Egocratie et Démocratie. La nécessité de nouvelles technologies politiques

Egocratie et démcoratie, la nécéssité de nouvelles technologies politiques.

Collection Présence / Essai – ISSN 1969-6094
Sciences politiques / Questions de société / Communication / Médias

19,50 € TTC
ISBN 978-2-916571-45-4

Aujourd’hui, l’actualité démontre que la réputation des hommes politiques est fréquemment mise à mal
par les nouveaux médias (blogs, réseaux sociaux, vidéos amateurs, etc.).
Avec internet et les technologies participatives, le citoyen contemporain a hérité d’un nouveau pouvoir à l’envergure encore insoupçonnée.
De scène de théâtre, la démocratie représentative s’est transformée en arène de cirque, où les coulisses sont visibles et les spectateurs bruyants
et omniscients.

Le manque de réflexion sur l’apport politique d’internet et le dévoiement actuel des outils de participation en ligne appellent une réponse urgente, car c’est le crédit de la fonction de représentant du peuple qui en dépend.

Ce problème inédit exige des solutions nouvelles :
« citoyens » et « représentants » ont besoin de Nouvelles Technologies Politiques pour échanger et exercer leurs pouvoirs.

C’est un nouvel espace civique qui est à conquérir, aussi stimulant que lorsque la démocratie a connu ses premières heures. La réconciliation entre
la démocratie – le pouvoir du peuple – et l’égocratie – le pouvoir de chaque individu – est à ce prix !

Ce livre constitue le trait d’union entre les sciences politiques et les nouvelles technologies.

Dans un style clair et accessible, l’auteur analyse avec rigueur l’impact d’internet sur la démocratie et l’art de gouverner.
Il conceptualise des phénomènes sociaux inédits, pose les fondations d’un nouveau champ d’études politiques, et propose un plan d’action
qui regroupe les six Nouvelles Technologies Politiques dont nous avons besoin.

« En décrivant les interactions qui existeront entre les technologies et le débat politique, c’est aussi le portrait d’une société numérique en formation qu’Alban Martin esquisse. Une lecture utile pour tous ceux qui souhaitent que les mécanismes de décision ne puissent échapper aux citoyens. »
Bernard Benhamou, Délégué aux usages de l’internet, ministère de la Recherche et secrétariat d’État à l’Économie numérique.

Alban Martin :

Diplômé d’HEC et maître de conférence associé au Celsa-Paris IV Sorbonne, Alban Martin est l’auteur de plusieurs ouvrages sur les modifications liées
aux nouvelles technologies dans l’univers de l’économie et de la culture.
Son expertise alimente de nombreux cercles de réflexion, tels que le Social Media Club France et l’Institut Montaigne.

Le sommaire :
I – Qu’est-ce que la représentation ?

