Donald Trump, le businessman multimilliardaire, l’intouchable, celui qui «finance tout seul» sa campagne a retourné sa veste. Le 4 mai, au lendemain de sa victoire à la primaire de l’Indiana, il annonçait vouloir lever des fonds pour la suite de sa campagne. Fini sa stratégie de démarcation vis-à-vis du financement traditionnel. A ce changement, rien d’étonnant, selon Marie-Cécile Naves, sociologue à l’Institut des relations internationales et stratégiques et auteure de Trump, l’onde de choc populiste (1). «Dès le départ, c’était certain qu’il ne pourrait entièrement s’autofinancer. Le coût des campagnes n’a cessé d’augmenter depuis 2008. Il faut 1 milliard de dollars [900 millions d’euros, ndlr] pour mener jusqu’au bout une campagne.»

Trump en est bien loin. Selon le dernier rapport de la Commission électorale fédérale (FEC), il aurait réuni, depuis son entrée en campagne, 66,4 millions de dollars, soit 60 millions d’euros. Face à lui, Hillary Clinton revendique 284 millions d’euros. Quasiment cinq fois plus. «On n’a jamais vu un candidat arriver à ce point de la campagne avec aussi peu de moyens,soulève Bob Biersack du Center for Responsive Politics, un organisme de recherche indépendant qui réunit des données liant politique et argent. Trump a pu tenir jusque-là grâce à l’attention médiatique dont il a profité.»

Comble

Le candidat républicain a su habilement utiliser sa notoriété, l’obsession des médias pour sa personne et les réseaux sociaux pour contourner les canaux habituels de communication, très onéreux. La grande majorité de ses fonds étaient jusqu’ici issus de sa fortune – il affirme détenir plus de 9 milliards de dollars (Forbes lui en attribue plutôt 3,6 milliards). «Un prêt» qu’il espérait bien récupérer une fois la campagne terminée, mais ce ne sera sûrement pas le cas. Fin juin, il a été contraint d’«effacer un prêt de 45 millions d’euros devenu une contribution», a annoncé le directeur financier de sa campagne, Steven Mnuchin. La nomination de ce dernier, après le licenciement brutal de Corey Lewandowski, s’intègre justement dans le virage pris par Trump, désormais à la recherche de financements conventionnels. Car Mnuchin n’est autre qu’un ancien de la banque d’affaires Goldman Sachs. Un comble pour un candidat qui n’a eu de cesse d’attaquer les milieux financiers… Trump tente désormais de les séduire, mais ces derniers se méfient de lui, et surtout de son programme économique, considéré comme «de niveau maternelle» par Stanley Druckenmiller, un milliardaire bien installé à Wall Street. Un fonds anti-Trump a même été monté.

Pour son équipe, toutes les stratégies sont bonnes pour rattraper le retard pris. Des Super PAC, ces organisations supposées indépendantes tenues par les équipes de campagne des candidats, qui peuvent récolter des dons illimités, ont été créés – 20 répertoriés par la FEC en juin, pour un total de plus de 20 millions d’euros. «A ce stade de la campagne, cette compétition est un signe de fragilité, analyse Marie-Cécile Naves. Comme souvent avec Trump, on dirait de l’improvisation.»

«Lièvre et tortue»

Face à lui, se dresse une Hillary Clinton rodée à l’exercice de la levée de fonds. Avec leurs différents passages dans les hautes sphères de la Maison Blanche, les Clinton gardent des liens très forts avec les élites de Washington. Et la candidate démocrate ne s’est pas montrée hostile aux pratiques de spéculation de Wall Street. «Entre Clinton et Trump, c’est le lièvre et la tortue en termes de financement de campagne», tranche Marie-Cécile Naves. Le second a beaucoup moins d’expérience et n’a pas construit de relations solides avec les corps intermédiaires (lobbys, think tanks et communautés religieuses), qui ont un poids de plus en plus important dans les campagnes. Bob Biersack n’est pas inquiet pour le candidat. «Si Trump échoue aux élections, ce ne sera pas à cause d’un manque de moyens financiers, assure-t-il. Il trouvera sans aucun doute cette somme maintenant qu’il est soutenu par le parti.» Le milliardaire pourrait encore surprendre par son habilité à mener la bataille avec des finances bien inférieures à celles de son adversaire. Il a étonné plus d’une fois lors de la primaire, malgré une campagne hors des clous.

(1) FYP éditions , août 2016.