Crowdfunding. Le financement participatif bouscule l’économie !

 

Couv-Stimulo

 

amazon

 

 

 

Crowdfunding. Le financement participatif bouscule l’économie !

Pour libérer la créativité

Vincent Ricordeau

Préface de Joël de Rosnay

9,90 TTC; Broché : 96 pages; Éditeur : FYP Éditions; Collection : Stimulo EAN 13 : 978-2-916571898

 

Le crowdfunding, ou financement participatif connaît un essor spectaculaire grâce à sa capacité de tirer pleinement profit de la puissance d’internet et des réseaux sociaux. Il consiste à faire appel aux internautes pour concrétiser les créations et les projets les plus divers : création de startups, musique, films, jeux vidéo, livres ; recherche scientifique ; causes humanitaires ; journalisme citoyen ; etc. Vincent Ricordeau, un des acteurs majeurs de ce secteur, décrypte tous les mécanismes de ce nouveau mode de financement fondé sur d’autres critères que la recherche unique de profit. Il en explique l’origine, en liste les différentes formes (dons, prêts, investissements) et révèle toutes les bonnes pratiques pour réussir une campagne de collecte. Il démontre aussi que cette nouvelle tendance, qui s’inscrit dans le mouvement de l’économie collaborative, est avant tout une expérience de capital social partagé. Un livre indispensable pour comprendre cette transformation majeure de notre économie ; un outil qui favorise l’éclosion de projets créatifs et innovants.

Biographie de l’auteur :Co-fondateur et président de Kisskissbankbank, Vincent Ricordeau est autodidacte et serial entrepreneur. Pionnier du crowdfunding et acteur privilégié de l’économie collaborative, il prône l’avènement de la troisième révolution industrielle. En 2008, il lance la plateforme de crowdfunding Kisskissbankbank et, en 2013, Hellomerci.

 

La préface de Joel de Rosnay

On sait donner pour recevoir. C’est vieux comme le monde. Mais dans la civilisation du numérique on peut recevoir

d’autres rémunérations que monétaires. Par exemple : des informations, du temps, de la reconnaissance, du lien émotionnel ou sociétal. La culture numérique collaborative et la co-économie ouvrent de nouvelles voies à la construction de l’avenir. Cette co-révolution montre que le partage et la solidarité peuvent conduire à des mouvements massifs sur internet. Que l’on peut faire dire autre chose à l’argent.

Les nombreuses net-actions précédées par « crowd » en anglais, démontrent que l’intelligence collaborative (crowdsourcing) peut résoudre des problèmes complexes, tandis que le financement participatif (crowdfunding) favorise le lancement de projets créatifs et innovants. On voit apparaître des prosumers (producteurs/consommateurs) capables de réaliser – grâce à un peer to peer généralisé – la « désintermédiation » des organisations pyramidales qui contrôlent aujourd’hui notre vie : énergie, transports, agroalimentaire, banque, assurance, éducation, etc. La concurrence et la volonté de domination de ces organisations séparent et opposent, tandis que la nouvelle société « fluide » se fonde sur une démocratie participative catalysée par les réseaux sociaux. Ce qui conduit à l’émergence d’une industrie 2.0, avec l’essor des imprimantes 3D, à un EnerNet (internet de l’électricité) résultant de la fusion de l’énergétique et du numérique, et à un web symbiotique qui met le corps en relation directe avec son écosystème numérique.

De nouveaux rapports intergénérationnels émergent dans cette société fluide. Entre pouvoir traditionnel, initiative individuelle et pouvoir transversal. Le crowdfunding en est la preuve manifeste et constructive.

Joël de Rosnay,

président exécutif de Biotics International, conseiller de la Présidence d’Universcience.

 

 

 Le livre :

Le « crowdfunding »,  traduit par financement participatif, est un  mode de financement de projets par les internautes, basé sur le partage, l’empathie, la confiance et le sentiment de contribuer de manière concrète à une aventure économique et humaine. Il permet une relation financière basée sur d’autres critères que la recherche unique de profit, et d’évoluer de la consommation collaborative à la production productive.

En France, le crowdfunding a déjà permis de récolter plus 40 millions d’euros investis sur 60 000 projets, et en 2013 il fait son entrée dans le monde de l’entrepreneuriat. De plus en plus de porteurs de projets, d’autoentrepreneurs, de créateurs de startups, font appel à ce mode de financement alternatif pour réaliser de nouveaux projets, compléter leur financement ou poursuivre leur développement.

