L’intimité au travail – L’irruption de la sphère privée et des communications privées dans l’entreprise. Stefana Broadbent

L’intimié au travail : la vie privée et les communications personnelles dans l’entreprise

Collection : Présence / Essai
ISBN : 978-2-916571-50-8
Prix public TTC : 19,50 €
Sortie : février 2011
Format : 140 x 205 mm
192 pages

Prix Afci 2011
L’Afci a remis, mardi 29 novembre, son Prix 2011 du livre à Stefana Broadbent pour L’intimité au travail – La vie privée et les communications personnelles dans l’entreprise (FYP éditions). Ce Prix récompense une réflexion très riche sur la place des communications privées au travail, en lien avec le développement des nouvelles technologies. Stefana Broadbent y remet en cause nombre de préjugés sur l’impact de ces communications sur la productivité et l’attention, et invite les organisations à intégrer au mieux, plutôt qu’interdire, ce phénomène sociétal.
Ecouter l’interview :
prix-afci-2011-interviews-audio-des-laureats

« Voilà un ouvrage qui, scientifiquement, pas à pas, démonte tous les clichés et lieux communs sur notre relation aux technologies de la communication. Pour ensuite décrire comment on les utilise vraiment. Vous ne regarderez plus votre téléphone mobile de la même façon. »
Bruno Giussani, directeur européen de la TED conférence

« Un ouvrage captivant pour les experts des nouvelles technologies et les mécréants du high-tech. Stefana Broadbent fait voir d’un jour nouveau l’arrivée dans nos vies du téléphone mobile, du courriel, des messageries instantanées et des microblogs comme Twitter. »
Marc Cherki, Le Figaro.

Grâce aux nouvelles technologies de l’information, les environnements professionnels ou scolaires dans lesquels les individus étaient jusqu’alors isolés de leur sphère privée sont maintenant ouverts aux communications personnelles.
Les journées de travail sont désormais ponctuées d’interactions avec la famille, le conjoint, les amis, par l’intermédiaire de SMS, des e-mails, des appels téléphoniques, des réseaux sociaux, etc.
Mais ces conversations personnelles vont à l’encontre de principes profondément ancrés dans le monde du travail selon lesquels il faut isoler l’individu de sa sphère privée afin de préserver sa productivité et son efficacité.
Des entreprises ou des administrations empêchent l’accès aux réseaux sociaux ou interdisent l’utilisation de téléphones personnels pendant les heures de travail, en appliquant des sanctions qui peuvent aller jusqu’au licenciement.
Une nouvelle fracture numérique apparaît entre ceux qui peuvent utiliser les moyens de communication personnels et ceux qui ne le peuvent pas.
C’est de l’intimité de l’individu au travail qu’il est question.
Véritable documentaire, cet ouvrage révèle une mutation profonde du rapport entre vie privée et travail. Grâce à des enquêtes rigoureuses, Stefana Broadbent explique pourquoi et comment la nature des liens familiaux et des échanges s’est transformée. Elle analyse toutes les conséquences que les communications personnelles peuvent avoir sur les relations des individus avec leurs employeurs.
Elle démontre que les communications privées au sein d’une entreprise, d’une institution ou d’une école, n’affectent ni le travail ni l’apprentissage et que cela est même bénéfique ; et elle propose des solutions concrètes aux entreprises, DRH, salariés, enseignants, pour concilier productivité et qualité de vie au travail.

Stefana Broadbent enseigne l’anthropologie numérique a l’University College de Londres. Après des études de psychologie à l’Université de Genève, elle a obtenu son Doctorat (PhD) en sciences cognitives.
Elle étudie l’évolution des usages des nouvelles technologies, au travail et dans la vie privée, en privilégiant une approche ethnographique.

