Une puce dans la tête

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Le groupe X-philosophie de l’École polytechnique a décerné le Prix 2015 à l’ouvrage de Dorian Neerdael, Un puce dans le tête, FYP éditions, 2014.

 

 

Titre : Une puce dans la tête
Sous-titre : Les interfaces cerveau-machine qui augmentent l’humain pour dépasser ses limites
Auteur : Dorian Neerdael

couverture : Tristan Bézard
Prix public TTC : 16,50

En librairie à partir du 22 août 2014

Ce qui était de la science-fiction devient une réalité : les progrès réalisés dans les neurosciences, l’informatique et l’intelligence artificielle permettent la communication directe entre le cerveau et une machine. D’abord conçues pour un objectif médical, les interfaces cerveau-machine sont désormais créées aussi pour améliorer les performances humaines. Et les chercheurs veulent aller plus loin : leur ambition est de rendre possible la télépathie, de permettre à chacun de communiquer directement de cerveau à cerveau. Cet ouvrage raconte l’histoire récente des interfaces cerveau-machine. Il passe en revue toutes les expériences scientifiques qui ont été menées. Il apporte un éclairage essentiel à toutes les questions qu’elles soulèvent : seront-elles accessibles et bénéfiques à tous ? Quel crédit faut-il accorder aux chercheurs ? Que gagnera l’humanité à vivre sous interface ? Les êtres humains seront-ils bientôt en concurrence avec des hommes-machines aux performances décuplées ? Connaîtrons-nous un jour les pensées les plus secrètes de nos voisins ?

Biographie de l’auteur :
Dorian Neerdael est philosophe et éthicien diplômé de l’université libre de Bruxelles. Depuis quatre ans, il étudie l’histoire et le développement des interfaces cerveau-machine afin de comprendre comment l’humanité est amenée à se repenser à l’ère des neurosciences.

Broché : 160 pages
Éditeur : FYP Éditions
Collection : Présence
Mots clés : interfaces cerveau-machine, neurosciences, intelligence artificielle, cyborg, performance, homme augmenté, éthique, transhumanisme, extropie, rêve émancipateur, dérives discriminatoires
Langue : Français
EAN 13 : 978-2-36405-118-8

 

Article sur Gizmodo.fr, publié le 25 août 2014, 18:40

DORIAN NEERDAEL : « LES INTERFACES CERVEAU-MACHINE PERMETTRONT À L’HUMANITÉ DE FUSIONNER AVEC LES MACHINES »

 

Dorian-Neerdael

Philosophe et éthicien diplômé de l’université libre de Bruxelles, Dorian Neerdael étudie l’histoire et le développement des interfaces cerveau-machine depuis plusieurs années afin de comprendre comment l’humanité est amenée à se repenser à l’ère des neurosciences. A l’occasion de la publication de son livre  « Une puce dans la tête » (FYP Editions), il répond aux questions de Gizmodo.fr et explique comment ces interfaces vont permettre aux humains de dépasser leurs limites.

Gizmodo – Les interfaces hommes-machine se multiplient depuis quelques années : écran tactile, reconnaissance gestuelle Kinect, reconnaissance audio Siri, Google Glass, etc.. A quel horizon peut on anticiper une démocratisation des interfaces « cerveau machine » reposant sur l’implantation d’une puce dans notre crâne ?

Dorian Neerdael – Plusieurs types d’implants cérébraux existent et ont déjà été testés sur des êtres humains. Ils permettent soit la lecture de l’activité cérébrale, soit la stimulation du cerveau. Il est donc d’ores et déjà possible d’enregistrer l’activité de neurones ou de réseaux de neurones pour tenter de décoder les informations qu’ils véhiculent.

Il est aussi possible d’introduire des informations dans le cerveau en stimulant l’activité électrique des neurones. On est par exemple parvenu en 2011 à donner à un singe la sensation de toucher les objets virtuels qu’il pointait avec un curseur sur un écran d’ordinateur. Plus étonnant encore, en 2013, on a permis à une rat de laboratoire de « toucher » de la lumière infrarouge, grâce à un simple capteur monté sur son crâne et directement relié à la zone du cerveau responsable des organes sensoriels.

Certains de ces implants sont déjà utilisés chez des personnes souffrant de troubles neurologiques. Des patients parkinsoniens, des patients épileptiques, des patients souffrant de dépression bénéficient parfois de la stimulation cérébrale. On considère toutefois que ces solutions ne sont pas idéales dans la mesure où elles sont très invasives. Elles nécessitent une opération chirurgicale et demandent l’introduction dans la matière grise d’un élément étranger au corps qui risque de causer des infections dans le tissu cérébral. C’est pourquoi on se tourne aujourd’hui vers des techniques plus sophistiquées qui permettent de stimuler l’activité cérébrale de l’extérieur, sans percer le crâne et sans rien introduire dans le cerveau.

Les techniques d’enregistrement de l’activité cérébrale sont également très sophistiquées et ne nécessitent plus qu’on recoure à des procédés invasifs. On peut aujourd’hui récolter suffisamment d’informations à la surface du crâne pour commander par la pensée le curseur d’une souris d’ordinateur, pour naviguer à travers Google Earth ainsi que pour contrôler les mouvements d’une prothèse de bras ou d’une paire de jambes artificielles. Dernièrement des études sérieuses sont parvenues à reproduire des images animées et en couleur qu’observaient des sujets, simplement en analysant leur activité cérébrale. Ces techniques sont trop complexes pour être détaillées ici, on ne peut pas encore parler d’une véritable « lecture des pensées » mais elles ont en tout cas un potentiel indéniable.