Ce phénomène, rendu possible grâce à l’émergence des plateformes de finance participative et facilité par l’internet et les réseaux sociaux, soulève aussi de nombreuses questions, notamment sur son évolution, la transparence de son modèle et les risques qu’il présente.

 Pour la première fois, un acteur majeur de ce secteur apporte des réponses claires et un éclairage inédit dans l’ouvrage, « Crowdfunding, le financement participatif  bouscule l’économie ! ».

 

Vincent Ricordeau, pionnier du crowdfunding et acteur privilégié de l’économie collaborative, cofondateur et président de Kisskissbankbank, et de Hellomerci, décrypte tous les mécanismes du crowdfunding. Il en retrace l’origine, analyse tous ses rapports avec l’économie actuelle et ce que cela transforme.

 

Il étudie en détail toutes les formes de crowdfunding et les différents modèles proposés par les plateformes d’intermédiation et de transactions (collecte de don, prêt entre particuliers (aussi appelé P2P lending), l’investissement en capital (equity based crowdfunding), ou encore le crédit solidaire (en peer-to-peer).

 

L’auteur montre qu’en mettant en relation des personnes physiques, le crowdfunding est un moyen de favoriser l’entraide, une opportunité pour un créateur de se faire entourer, conseiller, soutenir, de tester une idée ou de prévendre un produit ou un service auprès d’une communauté. C’est une remarquable forme de pratique du terrain. Il s’agit de provoquer l’adhésion à un projet dont il est possible de suivre de bout en bout l’évolution. C’est une nouvelle façon d’aider à l’éclosion de projets créatifs et innovants.

 

L’auteur révèle qu’il est fondamental pour un porteur de projet de savoir choisir la plateforme adéquate pour sa collecte de fonds. Il fournit les clés essentielles qui permettent de faire le bon choix, et explique en détail les bonnes pratiques pour mener une campagne de collecte réussie (de l’e-réputation aux « trois cercles du crowdfunding »).

 

Ce livre nous permet de comprendre comment, face à l’économie actuelle, cette nouvelle banque de l’économie collaborative est une alternative concrète et viable pour financer les projets innovants. C’est une opportunité pour une grande quantité de projets habituellement rejetés par la finance traditionnelle. Mais les règlementations françaises et européennes relatives à la finance sont encore inadaptées pour tirer profit de l’énorme potentiel de financement que cela représente notamment pour la création d’entreprises.

 

Enfin, il démontre que ce nouveau modèle est avant tout une expérience du capital social partagé et une manière d’envisager une nouvelle économie au service de l’humain.

C’est un ouvrage de référence sur le crowdfunding et une mine de solutions pour les porteurs et créateurs de projets.

 

header_logo panorama

 

 

Vincent Ricordeau, co-fondateur de la plateforme de financement participatif KissKissBankBank a publié cet été chez Fyp “Crowdfunding, le financement participatif bouscule l’économie !“.  Préfacé par Joël de Rosnay, ce court ouvrage propose un panorama du financement participatif en France et dans le monde, doublé d’une analyse du marché et de ses perspectives, par l’un de ses entrepreneurs pionniers. 

L’ouvrage de Vincent Ricordeau s’ouvre assez logiquement sur un panorama du marché du crowdfunding sous toutes ses formes, via une sélection des données de l’étude annuelle de la plateforme Crowdsourcing.org. Des chiffres et une segmentation de marché retranscrite ci-dessous sous forme de schéma, en suivant la sélection et typographie de Vincent Ricordeau.

Le crowdfunding en 2012 - quelques chiffres et prévisions

Cette première partie apprendra peu aux porteurs de projets qui ont déjà exploré les différentes possibilités de financement participatif. Aux néophytes, elle donne une vision dynamique du marché, à la subjectivité non dissimulée — Vincent Ricordeau ne croit pas en certains de ces modèles, notamment celui de la coproduction (ou financement contre royalties), qu’il juge “contestable”.

Quelques caractéristiques sont au contraire mises en avant : le rôle de média et de sélection – gage de crédibilité – que jouent les plateformes, ou encore le “renversement de la pyramide des valeurs” qu’entraîne la non-différenciation des projets amateurs et professionnels, mis sur un pied d’égalité vis à vis des internautes.

