Supercroissance : blockchain, deep learning, lean startup. La stagnation séculaire n’aura pas lieu

 

Supercroissance – La stagnation séculaire n’aura pas lieu

de Faÿçal Hafied.

Après la crise financière de 2008, l’inefficacité des plans de relance, des politiques monétaires accommodantes et l’accentuation des inégalités sociales conduisent à s’interroger sur la capacité des États à contrôler l’économie.
Un irrésistible sentiment de déclin s’est installé.
L’ubérisation de l’économie s’est avérée être destructrice de nombreux emplois. Les cols bleus sont menacés par les robots et les cols blancs sont également dans le collimateur de l’intelligence artificielle.
La « quatrième révolution industrielle » ne tiendrait pas ses promesses en matière d’emploi et la prospérité attendue n’est pas au rendez-vous. Faÿçal Hafied affirme que le spectre d’un enlisement dans une « stagnation séculaire » n’est que le produit d’un système de pensée devenu obsolète : nous sommes au contraire à la veille d’une croissance sans précédent dans l’histoire du capitalisme. Il démontre que nous traversons en réalité une époque de « destruction créatrice » hors du commun, et que s’ouvre un âge d’or de l’innovation (blockchain, deep learning, lean startup, innovation radicale, impôt négatif universel, etc.). Même si cette transition s’accomplit dans la douleur, l’économie centralisée actuelle va laisser place à un nouveau modèle de société, collaboratif et participatif, socle d’une croissance considérable soutenue par un progrès inédit.

Broché 252 pages

Prix 18 euros TTC

ISBN 978-2-36405-152-2

 

 

 

 

Faÿçal Hafied est essayiste, spécialiste du financement de l’innovation, du capital-risque et de l’évaluation des start-ups. Il intervient régulièrement dans les médias et les think tanks.

 

 

Supercoissance, livre coup de coeur de La Biblio de l’éco sur BFM businesommaire

Sommaire
Introduction L’année zéro de la supercroissance
Chapitre 1 La stagnation séculaire est la mesure de notre ignorance
1. La croissance, nouvel opium du peuple
2. Une aversion grandissante pour le risque
3. L’introuvable « paradoxe de Solow »Chapitre 2 Les forces motrices
1. Des conditions favorables à la sérendipité
2. Vers une société d’entrepreneurs ?
3. Le contournement des circuits traditionnels de création de valeurChapitre 3 Les vents contraires institutionnels et intellectuels
1. L’âge du capital frileux
2. Un capitalisme de managers plutôt que d’entrepreneurs
3. Une régulation entravante

Chapitre 4 La frontière technologique et industrielle
1. Le règne de l’agilité
2. Les industries du futur sont porteuses d’innovations radicales

Chapitre 5 La polarisation du travail
1. Automatisation et compétences professionnelles
2. Un marché du travail en voie de recomposition

Chapitre 6 Une supercroissance inégalitaire
1. Le vainqueur prend tout
2. Les territoires de la supercroissance

Chapitre 7 Libérer le potentiel de la supercroissance
1. Un impôt négatif universel plutôt qu’un revenu universel
2. Un droit du travail moderne, au diapason des nouvelles formes d’emploi
3. Accélérer la transformation numérique des entreprises
4. Mieux orienter le capital humain vers les compétences numériques
5. Concevoir un écosystème d’innovation ouvert pour favoriser la sérendipité
6. Le « capital patient » et le « capitalisme d’entrepreneur »
7. Mieux allouer l’épargne vers les investissements risqués
8. Simplifier le « maquis réglementaire »

