Construire le modèle éducatif du 21e siècle. Les promesses de la digitalisation et les nouveaux modes d’apprentissage

 

Construire le modèle éducatif du 21e siècle.

Les promesses de la digitalisation et les nouveaux modes d’apprentissage

de François-Xavier Hussherr, Cécile Hussherr

Couverture : Tristan Bézard

Janvier 2017
Pour rester fidèle à ses principes fondateurs, l’école doit repenser ses modes d’apprentissage, d’évaluation et de fonctionnement, car le constat actuel est sans appel et inquiétant : notre système éducatif est le plus inégalitaire et il ne cesse de baisser dans le classement PISA. Cet ouvrage clair et informé propose d’inverser cette tendance. En s’appuyant sur les dernières découvertes en neurosciences, les nouveaux modes d’apprentissage et les atouts du numérique, les auteurs font le tour de toutes les solutions qui facilitent l’acquisition des savoirs fondamentaux, valorisent les réussites de l’élève, réaffirment le rôle majeur de l’enseignant et gomment les inégalités territoriales. Ils montrent que le numérique peut être le support d’un renouveau éducatif fondé sur l’audace, l’ouverture au monde et l’adaptation à la vitesse du changement. L’ouvrage permet de repenser la pédagogie et la transmission des savoirs tout en redonnant une nouvelle force au modèle de l’école républicaine.

 

 

 

François-Xavier Hussherr travaille depuis sept ans dans le domaine de l’éducation numérique en Europe et aux États-Unis. Normalien, agrégé et docteur en économie, il travaille depuis dix-huit ans dans le domaine du software, de l’Internet et de l’éducation.

Maître de conférences en littérature comparée et ancienne élève de l’École normale supérieure (Ulm), Cécile Hussherr poursuit ses recherches dans trois domaines : les rapports entre littérature et nouvelles technologies, l’e-éducation comme nouveau mode d’enseignement de la littérature, les études de mythe. Elle est membre du laboratoire LISAA de l’université de Paris-Est Marne-la-Vallée.

Broché : 192 pages
FYP Éditions
Collection : Entreprendre / Nouvelle économie
Prix public TTC : 19 euros
Langue : français.
EAN 13 : 978-2-36405-148-5

Extraits

 

Privatisation ?

 

« La privatisation (…) soulage le budget des États endettés, mais ne doit pas se faire au détriment de la qualité, comme nous avons pu le constater aux États-Unis » où vivent les auteurs depuis 2010.

« Dans le domaine de l’accréditation, il faudra également faire preuve de rapidité. En effet, le développement de nouvelles compétences ne cesse de s’accélérer. Pour faire face à ce que les Américains appellent le ‘skill gap’, il faudra donner nettement plus de moyens aux commissions d’accréditation. Il faudra aussi que les commissions accréditent des diplômes 100 % en ligne dès lors qu’ils sont de qualité. »

 

 

Les neurosciences, au niveau de la classe

 

Ils suggèrent aussi de « renforcer le financement de la recherche dans le numérique pour l’école pour accroître le nombre d’expérimentations réalisées in situ. Les sciences cognitives et l’informatique bouleversent la compréhension des mécanismes de l’apprentissage. Avec le développement des learning analytics, les chercheurs disposent d’un nombre incroyable d’informations anonymisées ; la connaissance des mécanismes d’apprentissage va progresser à pas de géant. Les neurosciences doivent descendre au niveau de la classe. (…) »

 

Présidentielle 2017 : des réflexions limitées aux savoirs fondamentaux et à l’autonomie des établissements

 

« Le rôle du numérique dans la réforme de l’école n’apparaît dans aucun programme des candidats à la présidentielle de 2017. Leurs réflexions se limitent essentiellement à l’acquisition des savoirs fonda- mentaux et à la question de l’autonomie des établissements. Ce n’est pas suffisant : il existe un moyen simple et peu coûteux d’aider notre école à retrouver sa place, loin des positionnements idéologiques. »

 

15 à 20 ans pour modifier le système en profondeur

 

« En matière de réformes, la réflexion experte sur le contenu prédomine sur les questions des méthodes de mise en œuvre des politiques définies. Les choix de méthode pour les réformes sont pour- tant d’une importance cruciale, comme le prouvent a contrario nombre d’échecs. La conversion laborieuse et inachevée du système scolaire français au numérique en témoigne. (…). Il ne faudra donc pas trop de 15 à 20 ans pour modifier en profondeur notre système scolaire. On ne change pas une organisation humaine composée de personnes très autonomes dans l’exercice de leur métier comme on change une organisation technique. »

 

« Le monde ne nous attend pas et le changement numérique est déjà̀ en marche. La conversion du système scolaire français pourrait prendre 15 à 25 ans au rythme actuel des réformes. De petit pas en petit pas, l’école se transforme doucement alors que la vitesse de l’évolution technologique croit sans cesse. Les nouveaux savoirs des sciences cognitives et les technologies mobiles modifient déjà̀ notre rapport au monde et au savoir.