Le crowdfunding est bien le rejeton du web social

Le crowdfunding, source de financement mais pas que

À la présentation macro-économique de la première partie de l’ouvrage s’ajoute une originale analyse “micro”, quasi psychologique, de l’effet des campagnes de crowdfunding et de leur portée émotionnelle (positive comme négative) tant pour les porteurs de projets que pour les contributeurs. La vraie valeur ajoutée du crowdfunding par rapport aux financements traditionnels serait l’effetbooster émotionnel et relationnel qu’il crée.

Venus chercher de l’argent, ils repartent chargés d’un bagage plus subjectif et plus émotionnel : une confiance en soi décuplée et la sensation d’un optimisme partagé

C’est cette troisième partie qui pourra intéresser les porteurs de projets qui y trouveront des éléments de préparation et de compréhension du déroulement normal d’une campagne — la “ligne dramaturgique” de toute collecte — et de ses effets. On y apprend par exemple qu’aux campagnes réussies et intenses en interactions succède parfois un épisode dépressif pour les porteurs de projets.

Ce chapitre nourri de l’expérience d’accompagnement des porteurs de projets se termine sur une longue citation de Jeremy Rifkin à propos de l’empathie. Au terme de la lecture, on espère la publication prochaine d’une somme plus complète et fouillée, étayée de travaux sociologiques sur les effets “extra-financiers” du crowdfunding.

Interactions avec le financement traditionnel

Les analystes du mouvement de l’économie collaborative dans sa globalité et de ses interactions avec l’économie “classique” trouveront dans la deuxième partie de l’ouvrage la vision d’un entrepreneur sur la complémentarité et concurrence des deux modèles, dans son secteur.

Vincent Ricordeau voit une complémentarité dans les prises de risques et les intérêts respectifs de la finance traditionnelle et de la finance participative :

Les sociétés qui trouvent le moins de soutiens auprès des investisseurs traditionnels séduisent davantage les internautes

Celles par exemple qui présentent un risque important mais de grands bénéfices sociaux potentiels, comme dans le secteur de la santé. Il reconnaît pourtant un “avantage concurrentiel” à la finance traditionnelle, celui des montants beaucoup plus importants mis en jeu et regrette les limitations réglementaires aux formes de crowdfunding les plus entravées (prêt à intérêts, investissement en capital).

VINCENT RICORDEAU – CC NICOLAS BERAT POUR OUISHARE

S’il ne voit pas pour l’instant de concurrence entre les deux modèles se dessiner côté crowdfunding non spéculatif (don, don contre contreparties et prêt solidaire), la forte croissance annoncée du secteur spéculatif et des investissements comme celui de Google dans les “Lending clubs” étasuniens lui font penser qu’elle pourrait y apparaître rapidement :

Si les mastodontes du web commencent à vouloir devenir les banques de demain, alors les rapports de force vont changer

Dans l’immédiat, il décrit pour les startups, une nouvelle chaîne de financement dans laquelle se succèdent les deux modèles : c’est le recours au crowdfunding dans la phase d’amorçage des projets, et pour “valider le modèle” qui permet d’attirer l’attention des business angels, puis, dans le temps du développement et de la croissance, celle des fonds d’investissement traditionnels.

 

 

 

[Interview] Vincent Ricordeau, Co-fondateur de Kiss Kiss Bank Bank

par PC Impact

« Contrairement à ce que l’on croit, c’est le créateur de projet qui prend tous les risques »

Dans le cadre de la rédaction de notre dossier sur le financement participatif dans le secteur des jeux vidéo, nous avons pu nous entretenir avec Vincent Ricordeau, le co-fondateur de la plateforme Kiss Kiss Bank Bank, et auteur du livre Crowdfunding : Le financement participatif bouscule l’économieVous retrouverez ici la retranscription en intégralité de nos échanges.

Vincent Ricordeau

Comment se comporte le marché français du Crowdfunding au niveau des jeux vidéo actuellement ?

La première chose que l’on peut dire sur le jeu en France c’est que comparativement au marché américain qui est très développé, le nôtre en est encore qu’à ses débuts. Les game designers français n’utilisent que très peu le financement participatif. Sur Kickstarter, notre cousin américain, il y a eu 110 millions de dollars collectés pour les jeux, c’est énorme.

