation ont considéré que la compagnie diminuait ainsi son risque social, et par conséquent a monté d’un cran la note de Ryanair », explique-t-il. Étrange logique en effet…

Des solutions?

Loin de faire preuve de cynisme, Gaëtan Mortier se veut plutôt un optimiste-réaliste. « Il faut être lucide et en finir avec les discours angéliques comme quoi le marché va finir par s’autoréguler… Selon moi, une action citoyenne est indispensable si l’on veut faire bouger les choses. Plusieurs options s’offrent à nous : changer de banque, exiger la transparence de son assurance, sa caisse de retraite ou de son syndicat. Par exemple, en déplaçant son épargne vers une banque éthique, chaque citoyen permet de refonder un système social plus juste et soutenable », fait valoir Gaëtan Mortier, qui est d’ailleurs très impliqué dans divers mouvements d’action citoyenne comme Sauvons les riches (l’équivalent français des « Indignés »), Génération précaire et Jeudi noir.

Il rappelle que le monde de l’activisme actionnarial a déjà porté de nombreux combats par le passé, avec succès. « Pendant la guerre du Vietnam, aux États-Unis, les investisseurs ont commencé à boycotter les entreprises qui soutenaient la guerre », rappelle-t-il, obligeant par exemple Dow Chemical à cesser la production de napalm. Une source d’inspiration à méditer…


La finance éthique : le grand malentendu, Gaëtan Mortier, FYP, avril 2013, 95 p., 13,95 $.

 

 

 

 

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