Conclusion Quand la supercroissance tue l’idée de progrès

Interview de Céline Deluzarche pour Usbek et Rica le 12 mars 2018 :
Capital, travail, technologie… Jamais, dans l’histoire, les facteurs de l’innovation n’ont été aussi puissants, assure l’essayiste Faÿçal Hafied dans son livre Supercroissance. La stagnation séculaire n’aura pas lieu (FYP éditions, 2017). Pour ce spécialiste du capital-risque et du financement de l’innovation, qui a contribué au récent rapport sur la réforme du bac et de l’apprentissage, nous traversons une époque de « destruction créatrice » hors du commun, et c’est un véritable âge d’or de l’innovation qui s’annonce, porté entre autres par les progrès en matière de blockchain et de deep learning. Une thèse optimiste, à contre-courant d’un grand nombre d’économistes, dont Robert J. Gordon, pour qui la croissance des 250 dernières années n’aura été qu’un « épisode sans équivalent dans l’histoire de l’humanité ». Dans son livre, Faÿçal Hafied s’acharne à dénoncer les freins qui, selon lui, entravent toutes les magnifiques possibilités qui s’offriraient à nous, au premier rang desquels les règlementations absurdes, les politiques de court-terme et la frilosité des investisseurs. Il reconnaît, cependant, que la « supercroissance » qu’il appelle de ses voeux sera imprévisible et inégalitaire.Beaucoup d’économistes s’accordent aujourd’hui pour dire que nous sommes entrés dans une ère de « stagnation séculaire » et qu’il faut s’habituer à une croissance faible. Pourquoi ne croyez-vous pas à cette thèse ?D’abord, cette théorie n’est pas nouvelle : elle a été édictée au lendemain de la crise de 1929 par Alvin Hansen, un économiste et professeur émérite de Harvard. Et elle a connu une véritable résurrection après la crise des surprimes, en 2008, notamment avec les écrits de Robert J. Gordon ou Patrick Arthus. Or, ces approches sont basées sur des concepts très macro-économiques et ne prennent pas en compte tous les facteurs micro-économiques, qui n’ont jamais été aussi favorables à la croissance.

Quels sont ces facteurs de « supercroissance » justement ?

La croissance résulte de trois facteurs : le capital, le travail et la technologie. Si on prend la technologie, par exemple, on est loin d’avoir atteint un « plateau » comme le craignent certains. Au contraire, on constate que la vitesse d’adoption des technologies s’accélère. Il a fallu trente ans à l’électricité pour que le taux d’utilisation atteigne 10% de la population américaine, d’après une étude de l’économiste Michael DeGusta. Les smartphones, quant à eux, ont atteint un taux de 40% en seulement dix ans. Tous ces nouveaux besoins stimulent l’innovation.

Vous parlez « d’innovation ouverte » et de co-création comme moteurs de cette « supercroissance ». Que mettez-vous exactement derrière ces termes ?

J’aime bien citer cet exemple de la NASA : l’agence spatiale américaine cherchait depuis des années une façon de prévoir de manière fiable les éruptions solaires pour éviter de mettre en danger les astronautes lors de leurs sorties dans l’espace. Elle a fini par poster le problème sur Internet, et c’est un modeste retraité qui a trouvé la solution grâce à son expérience dans les fréquences radio, dont il s’est inspiré pour comprendre le mouvement des éruptions. On peut aussi citer le jeu Foldit, mis au point par l’université de Washington, qui permet aux internautes du monde entier de simuler des combinaisons de protéines de manière ludique pour aider la recherche contre le Sida.

Les défenseurs de la thèse de la « stagnation séculaire » soulignent que les innovations actuelles se contentent d’agréger ou d’améliorer des produits déjà existants. Uber, par exemple, utilise le GPS et le mobile mais n’a rien inventé de véritablement nouveau…

Même ces « technologies multi-usages » (TMU) créent de la croissance, ne serait-ce qu’en entrainant une baisse des prix et une hausse du pouvoir d’achat. Mais je crois, au contraire, que les industries du futur son porteuses d’innovations radicales. Prenez par exemple l’impression 3D, la robotique ou les biotechnologies. Dans ce dernier domaine, la découverte des « ciseaux ADN » CRISPR-Cas 9 est une des avancées les plus décisives de l’histoire dans la génétique.