À titre de comparaison, sur Kiss Kiss Bank Bank, combien d’argent a été récolté pour des projets liés au jeu vidéo ?

(Rires) Je crois qu’on a du collecter 50 000 euros depuis l’ouverture de la plateforme, peut-être 100 000 euros grand maximum. C’est un montant très faible et il y a de nombreuses raisons à cela. On a discuté avec à peu près tout le monde, dont le SNJV, j’ai fait des interventions tous les ans lors de la Games Connect pour venir parler du crowdfunding et il y a une espèce de retenue pour l’instant du milieu du jeu vidéo là-dessus.

Cette retenue est-elle globale ? Tout le monde, que ce soit les éditeurs, les développeurs, les studios indépendants est actuellement sur la défensive ?

Oui ça ne prend pas du tout, il doit y avoir un lien dans la chaîne entre les créateurs, les labels les studios et les distributeurs qui fait qu’il est très compliqué d’autoéditer un jeu et de briser cette chaine. A contrario, aux États-Unis, cela se fait beaucoup plus directement. Des gens comme Tim Schaffer ont réussi à collecter des millions de dollars, à plusieurs reprises, et ce en lien direct avec leurs contributeurs. Du coup, il y a encore pas mal de boulot à faire.

Il y a des secteurs où les différences sont beaucoup moins importantes par rapport à ce qui se fait aux USA. Le volume reste moins conséquent, parce que le marché n’est pas aussi étendu, mais rapporté à la taille de ce dernier certains secteurs se portent très bien. L’audiovisuel, la musique, et même le spectacle vivant affichent les mêmes tendances qu’outre-Atlantique avec des croissances énormes de l’ordre de 400 % par an, et le rythme reste très très soutenu. Mais il reste quelques secteurs comme le jeu vidéo, que l’on voit énormément sur les plateformes américaines, mais pas encore en France.

Vous pensez qu’un cadre légal bien défini pour le financement participatif permettrait de débloquer cette situation ?

Ca dépend de quel coté de la barre on se situe. Pour nous les plateformes, on connait le système par coeur, du coup on est très attentif à ce que le gouvernement va nous pondre comme cadre. On discute beaucoup avec eux, notamment avec Fleur Pellerin et son cabinet, mais aussi avec la Comission Parlementaire pour leur faire comprendre notre fonctionnement.

Kiss Kiss Bank bank

Quand vous allez sur une plateforme comme Kiss Kiss Bank Bank, le don moyen s’élève à 50 euros, cela signifie que le risque encouru par le donateur est infime, pour ainsi dire il n’existe pas. Par risque, j’entends que cela ne mettra pas en péril notre économie, parce que le rôle de la réglementation, c’est de protéger votre épargne. Le don moyen n’étant que de 50 euros, le risque est divisé entre tous les internautes prenant part à un projet. Si jamais un projet ne devait pas se faire, ça serait désagréable pour tout le monde, mais cela ne met certainement pas en danger notre économie, pas plus que votre budget en tant qu’épargnant.

De plus comme les dons faits via crowdfunding ne sont pas des dettes titrisées, et qui de facto ne rentrent pas sur les marchés ça n’a aucun impact sur l’économie. Du coup le don, tel qu’on le conçoit nous, ne doit pas rentrer dans le cadre réglementaire tel que veut le définir le gouvernement. Pour autant, il y a d’autres secteurs dans le crowdfunding qui sont le prêt avec intérêts, et pour la faculté que l’on aura très vite de pouvoir acheter des parts de start-up. Là on parle de montants beaucoup plus importants et on est d’accord avec les parlementaires pour dire qu’il faut définir un cadre pour ces échanges, et que ce cadre soit adapté à la taille et à la structure de notre marché. Et j’aimerais préciser une chose, contrairement à ce que l’on peut souvent lire dans la presse, Fleur Pellerin discute avec les acteurs non pas pour contraindre le crowdfunding, mais pour au contraire faire sauter les verrous réglementaires qui bloquent aujourd’hui le développement de ce mode de financement.

Donc concrètement, par rapport aux sommes qui sont mises en jeu dans un projet vidéoludique et culturel en général, si ce cadre légal devait être établi il ne changerait donc rien du tout à la situation actuelle ?