 

 

867 heures par an à l’école, près de 1000 devant un écran

 

Le rôle de l’élève comme celui de l’enseignant sont amenés à évoluer en profondeur et de façon positive. Un chiffre choc donne à voir ce changement dont l’école n’a pas encore pris toute la mesure : alors que les élèves français passent 867 heures par an sur les bancs de l’école, ils passent près de 1 000 heures devant un écran.

 

 

Le tsunami numérique a déjà lieu dans l’enseignement supérieur. Au-delà des craintes infondées, le numérique est donc une formidable opportunité pour renforcer l’efficacité des pratiques pédagogiques, individualiser de façon inédite les apprentissages, réduire les inégalités scolaires et plus généralement repousser les frontières de la connaissance. »

 

 

 

 

Douze propositions pour réformer le système éducatif

Proposition n° 1 : Équiper tous les établissements français avec un réseau internet doté d’un haut-débit suffisant

 

(…) On ne peut pas envisager de pédagogie numérique ou d’apprentissage du codage informatique sans équipement. Le haut débit et l’accès au réseau sont les prérequis indispensables, avant tout débat sur les équipements.

 

Proposition n° 2 : Réorienter la politique de l’équipement et changer de paradigme en passant au modèle Bring Your Own Device (BYOD).

 

« (…) Il faut réécrire l’article du code de l’éducation qui interdit le téléphone portable pour l’aménager. (…) On pourrait y apporter la modification suivante : ‘Le professeur pourra, dans le cadre de son cours, demander aux élèves d’utiliser leur téléphone portable. Les portables devront être utilisés dans le strict cadre des consignes données par le professeur. Le professeur pourra par ailleurs user de logiciels permettant la prise de contrôle et la surveillance de l’ensemble des écrans des élèves sur l’écran de l’ordinateur du professeur afin de vérifier que les élèves utilisent leur portable conformément aux consignes du professeur. Le téléphone portable reste interdit en dehors de cet usage.’

 

Cet amendement de l’article L. 511-5 devra s’accompagner de l’apprentissage par le professeur de l’utilisation de logiciels lui permettant de contrôler l’ensemble des téléphones portables ou des ta- blettes en classe. Il faudra également envisager le cas des 10 % d’élèves qui n’ont pas d’appareil. Il sera dans ce cas souhaitable que l’établissement ait à sa disposition 7 à 8 tablettes.

 

Enfin à moyen terme, il serait souhaitable de réfléchir sur le fait de fournir l’accès internet via la 4G. Dans la mesure où cela ne pose pas un risque de santé publique, il faut que l’ARCEP, qui gère les obligations légales des opérateurs pour les licences 4G, impose une couverture suffisante en 4G des établissements scolaires. En effet, le trafic data des téléphones portables est souvent limité en fonction du forfait, mais dans quelques années, avec le développement des technologies, le débit des portables des élèves sera illimité. Il sera alors possible d’avoir un internet haut débit en classe par la voie des ondes.

 

Proposition n° 3 : Augmenter la durée de la formation continue des enseignants, en la passant à 50h par an, dont 18h consacrées à la pédagogie numérique et 18h consacrées aux nouveaux modes d’apprentissage.

 

(…) Dans des pays comme Singapour qui caracolent en tête des classements PISA, les professeurs ont plus de 100 heures de formation. En Finlande, autre pays remarquablement classé, les professeurs passent 35 % de leur temps sans élèves, en formation ou en discussion avec leur autorité de tutelle.

 

Pourquoi ne pas fixer une obligation de 50 heures de formation prises sur le temps d’enseignement ? La France fait partie des pays où le nombre annuel d’heures d’enseignement est au-dessus de la moyenne alors que son classement PISA ne cesse de chuter.

 

Proposition n° 4 : Institutionnaliser le numérique dans le parcours de formation initiale du professeur

 

Le numérique doit prendre sa place dès la formation initiale du futur enseignant. (…) L’apprentissage du numérique par les futurs enseignants a une visée pédagogique et non technique : il doit véritable- ment les préparer à enseigner demain avec le numérique, et ce dès leur stage.