« Les normes et les problèmes d’éthique, s’ils peuvent se justifier au plan moral, sont de véritables inhibiteurs de croissance »

Mais comment expliquer alors que la recherche soit de moins en moins productive ? Dans votre livre, vous remarquez vous-même que pour chaque milliard investi dans la R&D, le nombre de médicaments commercialisés a été divisé par deux tous les neuf ans au cours du siècle dernier…

C’est en grande partie dû à la règlementation. Techniquement, on sait aujourd’hui faire rouler une voiture autonome ou modifier des gènes chez un embryon pour prévenir de futures maladies. Mais en vertu du principe de précaution, il est interdit de s’en servir. Le coût des tests cliniques pour faire approuver un nouveau médicament par la FDA (Food and Drug Administration) a augmenté de 70% entre 1999 et 2005 ! Avec de telles considérations, on n’aurait jamais développé la voiture à essence sous prétexte que c’est mauvais en termes de pollution. Les normes et les problèmes d’éthique, s’ils peuvent se justifier au plan moral, sont de véritables inhibiteurs de croissance. J’aime bien cette phrase d’Aristote : « Le droit doit s’affranchir de la passion ». Je plaide donc pour un moratoire sur le prince de précaution lorsqu’il s’agit de recherche expérimentale.

Vous identifiez un autre frein à la croissance : le « capital frileux ». De quoi s’agit-il ?

Comme je l’explique dans mon livre, le capital n’a jamais été aussi abondant dans le monde. C’est en grande partie dû au vieillissement de nos sociétés occidentales, qui entraîne un stockage massif d’épargne. Le problème, c’est que tout cet argent ne vient pas financer les « innovations radicales », qui sont très gourmandes en capitaux mais aussi très incertaines. En raison de la règlementation de Bâle, les banques et les assurances sont encouragées à acheter des actifs non risqués, notamment de la dette d’État, plutôt que de financer l’économie. En plus, les projets innovants sont souvent peu intelligibles pour les banquiers, et les méthodes de scoring de crédit inadaptées pour les jeunes pousses.

« On a souvent tendance à soutenir les canards boiteux de la vieille économie au détriment d’investissements qui pourraient être alloués à des projets disruptifs »

Même les États, qui devraient privilégier le long terme et l’intérêt général, sont selon vous défaillants. Pourquoi ?

Quand la BPI (Banque publique d’investissement) se vante d’afficher un taux de survie de 91% des start-up qu’elle finance, je ne trouve pas que ça soit un bon signal : en cycle d’innovation, le taux de mortalité des start-up est naturellement beaucoup plus élevé, car l’innovation, c’est avant tout la destruction. On a souvent tendance à soutenir les canards boiteux de la vieille économie au détriment d’investissements qui pourraient être alloués à des projets disruptifs. L’inertie de l’État est aussi favorisée par l’accélération des cycles politiques, qui rend les décideurs publics captifs de considérations immédiates et personnelles.

Comment, alors, contourner cette frilosité ?

Je crois, là encore, à la mobilisation de la société, comme avec le crowdfunding. Aucun investisseur, ni aucune banque, n’a par exemple voulu miser sur ReWalk Robotics, un exosquelette souple pour aider les handicapés à marcher. Ses créateurs se sont alors tournés vers la plateforme de financement participatif OurCrowd pour exposer leur idée, et l’engouement a été immédiat : l’entreprise a levé plus 3,3 millions de dollars en une seule année. Aujourd’hui, la compagnie est cotée au Nasdaq et vaut plus de 32 millions de dollars.

 « On a des archipels de croissance, des villes ultra-connectées et bien dotées en capital humain, qui accaparent la richesse au détriment des autres territoires »

Si on assiste vraiment à une « supercroissance », comment expliquer que tant de gens se sentent déclassés ?

C’est en effet un phénomène totalement nouveau dans l’histoire : cette croissance est profondément inégalitaire, à la fois territorialement et socialement. On a des archipels de croissance, des villes ultra-connectées et bien dotées en capital humain, qui accaparent la richesse au détriment des autres territoires. La même inégalité s’observe entre les classes sociales. Autrefois, même l’ouvrier bénéficiait des grandes avancées scientifiques comme les vaccins. Aujourd’hui, les innovations ne profitent plus qu’à une caste de privilégiés, ceux que Thomas Picketty appelle les « super cadres ». Ces travailleurs disposent de compétences rares, qu’ils peuvent monnayer très cher. De l’autre côté, la classe moyenne est en train de mourir, et doit se contenter d’emplois peu qualifiés et non délocalisables, comme l’aide à la personne ou la restauration. Et le problème, c’est que cette supercroissance, qui ne profite qu’à une minorité de nantis, a tué chez les gens l’idée de progrès.