Très clairement, la seule chose qui n’existe pas et dont on a besoin pour que tout le monde soit rassuré, nous les plateformes on le fait de facto, mais on n’a aucun cadre réglementaire qui nous y oblige. L’argent qui est donné par les internautes doit arriver sur un compte bancaire qui est complètement séparé des comptes d’exploitation de la plateforme.  Parce que si demain une plateforme devait faire faillite, l’argent reste sur un compte à part et serait rendu aux internautes. Ce qu’il faut faire, c’est rendre cela obligatoire, et on est tous d’accord avec ça. Il faut pondre quelque chose qui ressemblerait à une licence pour le financement participatif, ou un genre d’agrément, qui contraigne les plateformes à faire ce genre de manipulations là afin qu’il n’y ait pas de confusion entre l’argent de la société, et celui des internautes. Voilà la seule chose qui est vitale pour la bienséance du marché et pour que tout le monde ait confiance en ce marché-là.

Après est-ce qu’une fois que tout le monde sera rassuré, est-ce que des secteurs qui n’utilisent pas nos plateformes viendront en masse ? En ce qui concerne le jeu vidéo, sous forme de don, je ne pense pas que cela soit un déclencheur. Ça ne le sera que pour les plateformes qui vous permettent d’acheter des parts de start-up. Mais pour les game designers la technique du don contre don fonctionne déjà très bien, elle est tout à fait adaptée, parce qu’ils ont beaucoup de choses à donner à leurs premiers joueurs ou à leurs bêta-testeurs. Des avatars à leur nom, des costumes, des mondes supplémentaires, un accès anticipé au titre…

Du coup je suis complètement certain que le cadre réglementaire ne décidera pas les studios à venir en plus grand nombre. C’est plus une question de pédagogie pour que la chaine de production et de distribution des jeux, soit plus en ligne avec ce que l’on fait. Il y a un autre exemple très proche, c’est celui de la bande dessinée. C’est un secteur très fort aux États-Unis et très faible ici sur les plateformes de crowdfunding, et ce pour les mêmes raisons. Les dessinateurs ont tellement besoin de la suite classique de leur processus d’édition, que ce soit les éditeurs ou les labels et les distributeurs ensuite, tout cela est tellement fermé que les artistes ont du mal a envisager de parler directement à leurs fans, coupant ainsi la fin de la chaîne.

Admettons qu’un projet de la même envergure que le film Noob soit financé, récolte beaucoup d’argent, et que pour une raison quelconque ce dernier n’aboutisse pas, que devient l’argent des internautes ? Peuvent-ils en récupérer tout ou partie ?

Là vous touchez du doigt l’inconnue à laquelle on faisait face au moment d’ouvrir notre plateforme. Au lancement, on s’est dit que ça ne marcherait que si et seulement si, il y a un faible taux d’échec sur la livraison des projets. Ça va peut-être vous surprendre, mais aujourd’hui Kiss Kiss Bank Bank c’est plus de 7 millions d’euros de collectés au total, plus de 3500 projets mis en ligne, et aujourd’hui, il n’y a aucun projet qui n’a pas été délivré.

À l’exception d’un seul où le créateur nous a demandé de garder l’argent sur la plateforme, le temps qu’il s’assure que son producteur aille au bout de l’aventure. Finalement il s’est embrouillé avec son producteur et l’argent gardé sur la plateforme a été rendu aux internautes. C’est un cas très rare, mais qui finalement ne nous a pas posé de problème. Mais votre question c’est de savoir ce qui se passe si un créateur de projet part avec l’argent sans livrer son produit …

Pas spécialement s’il part aux Bahamas avec l’argent, mais un accident, un cas de force majeure peut très bien empêcher un projet de se réaliser non ?

Encore une fois, il faut se rappeler une chose, c’est que plus d’un million de projets on vu ainsi le jour dans le monde et il n’y a pas ce genre d’échecs. Tout simplement parce que quand vous collectez de l’argent sur une plateforme comme la nôtre, cela se passe toujours de la même façon, vous collectez d’abord des fonds via les gens que vous connaissez, dans le cas des créateurs de Noob que vous citez en exemple, ces gens-là ce sont leur base de fans et leur communauté. Et c’est cette communauté de fans qui fait votre carrière et votre réputation.