1 – Deux types de démocratie

2 – Trois formes historiques de représentation

Le parlementarisme au début de la démocratie française

La démocratie des partis jusqu’aux années 1960 et 1970

La démocratie du public actuelle

3 – Les grandes composantes de la représentation

Mandat et délégation

La recherche du bien commun

L’opinion publique et la volonté générale

L’accès à l’espace public

Les conditions d’une représentation optimale

4 – La métaphore théâtrale

Télévision et théâtralité

Les coulisses et l’antichambre du pouvoir

Un public anonyme et caché

Une interactivité réduite

5 – Les conditions du maintien de l’équilibre

Un collectif en souffrance

La crainte de la sécurité

Le rôle des sondages

Un dispositif concurrent

II – Les difficultés de l’espace public aujourd’hui

1 – L’incertitude grandissante du contexte économique, social et technique

2 – La pertinence nouvelle de certains citoyens

La complexité de l’argument d’autorité

L’exemple d’internet comme sujet politique

3 – La nouvelle ramification numérique de l’espace public

Toujours plus de personnes et de sujets

L’apport des médias sociaux

Des impacts déjà visibles

4 – Les collectifs se forment plus facilement et rapidement

La baisse des coûts de création de collectifs

Un référentiel euclidien bousculé

III – L’égocratie

1 – Un nouveau pouvoir

La transition accélérée entre opinion personnelle et opinion « très » publique

Une mécanique fondamentalement nouvelle

Opinion publique et viralité

Un impact visible et direct

Un double rééquilibrage

2 – Influencer plutôt que prendre le pouvoir

Influencer efficacement

3 – La surveillance comme moyen d’influence

L’envers du décor devient visible

Une visibilité qui modifie le rôle du public

4 – La revendication de transparence

Panoptisme citoyen

L’horizon impossible de la transparence

IV – La représentation en transition

1 – L’exercice de la représentation se modifie

L’open data

L’empathie

La microlégifération

La représentation-spectacle

La temporalité courte

2 – Un nouveau lieu d’explicitation de la volonté générale ?

Une concurrence possible des espaces délibératifs « officiels »

La feintise de participation

3 – Un bilan de la « démocratie du public » peu valorisant

Instabilité

Sous-efficacité

4 – Une représentation théâtrale dans l’arène du cirque

Le secret est levé

V – Les enseignements de la représentation dans le domaine marchand

1 – Un champ d’études intéressant à explorer

Agora, forum et marché

La parole au centre de la délibération économique

Ce que l’étymologie nous révèle

2 – La mécanique de représentation dans l’entreprise

L’avis du grand public représenté

Le client roi par l’intermédiaire de représentants

Des facteurs internes et externes de décisions

3 – Une tendance à l’incertitude dans la pratique de la représentation

Un contexte de décision plus vacillant

L’émancipation des clients

Une opinion (très) partagée de manière plus rapide

La démocratisation de l’accès à l’expertise technique

Une économie non marchande concurrente

4 – Un déni potentiel de ces évolutions

5 – La menace de la révocation ne peut être ignorée

L’exemple des maisons de disques

L’exemple des secteurs peu concurrentiels ou à faible valeur ajoutée

L’auto-satisfaction non marchande des besoins

6 – Les structures innovantes assouplissent leurs mécaniques de représentation

Une représentation interactive

7 – Les réussites des pionniers contribuent à généraliser cette interactivité

Dans la grande consommation

Chez des poids lourds de la bourse

8 – Réelle émancipation de l’individu-client ou coup marketing ?

Personnalisation et liberté de choix

Une maturité acquise sur le long terme

9 – Les nécessaires adaptations pour réussir la transition

La prépondérance de la réputation sur l’image

De nouvelles fonctions hybrides entre communication et marketing

La représentativité n’est pas recherchée

10 – Différentes valeurs ajoutées pour différents dispositifs contributifs

Prédictibilité

Cognition

Utilité

Agilité

Légitimité

Des résultats tangibles

VI – Nouvelles technologies politiques

1 – Les impératifs d’extension de cette représentation hybride au contexte démocratique

Économique et technique

Social

Politique

2 – Aucune réelle expérience n’a été menée jusqu’à présent

Une délégitimation aggravée

Une prédictibilité brouillée

Une complexification accrue

Un apport de connaissance anecdotique

Un sentiment d’inutilité renforcé

3 – Est-ce que les citoyens sont prêts ?

Objectiver les termes à discuter

Faciliter la bonne alchimie

Le représentant ne doit pas abdiquer

Le risque de durcissement des positions

Des signes encourageants

4 – Les nouvelles technologies politiques nécessaires pour sortir de l’impasse

Favoriser l’agilité

Développer l’utilité

Augmenter la prédictibilité

Améliorer la connaissance

Fonder une légitimité accrue

Encourager l’adoption de ces technologies par le concours

5 – La nécessité d’une identité numérique civile

Une discontinuité de citoyenneté

L’authentification forte préexistante

L’espace numérique comme point de départ

6 – Une hybridation de la représentation inéluctable

Des critères de choix incontournables

Un changement possible dans la continuité

Un outillage politique qui s’étendra progressivement

C’est le prochain équilibre

Conclusion : Réussir là où les États-Unis ont échoué

Egocratie et Démocratie

En direct d’Alban Martin :