 

Proposition n° 5 : Renforcer et harmoniser l’enseignement de l’informatique à la terminale

(…) Il faut proposer aux élèves de réaliser les projets que mentionne l’option exploratoire de seconde «Informatique et création numérique ». La réalisation d’un site internet serait une grande source de mobilisation pour des élèves de cycle 4.

 

L’option exploratoire de seconde doit être suivie par le plus grand nombre d’élèves de tous les horizons. Des élèves qui pensent s’orienter vers la filière L peuvent être intéressés par la création d’œuvres artistiques à partir du numérique. Tous les élèves, quel que soit leur bac, doivent pouvoir travailler sur des projets aussi complexes que la création de sites web ou la programmation de robots, en fonction de leurs intérêts et de leur projet professionnel. À ce stade, il conviendrait également d’ajouter la création d’applications destinées au smartphone. Il faudrait alors ajouter au langage précédent l’apprentissage de langage comme l’objectiveC ou le swift pour les systèmes d’exploitation sous iOS, ou le java pour les systèmes d’exploitation Android ou le langage C Sharp pour les environnements Windows.

 

Proposition n° 6 : Développer l’usage du numérique pendant le temps hors-scolaire sur des plateformes interactives, qu’elles soient web, tablette ou smartphone

 

Ces mesures permettraient aux élèves d’être plus impliqués et de reprendre leurs leçons et leurs exercices à leur rythme chez eux pour leurs devoirs scolaires. Les plateformes interactives, développées par tous les grands éditeurs américains comme MyLab&Mastering pour Pearson, McGraw-Hill Connect pour McGraw-Hill ou Mindtap pour Cengage Learning qui dessert 5 millions d’élèves, commencent à se développer en France notamment avec la plateforme Twick.fr dans laquelle Hachette a pris une participation.

 

Avec l’appel d’offre Ressource numérique, le ministère de l’Éducation nationale a favorisé l’éclosion de telles plateformes. Depuis septembre 2016, il existe une offre d’envergure. Un professeur de ma- thématiques peut accéder à des milliers de granules de connaissance. Il peut les assembler, en créer d’autres lui-même, élaborer des séquences pédagogiques et les assigner à sa classe ou à une partie de sa classe.

 

À côté de cela, il existe également des dizaines d’autres sites qui proposent des ressources gratuitement comme Sesamath, lelivrescolaire.fr, Khan Academy traduit en français…

 

Les plateformes numériques sont un outil très positif pour faire les devoirs hors du temps scolaire. Premièrement, à partie du CM1, la grande majorité des enfants préfèrent faire leurs devoirs sur Internet. Deuxièmement, le professeur n’a pas besoin de vérifier que ses élèves ont appris la leçon. Il lui suffit de se connecter sur les statistiques de sa classe pour savoir qui a fait ou n’a pas fait ses devoirs. Par ailleurs, il peut dans certains cas activer la correction automatique qui lui permet de connaître les performances de chacun des élèves de sa classe. La plateforme numérique est un outil de suivi extrêmement pratique pour connaître individuellement le niveau de chaque élève et lui proposer des parcours de remédiation.

 

Proposition n° 7 : Optimiser le temps de travail du professeur et de l’élève (classe inversée, apprentissage adaptatif) grâce aux terminaux mobiles

 

Les nouveaux modes d’apprentissage comme la classe inversée ou l’apprentissage adaptatif vont réduire dans des proportions significatives le temps de travail du professeur -une fois passée la période chargée de la réorientation pédagogique- afin qu’il se concentre sur sa valeur ajoutée, à savoir être le médecin du savoir de ses élèves. Ce changement ne va pas se faire en une année, mais pourrait être une pratique courante d’ici à 5 ans. La communauté éducative doit rejoindre les élèves là où ils se trouvent. N’oublions pas qu’ils passent plus de 1 000 heures par an devant les écrans alors qu’ils n’en passent que 867 sur les bancs de l’école.

 

Proposition n° 8 : Soutenir le développement de solutions de dépistage et d’accompagnement des troubles de l’apprentissage (troubles dys).

 

Des systèmes comme celui de l’entreprise Optolexia permettent en deux minutes de voir si un enfant de CP ou CE1 présente des risques de dyslexie. Il serait donc simple de prévoir un dépistage systématique des élèves de CP et CE1, sachant que ce dernier prend 1mn30 à 2 mn par élève : ce dépistage est aussi simple que la traditionnelle visite médicale et la vérification des vaccins obligatoires, et revêt une importance comparable.