Noob Série

Admettons que demain, tous les deux, on ait pour projet de faire une exposition de photos sur les chevaux en Patagonie, et qu’on collecte 1000 euros parmi nos amis ou notre famille, et qu’au bout du compte on ne livre pas l’expo. Aux anniversaires et aux Noëls qui vont suivre, ça va vite devenir très compliqué. Pour le coup, quand c’est un projet d’amateurs, comme vous et moi, on va seulement se mettre une cinquantaine de personnes à dos, et vis-à-vis de nos proches, on va passer pour quelqu’un de léger, pour ne pas dire un loser.

Imaginez le cas d’un projet comme Noob, qui a vraiment le vent en poupe. Si demain ils devaient ne pas livrer ou mal livrer ce qu’ils ont promis, il va falloir qu’ils fassent un autre métier, parce que leur communauté de fans sera tellement déçue qu’ils se mettront en péril.  Du coup, « contrairement à ce que l’on peut croire, c’est finalement le créateur de projet qui prend tous les risques », parce que le donateur la seule chose qu’il peut perdre, c’est 50 euros, alors que le créateur met toute sa crédibilité et sa réputation en jeu, et c’est très difficile de supporter un échec dans ce cas-là.

La plateforme aussi essuie des dommages collatéraux dans un cas pareil non ? Vous ne vous en protégez pas ?

Il y a un risque pour tout le monde dans un cas pareil. La réputation du créateur de projet est complètement entachée, tout comme celle de la plateforme. Si ça se passe une ou deux fois par an, ce n’est pas très grave, mais si d’un seul coup on commençait à atteindre un taux d’échec important, le principe même du crowdfunding serait mis à mal. Aujourd’hui on reste assez sereins et on estime que cela n’arrivera pas. On est forts de 3 ou 4 ans d’expérience et actuellement il y a tellement peu de problèmes sur les projets, et on a compris pourquoi au fil du temps. Encore une fois c’est parce que c’est le créateur de projet qui met en jeu publiquement sa réputation, auprès de ses proches ou de ses fans, et il y a bien peu de gens qui peuvent se permettre de mettre en jeu cela.

Parfois, il y a bien des contreparties qui ne sont pas livrées à temps, ou qui ne correspondent pas exactement à ce que les contributeurs attendaient, mais tant que vous maintenez un rapport sain avec votre communauté, tout le monde peut comprendre ce genre d’aléas. Par contre, votre projet, il faut le livrer quoiqu’il se passe. S’il est mauvais, il n’y a que votre réputation artistique qui est mise en cause, mais si vous ne le délivrez pas, cela va bien au-delà de ça et cela détruit complètement votre réputation.

Mais en cas de gros accident, est-ce que les plateformes ont du répondant à ce niveau-là ? Des sommes sont-elles provisionnées pour pallier la défaillance d’un acteur important ?

Très clairement, rien du tout. Aujourd’hui Noob lève 600 000 euros chez nos camarades d’Ulule, la plateforme va prendre 5 % du total, soit 30 000 euros. La plateforme a donné un outil à un créateur, grâce auquel il a collecté de l’argent, et il ne paye la plateforme que s’il a réussi à s’en servir, parce que si l’objectif n’est pas atteint, les internautes sont remboursés. Que ce soit Kiss Kiss Bank Bank ou toutes les autres plateformes sérieuses, le créateur ne nous rémunère que si son financement est accompli.

Notre rôle s’arrête là. Si Noob, récupère ses 570 000 euros, et dans un cas extrême, son équipe part au Costa Rica pour acheter une maison, ou ne livre pas son projet, la responsabilité incombe au créateur de projet. Nous les plateformes dans ce cas-là, on décline toute responsabilité. Comme vous le disiez tout à l’heure, on décline cela contractuellement, mais si cela devait se passer de façon répétée ou trop fréquente, alors nos plateformes n’existeraient plus. Mais encore une fois, on ne garantit en aucun cas à qui que ce soit la faisabilité du projet, ou la livraison des contreparties, ni contractuellement, ni financièrement.

Si vous ne garantissez pas la faisabilité des projets, cela signifie-t-il que n’importe qui peut déposer un projet, y compris quelque chose de totalement irréaliste ?

Non, il y a un tri de fait avant la publication d’un projet, sur l’onglet stats en bas de notre site, vous verrez qu’on a reçu quasiment 14 000 projets, et que moins de 4000 ont été proposés aux internautes. On a une équipe de trois personnes chargée de vérifier que les projets répondent à un certain nombre de critères, dont la crédibilité et la maturité. Dans le cas d’un gros acteur comme Noob, vous n’avez pas ce souci-là, à moins d’avoir affaire à un usurpateur, mais dans ce cas la communauté s’en serait vite rendu compte.