La lecture et l’écriture de l’activité cérébrale ne demandent pas un dispositif excessivement coûteux. Des casques cérébraux rudimentaires sont d’ailleurs déjà disponibles dans le commerce pour le grand public. On peut trouver sur Internet de nombreuses vidéos où des bidouilleurs doués utilisent ces casques pour contrôler des programmes informatiques, des drones ou des fauteuils roulants. Par contre, ce qui est plus coûteux, ce sont les prothèses robotiques que des personnes paralysées pourraient manipuler par la pensée. Je doute que ces prothèses soient un jour suffisamment abordables pour être acquises par des personnes souffrant d’un handicap moteur. En attendant, les recherches continuent pour affiner, sécuriser et complexifier ce type d’interfaces cerveau-machine et il ne faudra plus attendre très longtemps avant qu’on ne voit apparaitre desexosquelettes tout entier susceptibles d’être animés directement par la pensée.

Gizmodo – On comprend l’intérêt de ces interfaces pour des personnes handicapées. Mais que peut on envisager pour des personnes normales ? L’apparition d’un sixième sens comme la télépathie ? Une démultiplication de nos sens traditionnels ? Une plus grande intelligence ?

Dorian Neerdael – En effet, les interfaces cerveau-machine ne seront pas exclusivement réservées aux personnes handicapées. Le grand public pourrait y recourir pour contrôler des applications informatiques. On dit en général que ces interfaces nous rendront plus intelligents en nous faisant bénéficier de la puissance de calcul des ordinateurs. C’est là en fait un rêve qui accompagne l’informatique depuis sa naissance. Or le rêve semble aujourd’hui plus que jamais accessible.

Les interfaces cerveau-machine devraient permettre à l’humanité tout entière de fusionner avec les machines. Nous deviendrions non seulement plus intelligents, mais aussi plus forts, plus concentrés et omniprésents. Grâce à Internet, nous pourrions contrôler une machine à des milliers de kilomètres de distance. Certains s’émerveillent même à l’idée de contrôler, un jour, un robot sur Mars par la seule pensée. La réalisation d’interfaces cerveau-machine aussi poussées nous confèrerait des sens supplémentaires. Elle permettrait même d’assimiler des objets extérieurs à notre propre schéma corporel pour en faire autant d’extensions artificielles à nos membres naturels.

Certains chercheurs parmi les plus brillants, comme Miguel Nicolelis ou Gerwin Schalk, vont plus loin. Ils espèrent qu’il sera bientôt possible de relier deux humains ensemble grâce aux implants cérébraux. Deux individus pourraient alors communiquer des concepts simples d’un cerveau à l’autre, ou même avoir une conversation silencieuse aussi fluide que par la parole. Rien ne semble les arrêter. Ils imaginent que tout le monde raffolera des implants cérébraux, qu’on fera la file pour se les faire implanter. Ils prétendent que la majeure partie de notre vie se déroulera bientôt exclusivement sur interface et que la sexualité sera remplacée par une forme plus noble de plaisir qui n’implique plus les parties honteuses.

S’élevant au niveau de la science-fiction, ils envisagent un avenir où nous pourrions enregistrer nos souvenirs, nos expériences, nos émotions, notre vie intérieure, pour les partager ensuite sur la toile avec qui voudra bien les implanter dans son propre cerveau. Si l’on en croit ces chercheurs, cet avenir qui nous semble aujourd’hui fabuleux devrait se réaliser d’ici 25 à 50 ans.

Gizmodo – En tant que philosophe, quel regard portez vous sur le mouvement transhumaniste de Ray Kurzweil ? Faut il suivre la pensée dominante du « principe de précaution » ou embrasser ces technologies et s’engager dans la voie d’une nouvelle humanité … « augmentée » ?

Dorian Neerdael – Ray Kurzweil et sa fascination pour le progrès technoscientifique ont indéniablement marqué de leur empreinte le discours des chercheurs qui travaillent sur les interfaces cerveau-machine. Je partage sa vision du monde dépourvue de tout Dieu, de tout principe transcendant. Je partage son goût pour les innovations technologiques et son amour de l’informatique. Je me joins à lui quand il critique la frilosité, le défaut de connaissance et la superstition des philosophes qui traitent des sciences et des techniques. Cependant il mérite d’être sévèrement critiqué pour son manque de nuance et le peu de discernement dont il fait preuve quand il s’exprime publiquement sur la fusion prochaine de l’humanité et de la machine.

Lorsque j’endosse mon costume de philosophe, ce qui m’importe avant tout est de lutter contre la bêtise. Ici, en l’occurrence, la bêtise est autant dans le camp de ceux qui refusent a priori le développement technoscientifique que dans le camp de ceux qui le glorifient. Technophobes et technophiles ont tous également tort dans la mesure où ils campent sur des positions qu’ils ont définies une fois pour toutes et qu’ils refusent de revoir au cas par cas.

Avant de brandir le principe de précaution, avant de crier son enthousiasme sur tous les toits, il conviendrait de déconstruire les mythes tant négatifs que positifs qui entourent cette technologie fascinante. Il faudrait aussi se rappeler que la technique est d’abord et avant tout un outil au service de l’humanité et non l’inverse. L’homme ne doit pas servir l’outil, c’est l’outil qui doit servir l’homme. Il nous revient, à nous citoyens, de déterminer les directions que doit prendre le développement technoscientifique. Nous avons intérêt à ne pas nous laisser décourager par ceux qui tentent de nous convaincre qu’ « on n’arrête pas le progrès ». Nous ne devons laisser personne décider à notre place, et surtout pas un petit groupe de puissants qui préfèreraient détourner les interfaces cerveau-machine à leur avantage et au mépris du bonheur du plus grand nombre.