Prix Afci 2011 : interviews audio de Stéfana Broadbent

Enseignante spécialisée dans l’anthropologie numérique et l’usage des nouvelles technologies à l’University College de Londres, Stefana Broadbent s’est vue décerner le prix AFCI 2011 pour son ouvrage L’intimité au travail. Un ouvrage qui résume quinze années de recherches sur le sujet.

Quelle théorie avez-vous voulu développer dans cet ouvrage primé par l’Association française de communication interne (AFCI) ?
J’ai essayé de passer en revue les usages personnels et privés des médias numériques au domicile et dans l’univers professionnel afin de mettre en lumière que les échanges fréquents et réguliers que nous avons à travers ces médias au travail sont dédiés à quatre ou cinq personnes maximum, qui font partie du cercle le plus intime. La transformation que l’on observe n’est donc pas tant dans l’extension du réseau social, mais dans l’extension des espaces. Ces échanges « intimes » ont en effet été introduits dans un lieu où ils étaient bannis depuis un siècle et demi. Depuis la révolution industrielle, il y avait un véritable mur entre les univers personnel et professionnel. Lorsque l’on arrivait au travail, il fallait laisser à l’extérieur tous ses liens personnels. Avec le téléphone mobile et les mails, ces échanges intimes ont fait leur intrusion dans l’univers de travail, et cela crée des tensions car cela bouscule une tradition bien établie qui veut que pour être concentré et productif, il faut s’isoler du monde extérieur à l’entreprise.
Cette équation entre isolement et productivité vous paraît-elle fondée ?
Lorsque l’on regarde les chiffres de près, on se rend compte que le temps pris au travail par ces échanges n’est pas énorme. La durée des appels a tendance à baisser, autour de deux minutes, et c’est la même chose pour la production de textos. Comme ils s’adressent à des personnes proches, ils sont en général très brefs. On veut savoir si la nounou est arrivée, si le fils est bien rentré du collège… Le dommage est donc beaucoup plus symbolique qu’autre chose. C’est un peu comme si votre collègue vous voyait en pyjama car pendant ces échanges, vous changez de posture. Pour ce qui est de l’impact sur la productivité, il me semble plus que marginal, contrairement à ce que l’on peut lire dans des articles de presse où l’on nous assène que chaque employé passerait 1 heure par jour sur Facebook, que la perte pour l’économie globale du pays serait énorme… Jamais personne ne se pose la question de savoir à quel moment interviennent ces interactions personnelles. Vous ne pouvez pas être concentré pendant 8 heures d’affilée. Il y a toujours des moments de baisse d’attention. Or, j’ai observé que ces d’échanges interviennent dans des moments de creux, lorsque l’on a le sentiment d’avoir fini une tâche ou que l’on a besoin d’un moment de répit, comme certains le font encore aujourd’hui avec la pause cigarette ou café…
Comment les organisations appréhendent-elles ce phénomène ?
Elles réagissent de manière assez différente. Vous en avez qui laissent faire à peu près tout, et d’autres qui se montrent beaucoup plus restrictives. En analysant les situations, je me suis aperçue qu’il n’y avait pas d’équité dans l’accès à ces nouveaux médias. Les cadres y ont plus facilement accès que les ouvriers, car plus vous évoluez dans un travail orienté tâches, plus vous êtes contrôlés. Dans l’industrie, beaucoup de salariés sont obligés de laisser leur téléphone mobile dans le casier…
Quelle est la bonne attitude à adopter pour les entreprises ?
Ces échanges affectifs me semblent inévitables et donc difficilement régulables. Car même si vous les interdisez, les gens trouveront toujours le moyen de s’isoler pour passer un coup de fil ou envoyer un texto. Il me semble d’ailleurs que les entreprises sont en train de s’éloigner de cette dichotomie qui m’a toujours semblée artificielle. La remise de ce prix AFCI par des professionnels de la communication interne qui ont en charge ce problème au quotidien, me laisse d’ailleurs à penser que les mentalités évoluent dans le bon sens.

Propos recueillis par Yves Rivoal

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