C’est par contre plus difficile à peser quand les gens ne sont pas connus, et c’est notre rôle de nous assurer grâce à des échanges téléphoniques ou par e-mail que l’ensemble est crédible. Après si le créateur de projet est crédible, il peut un peu abuser la plateforme avec un projet bien présenté et des contreparties très bien faites, mais pour autant, il n’arrivera pas à abuser sa communauté. Du coup, il y a une partie du tri qui est faite par la plateforme grâce à la modération, mais le plus gros de la fonction est fait par le public. Si vous n’êtes pas crédible pour votre communauté, vous ne collecterez rien. Tout se fait finalement assez naturellement. Avec le million de projets qui ont été financés ainsi, s’il devait y avoir des défaillances en cascades sur les plateformes, cela ferait longtemps que le principe serait décrié.

Merci Vincent Ricordeau pour ses réponses.

 Publiée le 26/07/2013 à 10:45

Accueil
Vincent Ricordeau : " Le financement participatif bouscule l'économie et crée un nouveau contrat social "

Le crowdfunding – ou financement participatif – connaît une montée en puissance vertigineuse depuis quelques années. Quel est son impact sur l’économie ? Que révèle-t-il des pratiques des internautes, et plus largement du nouveau paradigme dans lequel s’inscrit la société ? Ce sont les questions auxquelles Vincent Ricordeau, co-fondateur et président de KissKissBankBank répond dans son livre « Crowdfunding : le financement participatif bouscule l’économie ! » dont nous vous proposons ici une synthèse.

KissKissBankBankUluleTouscoprod… les plateformes de financement participatif sont désormais nombreuses et rencontrent un beau succès. Et la preuve en est, le marché attire de plus en plus d’internautes et se porte plutôt bien. Vincent Ricordeau évoque ainsi des chiffres significatifs :

« En 2012, la globalité du marché a collecté 2,7 milliards de dollars et financé plus de 1,1 millions de projets. »

Inverser la chaîne de valeurs

Les plateformes de crowdfunding permettent donc à chacun de choisir les projets qu’il souhaite financer, une « révolution » dans le circuit de financement comme l’explique Vincent Ricordeau :

«  Le crowdfunding est l’affaire de tous, et plus seulement le pré carré des professionnels ayant, au préalable, confirmé leur savoir-faire, ou apprenant obligatoirement aux réseaux ou lobbies « dits créatifs ».

L’auteur du livre considère donc qu’il s’agit d’un renversement de la chaîne de valeurs et du marketing de l’offre :

«  La pyramide de valeur est alors renversée, le sommet étant constitué par la base, c’est-à-dire la multitude de projets mis en ligne par des personnes ordinaires ou simplement entreprenantes. »

Et les contributeurs choisissent les projets en fonction de leur intérêt. Ce sont donc de véritables communautés qui se rassemblent pour soutenir des projets :

« Les plateformes de crowdfunding sont donc très clairement des outils, au sens premier du terme, qui permettent de faciliter des collectes de fonds au sein des communautés identifiées. »

Une multitude de plateformes

Mais le crowdfunding ça marche comment ? Le co-fondateur de KissKissBankBank propose dans son ouvrage d’expliquer les mécanismes à l’œuvre sur des plateformes de ce type. Car elles sont nombreuses et ne fonctionnent pas toutes de la même manière : il existe ainsi des plateformes non-spéculatives et d’autres dites spéculatives. 

Dans les deux cas, le créateur est au cœur du processus. Après avoir enregistré son projet, il peut proposer différentes formules aux internautes voulant participer :

« Les montants se répartissent en six segments identifiés (le don, le contre-don ou moyennant contreparties en nature, le prêt solidaire, contributions contre royalties, le prêt entre particuliers avec taux d’intérêt, l’investissement contre prise de participations). »

Et pour l’heure, c’est le don qui connait le plus de succès car il est confronté à moins de contraintes juridiques.

Comment cela fonctionne donc-t-il ? Passé une certaine somme de don, le créateur propose alors un contre-don, il s’agit assez généralement de places de concerts, d’exposition ou autres.

Le prêt entre particuliers connait aussi un succès non-négligeable notamment avec la plateforme Lending Club.