L’agenda des présentations de Egocratie et démocratie

– articles sur Read Write Web et Rue89
– conférence « Twitter et la révolution » lors de la social media week le 8 février 2011
– conférence à Genève sur secteur public/secteur privé le 10 fév
– conférence plénière à l’ESC Pau le 1 mars
– conférence à la Rochelle au salon des pro de l’audiovisuel sur le thème de l’activisme vidéo mi-mars
– conférence sur l’open data à Rennes le 24 mars

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À la suite de son intervention le 12 janvier dernier à La Cantine lors de la conférence du Social Media Club France consacrée aux médias sociaux et à la représentation démocratique, Alban Martin, maître de conférence associé au Celsa-Paris IV Sorbonne et auteur de « Egocratie et démocratie : la nécessité de nouvelles technologies politiques », publie une tribune sur Silicon Maniacs dans laquelle il se prononce sur la nécessité d’inventer de nouveaux outils technologiques au service de la démocratie.

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2011 est une année électorale (cantonale, sénatoriale, primaire socialiste), qui permettra d’affûter les discours à porter sur la scène publique. Cette année permettra aussi de continuer à créer et pré-tester les futurs dossiers à charge qui ne manqueront pas de ressortir en temps et en heure contre les représentants. Nous assisterons en quelque sorte à une représentation théâtrale dans une arène de cirque :

Des représentants qui pensent disposer de coulisses où réaliser leurs tractations, et préparer des discours tous prêts à être déclamer sur la scène télévisuelle ou sur le compte Twitter de campagne

Des citoyens échangeant une cacophonie de messages politiques sur internet, des plus sérieux au plus potaches, tout en observant un peu désabusé le ballet des élus sans filtre ni écran de fumée

Heureusement, l’apport politique de la toile ne se limite pas à celui d’un espace de communication ordinaire. Mais continuons ainsi dans la médiocrité facile de l’usage « pseudo délibératif » d’internet et nous passerons à côté d’une chance réelle de ré-enchanter la démocratie. Il est temps d’inventer de nouvelles technologies politiques, avec l’appui d’internet, tout en utilisant les dispositifs contributifs ayant déjà fait leur preuve dans le secteur privé.
Des technologies pour favoriser l’agilité

La première nouvelle technologie politique est l’agilité : la toile est un formidable outil d’alerte sur des problématiques publiques, avant qu’elles ne fassent la une des grands journaux. La réactivité d’un outil comme Twitter (lorsqu’il est utilisé pour réaliser de la veille et non comme outil de storytelling égocentré) permet de capter des signaux faibles. Pour cela, il faudrait transformer les comptes Twitters d’élus en Twitter de ministère, de mairie ou d’administration. Il est clé également de doter la France d’un système de pétition sur le modèle du site anglais Petitions.Number10.gov.uk. Le droit de pétition est inscrit dans la constitution française, mais il manque toujours la loi organique indispensable à sa mise en œuvre, indiquant notamment le seuil à partir duquel un sujet doit être porté obligatoirement à l’assemblée nationale.
Améliorer la connaissance…

La deuxième nouvelle technologie politique repose dans des dispositifs d’apport cognitif. Les citoyens ont apport démocratique certain en apportant des témoignages concrets et proches du « terrain », sur des sujets rationnels et objectivables. Ils permettent d’améliorer la quête de l’intérêt général. Nous sommes ici loin de l’exercice de communication représenté par « le grand débat sur l’identité nationale ». Des expériences comme Ensemble-Simplifions.fr, Administration2020.fr ou encore Ateliers-Apprentissage.Emploi.gouv.fr sont de bons premiers exemples. Mais la condition d’un tel apport repose sur l’ouverture des données publiques. Après Data.gov, data.co.uk, nous attendons toujours un hypothétique « Etat Lab ». Sur ce sujet, l’échelon local français montre la voie à suivre avec Data.rennes-metropole.fr.
Fonder une légitimité accrue…

