Le design des choses à l’ère du numérique et de l’IA
Jean-Louis Frechin

« Aujourd’hui, créer, c’est s’engager. »

256 pages
24 €

Le design s’affirme désormais comme un levier puissant des transformations qui façonnent notre société, notre économie et notre environnement. Jean-Louis Frechin, pionnier du design numérique, praticien reconnu et théoricien majeur du design, nous livre une exploration complète de cette discipline multidimensionnelle, en constante évolution. Il nous fait découvrir comment le design redéfinit notre relation aux objets, aux services et aux interfaces, et aborde des questions essentielles comme la transition énergétique et l’éthique. Il propose également une exploration approfondie de l’intelligence artificielle et révèle comment son interaction avec le design ouvre des horizons sans précédent, mais pose aussi de nombreux défis. Une lecture essentielle qui permet de saisir les enjeux actuels et futurs du design ; un livre indispensable à tous les créatifs, les innovateurs et tous ceux qui sont engagés dans les transformations de notre époque.

Jean-Louis Frechin est l’un des grands designers français contemporains. Architecte de formation, diplômé de l’Ensci, il est le fondateur de NoDesign, la première agence de design numérique. Enseignant, fondateur de l’Atelier de design numérique, ancien directeur de l’innovation et de la prospective de l’Ensci-Les Ateliers, conférencier international, commissaire d’exposition, chroniqueur pour le quotidien Les Échos, Jean-Louis Frechin est spécialisé dans la création, l’innovation et les réflexions stratégiques dans les domaines des technologies de l’information, des interactions et des usages sur des projets industriels, urbains et culturels. Il a été décoré Chevalier de l’ordre national du Mérite.


Extrait — Le disegno ou l’histoire d’un « e » perdu

Pourquoi les Français ont-ils tant de mal à comprendre le design dans sa plénitude ? Jean-Louis Frechin remonte à la source — et trouve la réponse dans la suppression d’une seule lettre, au xviie siècle.

À Florence, en Italie, les artistes de la Renaissance sont autant ingénieurs que les ingénieurs sont artistes. Le disegno est l’un des concepts les plus importants de la théorie de l’art. Il signifie à la fois projet et dessin, ambition et réalisation. Le disegno est l’idea — mais également, comme l’a théorisé l’architecte et peintre toscan Giorgio Vasari, l’« expression sensible de l’idea ». Le disegno est l’esprit du projet de design : la rencontre du fond, de la forme et du sens par la mise en œuvre d’une idée dans un projet ; à la fois l’ambition, l’incandescence de l’œuvre et son exécution.

Au xviie siècle, en France, les théoriciens de l’art proposent une traduction du disegno : le « dessein », en conservant le double sens du terme — l’idée et sa représentation. Ainsi, le Littré définit le terme « design » comme l’ancêtre du mot « dessein », issu de l’ancien français « desseing », qui signifiait à la fois montrer, indiquer et dessiner. Puis vient le théoricien Roger de Piles, qui propose de réduire le « dessein » à sa dimension purement pratique : le « dessin ».

Avec le retrait de ce « e », toutes les caractéristiques qui donnaient au disegno sa signification intellectuelle et métaphysique — le génie, l’invention, l’idée, la forme, le sens, l’incandescence de l’œuvre — sont retirées du dessin, dont la signification est désormais plus étroite. Il ne dit plus qu’il existe une relation nécessaire entre le dessin et la pensée.

Ce changement sémantique, cohérent avec la construction de notre culture rationnelle et scientifique issue des Lumières, signe la longue incompréhension du design et des rapports entre « forme et fond », « idée et pratique », « technique et projet » dans notre pays. La perte de ce « e » peut expliquer en partie la difficulté qu’ont les Français à comprendre le design dans sa plénitude. Depuis que dessein est devenu dessin, le disegno n’a plus d’équivalent dans notre langue. Il faut désormais plusieurs mots pour dire ce qu’un seul mot, fidèle à l’italien, disait au xviie siècle.

C’est en 1712, en Angleterre, qu’Anthony Ashley-Cooper introduit dans la théorie anglaise de l’art le concept de design, fidèle au sens originel du disegno. On utilisera désormais drawing pour le dessin comme exécution d’un tracé, et design — issu du terme français « desseing » — pour représenter simultanément l’intention, l’idée et sa représentation, le projet et son exécution. Design est à la fois le dessin et le dessein, l’ambition et l’intention. En cela, le design est dans la pure lignée du disegno. Et paradoxalement, c’est la langue anglaise qui a conservé l’héritage intellectuel de la Renaissance italienne, là où le français l’avait perdu.

Jean-Louis Frechin, Le design des choses — à l’heure du numérique et de l’intelligence artificielle, FYP éditions, nouvelle édition augmentée.


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Jean-Louis Frechin — Nouvelle édition augmentée — FYP éditions