Pour ce qui est des plateformes spéculatives, l’internaute peut être placé dans la position d’éditeur participatif et rémunéré en fonction du succès du projet. Un procédé souvent mis en cause de par le « niveau de transparence des comptes fournis aux internautes ». L’internaute peut également investir dans une entreprise comme sur la plateforme Wiseed par exemple et faire ainsi du « crowdinvesting ».Un processus que les Etats-Unis tentent actuellement de faciliter. La France devrait également voir un nouveau cadre législatif se développer d’ici fin 2013.

Mais comment ces plateformes se financent-elles ? Comment ont-elles pu s’imposer et être viables économiquement ?

Comme l’explique Vincent Ricordeau, le plus souvent il s’agit du « modèle tout ou rien ». Le créateur du projet ne touche la somme qu’il a demandé que si l’objectif financier est atteint et la plateforme conserve un certain pourcentage de la collecte. Les entreprises se rémunèrent aussi sur les transactions bancaires et nouent régulièrement des partenariats commerciaux. Mais Vincent Ricordeau l’accorde : le plus souvent elles doivent quand même s’appuyer sur des investisseurs traditionnels.

Le créateur de projet au coeur du processus

Pour les créateurs, les plateformes ne sont pas une simple vitrine de leur projet mais une véritable interface leur permettant de les développer et de les structurer :

« Au-delà de la place qu’elles [les plateformes de crowdfunding] offrent aux différents projets sur leurs sites, elles permettent aux créateurs de structurer et crédibiliser leurs idées. (…) Le travail préparatoire à la mise en ligne de la collecte est un laboratoire qui laisse le temps aux créateurs de donner de la profondeur et du sens à ce qu’ils souhaitent faire financer. »

Les plateformes jouent donc un rôle de média pour les projets qu’elles exposent. Vincent Ricordeau explique avoir vu apparaitre un lien particulier entre les créateurs et les sites de crowdfunding :

« C’est véritablement un cercle vertueux qui lie les plateformes et les créateurs. Grâce à leur travail de sélection et de valorisation de contenus (projets) les plateformes gagnent en visibilité et en audience qui se répercutent en contributions sur les projets. »

Et pour récolter des fonds, les créateurs mobilisent trois « cercles de communautés » selon Vincent Ricordeau : le premier concerne la famille, les amis, les collègues et les fans, le deuxième les amis d’amis, les relais d’influence et enfin, le grand public, la presse, les blogs, et les personnes qui partagent la même passion. Une fois ce dernier cercle atteint, le créateur a un maximum de chance de récolter la somme dont il a besoin.

Un contexte favorable au développement du crowdfunding

Si le crowdfunding connaît un tel succès aujourd’hui, c’est qu’il a été stimulé ces dernières années par un contexte économique difficile :un climat de défiance s’est en effet développé assez largement dans le monde depuis 2008, notamment vis à vis des banques d’affaires,critiquées pour leur activité de spéculation et leurs conditions de prêts.

Les entrepreneurs ont par ailleurs de plus en plus de difficultés à se financer alors qu’ils jouent un rôle majeur dans le financement de l’économie.

Si les plateformes de crowdfunding permettent à certains entrepreneurs de trouver les fonds nécessaires, Vincent Ricordeau rappelle toutefois que le volume d’argent qui circule sur ces plateformes est faible par rapport aux banques et ne concurrence pas la finance traditionnelle.

Pour lui, le crowdfunding et la consommation collaborative s’inscrivent dans l’ère du temps :

« Ces nouveaux usages s’inscrivent dans le renforcement (nécessaire) d’une prise de contrôle de la société civile sur son environnement. […] Un nouveau type de contrat social s’installe entre les individus et la société, et entre les individus eux-mêmes. »

 

 

 

Destinée à un large public ( 9,90 euros ), la  collection Stimulo  rassemble des livres de 96 pages riches en idées novatrices, pour stimuler les esprits et fertiliser les imaginations.

Elle aborde tous les aspects de la culture de l’innovation pour tous ceux qui doivent anticiper les changements, repérer et saisir les opportunités.

96  pages au ton vif,  qui jettent un  regard neuf, de manière impertinente et engagée, sur des domaines en mutation. Stimulo apporte des idées et points de vue capables d’avant-gardisme et d’initier des débats de fond.