La troisième nouvelle technologie politique permet d’augmenter la gouvernementabilité des citoyens, en fondant une légitimité accrue pour la représentation. Elle repose sur le « Fair Effect Process », qui est le mécanisme par lequel les acteurs deviennent convaincus qu’une décision est équitable. La concertation, via des outils en ligne, permet d’aboutir à ce Fair Effect Process. Mais nous sommes loin d’y arriver au regard des « débats » pilotés actuellement en ligne. Une concertation permettant d’aboutir à un meilleur respect des décisions ressemblerait plus à la démarche consensuel de Wikipedia. Les pages de discussion relatent le processus d’échange équitable et transparent qui a permis d’aboutir à l’article.
Développer l’utilité de la représentation…

Accolées à chaque définition, elles en assoient la portée. La quatrième nouvelle technologie politique permet de développer l’utilité de la représentation :

Dans le domaine législatif d’un côté, les élus doivent faire face à l’écueil contemporain de la microlégifération : en 2009, le journal officiel a dû noircir 23300 pages, contre 12500 en 1970 ! En outre, une récente étude du sénat a montré que 15% des textes adoptés par le parlement depuis 1981 ont été partiellement, voir pas du tout mis en œuvre faute de décret d’application. Il manque un canal « remontant », une voie de retour permettant d’informer le législateur sur l’adéquation des lois avec le quotidien des français. Le médiateur de la république joue en partie ce rôle aujourd’hui et devrait voir ses attributions et ses moyens, notamment en ligne, augmenter.

Dans le domaine exécutif également, nombreuses sont les lois restées inappliquées faute de moyens pour les mettre en œuvre. Le secteur privé a pourtant montré comment les internautes pouvaient être mis à contribution, en « dénonçant » un abus par exemple de manière spontanée. Le site Internet-Signalement.gouv.fr en est une bonne transposition : depuis janvier 2009, 26222 courriels ont été adressés sur le site, 43% dénonçant des escroqueries, et 33% des atteintes aux mineurs passées entre les mailles du filet. 3500 de ces messages ont été envoyés aux enquêteurs dont 762 ont abouti à l’ouverture d’une enquête.

Augmenter la prédictibilité des choix…

Enfin, la dernière nouvelle technologie politique est un outil permettant d’augmenter la prédictibilité des choix politiques. L’Iowa Electronic Market (IEM), expérience menée par l’université de l’Iowa et permettant de miser sur les résultats d’élections, montre la voie. Cette « bourse » virtuelle se révèle bien plus juste dans ses estimations : sur 596 sondages liées à des résultats d’élections locales, nationales ou internationales entre 1988 et 2000, les estimations de l’IEM se sont révélées plus proches du résultat final dans les ¾ des cas. Un tel système pourrait être transposé en France, pour anticiper les taux d’inflation, chômage ou encore croissance du PIB à venir. Quelques milliers de joueurs, non représentatifs, suffisent.
Et réussir là où les États-Unis ont échoué

Ce dernier exemple montre bien que nous sommes loin d’avoir utilisé toute la richesse offerte par la contribution des citoyens à des dispositifs renforçant la démocratie représentative. Barack Obama, longtemps érigé en modèle de la participation citoyenne, n’a pas su faire évoluer l’élan citoyen qu’il avait suscité une fois arrivé au pouvoir. Sa « Responsable à la Participation Citoyenne » est restée un an en place avant d’être nommée Conseillère au Bureau de l’Innovation puis de démissionner 6 mois plus tard. MybarackObama.com est devenu Organizing for America, mais en restant une plateforme de militantisme. N’ayant plus besoin de militants car à la tête des pleins pouvoirs exécutifs, le président américain s’en sert pour faire pression sur le pouvoir législatif. Notre pays peut retrouver sa place de pionnier démocratique en prenant la responsabilité d’appliquer ces nouvelles technologies politiques, plutôt que se contenter, comme tout le monde, de plaquer maladroitement et inefficacement des outils de démocratie directe dans la démocratie indirecte qui est la notre pour encore longtemps.

Alban Martin