Anonymous – Pirates ou altermondialistes numériques ? Peuvent-ils changer le monde ?

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Anonymous. Pirates ou altermondialistes du numérique ?

De Frédéric Bardeau et Nicolas Danet

illustration de couverture : Martin Wolf

Prix public TTC : 19,50

Broché : 208 pages
Éditeur : FYP Éditions
Collection : Présence / Monographie critique
Mots clés : Questions de société / Actualité / Politique / Internet
EAN 13 : 978-2916571607

 

Les Anonymous… Ce nom intrigue, dérange ou fascine. Il fait trembler les puissants, les autorités, les mafias, les grandes entreprises, les institutions et même les États. Puisant ses racines au plus profond de la culture internet, dans cette cyberculture qui a nourri les hackers et développé des valeurs humanistes propres au numérique, ce nouvel activisme pourrait redéfinir les contours de la lutte sociale. Aujourd’hui, entre altermondialisme et hacktivisme, le mouvement s’étend, se répand comme un virus et se déploie aux quatre coins du monde – un monde que ces « anonymes indignés » et engagés entendent bien changer, voire réinventer à leur manière. Insaisissables, mais omniprésents, regroupés sous une même bannière et un masque emprunté à un héros légendaire, des milliers d’anonymes se rebellent, revendiquent, s’opposent et défendent avec force des valeurs érigées en absolus, souvent en marge de la légalité, parfois avec un humour potache. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? Comment sont-ils organisés ? S’agit-il seulement de petits génies s’amusant de leurs talents informatiques ou des prémisses d’une lame de fond porteuse d’un véritable message politique ? À contre-courant des lieux communs, des préjugés ou des fantasmes sur le sujet, les auteurs de cet ouvrage signent une analyse remarquable en multipliant les angles d’observations. Ils retracent en détail la genèse des Anonymous et décrivent leurs principales revendications et faits d’armes. Ils étudient les rapports de ce nouvel activisme avec d’autres formes de contestation – qu’il s’agisse de hackers ou de mouvements altermondialistes traditionnels. En s’attachant à bien exposer les fondements culturels et sociaux du mouvement, ce livre fournit toutes les clés pour comprendre la véritable nature des Anonymous, et pour cerner la réalité mouvante de cette forme inédite de « guérilla informatique, politique et médiatique » qui, à n’en pas douter, n’a pas fini de faire couler de l’encre – et grincer des dents…

 

Biographie des auteurs :
Frédéric Bardeau est diplômé en sciences politiques et en intelligence économique (Science-Po Paris et Saint-Cyr). Il a fondé Limite, une agence entièrement dédiée à la communication responsable et travaillant principalement pour les associations, fondations et ONG. C’est un analyste avisé de la cyberculture, des réseaux sociaux et des stratégies militantes, il intervient régulièrement au CELSA et à l’Association française des fundraisers (AFF)
Nicolas Danet est diplômé du Celsa et rejoint l’agence Limite en 2009. Il est spécialiste de l’analyse de réputation en ligne, de l’hacktivisme et des ONG.

 

Gilles Boenisch, « Frédéric Bardeau, Nicolas Danet, Anonymous : pirates informatiques ou altermondialistes numériques ? », Questions de communication, 21 | 2012, 357-360.

Anonymous : pirates informatiques ou altermondialistes numériques ? est un ouvrage qui tente de retranscrire les problématiques du phénomène Anonymous à partir d’une analyse méthodique, détaillée et sans parti pris. Avec une approche à la fois transversale et largement documentée, Frédéric Bardeau et Nicolas Danet dressent un historique et un portrait assez juste de ce mouvement caractéristique de notre époque. Naturellement, ils s’interrogent sur les prémices et les filiations en partant de la cyberculture des années 60 jusqu’au phénomène hacker qui n’a cessé de s’accroître avec l’omniprésence des technologies numériques (pp. 11-33). De ces deux postures, subsiste l’intérêt viscéral pour la liberté de l’information, le partage, la décentralisation et la contestation face à l’autorité pour tenter de rendre le monde meilleur (p. 19). Ils n’oublient pas d’étayer leurs approches de nombreux faits documentés, ce que beaucoup d’ouvrages ou de textes de vulgarisation négligent, en se limitant qu’aux aspects spectaculaires et aux faits retentissants. Cela a pour effet de donner une consistance à l’analyse qui permet de clarifier la complexité d’un domaine où il n’existe pas de réelles constantes, mais plutôt des tendances qui s’enchevêtrent.

