FYP éditions primé : Stefana Broadbent reçoit le Prix Afci 2011

 

30 novembre, 2011 – 11:26
L’Association française de communication interne (Afci) a remis son Prix 2011. Présidé par Patrice Papet, directeur général délégué à l’organisation, au dialogue social et aux ressources humaines de France Télévisions, le jury a choisi l’ouvrage de Stefana Broadbent, L’intimité au travail – La vie privée et les communications personnelles dans l’entreprise (FYP éditions).

L’intimité au travail : une réflexion sur l’évolution profonde du rapport entre vie privée et vie professionnelle
Stefana Broadbent, qui enseigne l’anthropologie numérique à l’University College de Londres et spécialiste de l’usage des nouvelles technologies, s’appuie sur 15 années de recherches pour montrer comment les communications privées ont fait irruption – via les nouvelles technologies – dans la sphère professionnelle. Elle défend l’idée que ce phénomène n’est nullement préjudiciable au travail réalisé et à l’entreprise, bien au contraire. Elle donne des pistes concrètes aux salariés et dirigeants d’entreprises pour leur apprendre à le gérer.

En récompensant cet ouvrage, l’Afci a souhaité mettre en évidence la place croissante du privé, et même de l’intime, au sein des communications au travail. L’analyse de Stefana Broadbent éclaire donc les communicants internes sur le nouveau rapport des salariés à leur travail et à leur entreprise. A l’heure où ils déploient notamment des réseaux sociaux internes, à l’image des réseaux sociaux externes (Facebook, twitter, …), il est indispensable pour les communicants de réfléchir à l’effacement de la frontière entre l’interne et l’externe, à la convergence des usages privés et professionnels pour comprendre comment ces phénomènes affectent les communications, et donc, les relations au travail.

Contact presse :
Olivier Casabielhe – Agence Hill&Knowlton
Tél : 01 41 05 44 33 – olivier.casabielhe@hillandknowlton.com

Photo : Thierry Pinalie

Enseignante spécialisée dans l’anthropologie numérique et l’usage des nouvelles technologies à l’University College de Londres, Stefana Broadbent s’est vue décerner le prix AFCI 2011 pour son ouvrage L’intimité au travail. Un ouvrage qui résume quinze années de recherches sur le sujet.

Quelle théorie avez-vous voulu développer dans cet ouvrage primé par l’Association française de communication interne (AFCI) ?
J’ai essayé de passer en revue les usages personnels et privés des médias numériques au domicile et dans l’univers professionnel afin de mettre en lumière que les échanges fréquents et réguliers que nous avons à travers ces médias au travail sont dédiés à quatre ou cinq personnes maximum, qui font partie du cercle le plus intime. La transformation que l’on observe n’est donc pas tant dans l’extension du réseau social, mais dans l’extension des espaces. Ces échanges « intimes » ont en effet été introduits dans un lieu où ils étaient bannis depuis un siècle et demi. Depuis la révolution industrielle, il y avait un véritable mur entre les univers personnel et professionnel. Lorsque l’on arrivait au travail, il fallait laisser à l’extérieur tous ses liens personnels. Avec le téléphone mobile et les mails, ces échanges intimes ont fait leur intrusion dans l’univers de travail, et cela crée des tensions car cela bouscule une tradition bien établie qui veut que pour être concentré et productif, il faut s’isoler du monde extérieur à l’entreprise.
Cette équation entre isolement et productivité vous paraît-elle fondée ?
Lorsque l’on regarde les chiffres de près, on se rend compte que le temps pris au travail par ces échanges n’est pas énorme. La durée des appels a tendance à baisser, autour de deux minutes, et c’est la même chose pour la production de textos. Comme ils s’adressent à des personnes proches, ils sont en général très brefs. On veut savoir si la nounou est arrivée, si le fils est bien rentré du collège… Le dommage est donc beaucoup plus symbolique qu’autre chose. C’est un peu comme si votre collègue vous voyait en pyjama car pendant ces échanges, vous changez de posture. Pour ce qui est de l’impact sur la productivité, il me semble plus que marginal, contrairement à ce que l’on peut lire dans des articles de presse où l’on nous assène que chaque employé passerait 1 heure par jour sur Facebook, que la perte pour l’économie globale du pays serait énorme… Jamais personne ne se pose la question de savoir à quel moment interviennent ces interactions personnelles. Vous ne pouvez pas être concentré pendant 8 heures d’affilée. Il y a toujours des moments de baisse d’attention. Or, j’ai observé que ces d’échanges interviennent dans des moments de creux, lorsque l’on a le sentiment d’avoir fini une tâche ou que l’on a besoin d’un moment de répit, comme certains le font encore aujourd’hui avec la pause cigarette ou café…
Comment les organisations appréhendent-elles ce phénomène ?
Elles réagissent de manière assez différente. Vous en avez qui laissent faire à peu près tout, et d’autres qui se montrent beaucoup plus restrictives. En analysant les situations, je me suis aperçue qu’il n’y avait pas d’équité dans l’accès à ces nouveaux médias. Les cadres y ont plus facilement accès que les ouvriers, car plus vous évoluez dans un travail orienté tâches, plus vous êtes contrôlés. Dans l’industrie, beaucoup de salariés sont obligés de laisser leur téléphone mobile dans le casier…
Quelle est la bonne attitude à adopter pour les entreprises ?
Ces échanges affectifs me semblent inévitables et donc difficilement régulables. Car même si vous les interdisez, les gens trouveront toujours le moyen de s’isoler pour passer un coup de fil ou envoyer un texto. Il me semble d’ailleurs que les entreprises sont en train de s’éloigner de cette dichotomie qui m’a toujours semblée artificielle. La remise de ce prix AFCI par des professionnels de la communication interne qui ont en charge ce problème au quotidien, me laisse d’ailleurs à penser que les mentalités évoluent dans le bon sens.

Propos recueillis par Yves Rivoal

Ecouter l’interview :
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