 

(…) Il faut renforcer le dispositif A2RNE qui prévoit que l’adaptabilité des manuels soit conçue en amont de leur production, afin qu’une version numérique adaptée soit disponible pour les élèves souffrant de troubles des apprentissages. Plus encore, il faudrait que l’adaptative learning, le mobile learning et les différents outils numériques de l’apprentissage par projet et de la classe inversée com- portent des versions adaptées des programmes utilisés. Ce n’est pas plus coûteux de le prévoir en amont pour des granules de savoir que pour un manuel numérique. Lorsque ce sera fait, les élèves atteints de troubles des apprentissages pourront étudier dans les meilleures conditions possible.

 

Proposition n° 9 : Renforcer les moyens de contrôle de l’État sur le privé notamment via les accréditations.

 

La France doit contrôler la privatisation de son enseignement supérieur, en contrôlant de façon rigoureuse la qualité des services « diplômants » ou « accréditants » notamment des écoles ou universités en ligne. La privatisation des écoles du supérieur existe depuis longtemps. Ce système soulage le budget des États endettés, mais il ne doit pas se faire au détriment de la qualité, comme nous avons pu le constater aux États-Unis. Dans le domaine de l’accréditation, il faudra également faire preuve de rapidité. En effet, le développement de nouvelles compétences ne cesse de s’accélérer. Pour faire face à ce que les Américains appellent le « skill gap », il faudra donner nettement plus de moyens aux commissions d’accréditation. Il faudra aussi que la commission accrédite des diplômes 100 % en ligne dès lors qu’ils sont de qualité.

 

Proposition n° 10 : Renforcer le financement de la recherche dans le numérique pour l’’école pour accroître le nombre d’expérimentations réalisées in situ.

 

Les sciences cognitives et l’informatique bouleversent la compréhension des mécanismes de l’apprentissage. Avec le développement des learning analytics, les chercheurs disposent d’un nombre incroyable d’informations anonymisées ; la connaissance des mécanismes d’apprentissage va progresser à pas de géant. Les neurosciences doivent descendre au niveau de la classe. (…) Une telle moisson de données couplée à des données déclaratives ferait très certainement faire des progrès importants dans la compréhension des mécanismes d’apprentissage.

 

Proposition n° 11 : Repenser les espaces scolaires et les modes d’enseignement magistrraux

 

(…) L’organisation de la classe 2.0 découle logiquement de la modification de l’organisation de l’enseignement. On voit se créer une nouvelle organisation spatiale de la classe qui devient une sorte d’open space, avec des professeurs plus solidaires, plus collaboratifs, qui favorisent et supervisent le travail en groupe.

 

On voit également se créer de nouvelles formes d’architecture de collège pour mettre à l’échelle de l’établissement tout entier ce qu’on peut concevoir pour une classe. Les bureaux et les sièges des classes sont installés sur roulettes de manière à pouvoir recomposer l’espace de la classe à tout moment. Des petites salles de réunion ouverte sont intégrées dans le collège pour que les élèves puissent se réunir lorsqu’ils travaillent sur un projet et bien entendu le wifi est disponible dans tous les endroits.

 

Proposition n° 12 : Poursuivre le développement d’une politique industrielle de la filière française pour favoriser son renforcement

 

L’État français et le ministère de l’Éducation nationale ont joué, avec le Commissariat général à l’investissement, un rôle clé dans le cadre du Programme d’Investissement d’Avenir. (…). Ils doivent continuer à jouer ce rôle pour achever la numérisation des industries de la connaissance et pour faire en sorte que les professeurs s’approprient les services qui vont leur faire gagner du temps.

 

Pour rappel, sur les sept dernières années, trois appels à projets ont été lancés dans le cadre du Grand Emprunt. Ces trois programmes ont permis aux acteurs traditionnels des industries de la connaissance ainsi qu’à de jeunes start-ups françaises d’émerger sur le marché de l’éducation. Le dernier appel d’offre a été la confirmation de l’émergence d’une filière française de l’e-education.

 

Il est important que l’État maintienne ces appels à projets pour développer les services numériques à destination des enseignants et des élèves. Un grand nombre de services innovants peuvent et doivent voir le jour pour qu’enseignants et élèves profitent des avantages du numérique. Aux programmes scolaires doivent s’adjoindre simultanément des services pédagogiques au service des enseignants et des élèves. C’est un nouveau défi que l’Éducation nationale, qui s’est dotée d’une direction du numérique en 2014, doit relever. Il faut penser le contenu des apprentissages, les compétences à déployer, mais aussi et surtout les services pédagogiques numériques. Cela revient à faire une expression de besoin de services, ce que le ministère a su faire avec l’appel d’offre Ressource Numérique. »