Ils s’intéressent au « projet hacker » (pp. 16-23) à travers deux textes fondateurs : « Le Manifeste du Hacker » de 1986, puis la médiatique « Déclaration d’indépendance du cyberspace » de 1996. Deux écrits qui tentent de démythifier l’image négative des hackers entretenue par les médias. Les rapports entre les autorités, qui sont aussi acteurs de la régulation et de la médiation, et les hackers, assoiffés de libertés ont toujours été tendus. Il en ressort une incompréhension radicale comme en témoigne l’extrait du dernier paragraphe du manifeste hacker : « Nous explorons… et vous nous appelez des criminels. Nous recherchons la connaissance… et vous nous appelez des criminels. Nous existons sans couleur de peau, sans nationalité, sans dogme religieux… et vous nous appelez des criminels. Vous construisez des bombes atomiques, vous financez des guerres, vous tuez, trichez, vous nous mentez et essayez de nous faire croire que c’est pour notre bien, et c’est encore nous les criminels. Oui, je suis un criminel. Mon crime est celui de la curiosité. Mon crime est de juger les gens sur ce qu’ils disent et pensent, pas sur leur apparence. Mon crime est de vous surpasser, chose que vous ne me pardonnerez jamais. Je suis un hacker, et ceci est mon manifeste. Vous pouvez arrêter cet individu, mais vous ne pouvez pas tous nous arrêter. Après tout, nous sommes tous les mêmes » (pp. 17-18). La particularité des hackers est qu’ils explorent et expérimentent en créant, mettant le « faire » comme principe fondateur de l’éthique hacker. L’accès à la connaissance et aux ordinateurs est considéré comme un droit fondamental, comme « tout ce qui pourrait vous apprendre quelque chose sur la manière dont le monde fonctionne, doit être illimité et total. Dès qu’un obstacle apparaît, il faut s’atteler à le faire sauter » (p. 19). Cette connotation anarchiste englobe les principes de l’éthique hacker : l’accès libre aux ordinateurs, leur capacité intrinsèque à améliorer la société, la liberté de l’information, la méritocratie, la méfiance envers toute forme d’autorité, et créer de l’art et du beau avec un ordinateur.

La « Déclaration de l’indépendance du cyberspace » revendique l’autonomie d’un espace qui a créé ses propres frontières et s’est ainsi émancipé de la tutelle du vieux continent. Comme l’écrivent Frédéric Bardeau et Nicolas Danet, ce texte se positionne comme un acte de rébellion politique qui réclame avec véhémence que les représentants de « l’ancien monde » abandonnent toute velléité de contrôle et de gouvernance du cyberespace, sur lequel ils n’ont aucune légitimité. Il en va de l’avenir de l’humanité : le cyberspace est d’ores et déjà une réalité, et internet le moyen d’établir de nouvelles bases sur lesquelles construire un monde différent et meilleur : « Je viens du Cyberespace, le nouveau domicile de l’esprit. Au nom du futur, je vous demande à vous du passé de nous laisser tranquilles. Vous n’êtes pas les bienvenus parmi nous. […] Je déclare l’espace social global que nous construisons naturellement indépendant des tyrannies que vous cherchez à nous imposer. […] Les gouvernements tiennent leur juste pouvoir du consentement de ceux qu’ils gouvernent. Vous n’avez ni sollicité ni reçu le nôtre. […] Le Cyberespace ne se situe pas dans vos frontières » (pp. 21-22). Indéniablement, ce texte est politique et coïncide avec l’arrivée de l’altermondialisme et de l’activisme qui donne rapidement naissance au « hacktivisme » (pp. 34-61). Désormais, les hackers utilisent leurs compétences à des fins politiques où les démarches s’inscrivent dans la logique de la cyberculture : faire circuler l’information et libérer la parole individuelle, proposer des sources alternatives et indépendantes. Les hackers « prônent dans leurs actions une nouvelle conception du monde qui va, comme pour les altermondialistes, à l’encontre du capitalisme » (p. 35). L’objectif est de mettre en route un processus social fondé sur l’internet et la production coopérative en réseau et sur un rapport alternatif au travail, à l’argent, au temps qui caractérise une éthique qui est par essence une critique de l’économie capitaliste. Ainsi l’« internet ne doit[-t-il] pas être régi par les mêmes règles que le monde offline, surtout en ce qui concerne la liberté d’expression » (p.37). Cela conduira à une multiplicité de moyens et d’actions appelant à « la désobéissance civile électronique », tout en développant de manière générale un système de « surveillance des surveillants » : la « sousveillance » (p. 46). En multipliant les initiatives, l’objectif est de susciter une prise de conscience auprès des citoyens, qui ont l’habitude d’accepter l’inacceptable sans s’en rendre compte. D’ailleurs, comme cela est magistralement démontré dans cette analyse, si les hacktivistes agissent sur le terrain de l’information et des médias, c’est parce que c’est là que se concentrent les moyens qui pourraient changer la société. Surtout, c’est parce que les citoyens ont de plus en plus de possibilités de vérifier l’information qu’on leur propose, mais également d’en produire eux-mêmes. Paradoxalement, ce nouvel espace de liberté semble aussi être celui d’un système de surveillance radical, comme en témoigne la multiplication de lois oppressives et d’accords secrets. Cela va de la censure au filtrage, de la monétisation à outrance, de la fin de l’illimité, au prolongement exponentiel des droits intellectuels, à la criminalisation généralisée des actes pour finalement assimiler tout le monde, aussi bien hackers, hacktivistes, contestataires et simples internautes à des menaces en puissance, des « déviants », des « terroristes », des « voleurs », des « psychopathes », ou encore des « sauvages à civiliser ».

En 2011, la réponse des hackers est radicale, si le réseau ne peut devenir synonyme de liberté, il faut en créer un autre : « L’indépendance du cyberespace, telle que formulée en 1996, appartient au passé. Nous avons besoin de réclamer d’urgence une indépendance, pour assurer la libre circulation de l’information. […] J’appelle à abandonner l’infrastructure existante pour créer la nôtre » (p. 58). Parce que les politiques de censure et de contrôle se ressemblent dans tous les pays, les différents projets sont déjà au stade de déploiement dans le monde entier. Ils reposent tous sur le maillage fin de relais WiFi totalement indépendants. Pour la première fois, la structure technique est affranchie de toute forme de centralisation, affranchie des fournisseurs d’accès, et appartient aux hackers. Mais la particularité du hacktivisme n’est pas exclusivement technique, mais aussi médiatique, car elle permet la formation d’un « espace public oppositionnel » (p. 60) où ceux qui veulent participer le peuvent, et où le résultat de leur action sera visible par tous.

Anonymous est donc en filiation directe avec cette tendance et tient sa popularité du fait que le mouvement a concentré ses forces sur l’église de scientologie, la pédophilie et, récemment, contre toute forme de censure et d’autorité en épaulant Wikileaks et les révolutions arabes. L’internet a une mémoire et ses utilisateurs n’aiment pas qu’on les oblige à oublier. Et plus la censure est forte, plus l’attention du sujet et sa diffusion seront importantes, jusqu’à finalement sortir pour prendre la rue : « Plus vous censurez vos propres citoyens, plus ils doivent en savoir sur vous et sur ce que vous faites. Le temps de la vérité est venu. Le temps pour les gens de s’exprimer librement et d’être entendus partout dans le monde » (p. 149). Une manière de renouer aux fondements de la contestation.

Essentiellement constituée en ligne via de multiples fils de discussion et de forums, l’organisation tient son nom du profil par défaut attribué aux internautes « anonymous » qui peuvent dialoguer et poster n’importe quel commentaire librement sans s’identifier. Un nom qui s’enracine par la volonté initiale de conserver l’anonymat face à des structures, telles la scientologie ou les agences de sécurité, qui tentent méticuleusement d’identifier les individus un à un. La force d’Anonymous est de réussir à se coordonner dans le monde entier, sans connaître l’identité des personnes avec qui l’on s’organise. Les Anonymous arrivent ainsi masqués à la première manifestation le 10 février 2008. « Ils portent, pour la première fois, les masques de Guy Fawkes, le héros légendaire du film V pour Vendetta. Pour eux le port de ce masque permet de masquer l’identité, mais constitue aussi un code commun symbolique qui permet le ralliement entre personnes venues du cyberespace » (pp. 81-82). Ils se révèlent au grand public avec des communiqués vidéo devenus célèbres et par des discours qui marquent : « Vous ne pouvez pas vous cacher ; nous sommes partout. Le savoir est libre. Nous sommes Anonymous. Nous sommes légion. Nous ne pardonnons pas. Nous n’oublions pas. Redoutez-nous » (pp. 78-79). En fait, comme le précisent Frédéric Bardeau et Nicolas Danet, Anonymous est représentatif de nouvelles formes d’organisation horizontales, fondées sur l’anonymat et la défense farouche de la liberté d’expression, où il n’y a par définition pas d’origine ethnique ou d’âge, ou encore de hiérarchies. La constance est celle déjà posée par les hackers : les ordinateurs peuvent changer le monde et le réseau peut niveler les rapports de force. C’est d’ailleurs l’ambition initiale de Wikileaks qui défend la liberté d’expression dans le but d’améliorer la situation politique mondiale, et qui part du constat que l’accès à l’information est loin d’être égal entre les États et leurs citoyens, qu’elle n’est pas diffusée correctement, que de nombreuses zones d’ombre subsistent, et surtout que les citoyens sont de moins en moins enclins à laisser agir sans aucun contrôle (pp. 96-108). Wikileaks aurait eu comme effet de pointer le fait que la presse n’est plus l’interlocuteur privilégié entre les sources et le public, en confrontant directement les États et les entreprises à leurs actes, en affichant leur réalité cachée. L’idée était de tenter de changer durablement les structures via un outil de diffusion d’un genre nouveau. La justesse de cette proposition sera à la hauteur de la violence suscitée en retour. Pourtant, les fuites semblent nécessaires à la démocratie parce qu’elles constituent la meilleure arme contre la corruption des élites. Et c’est bien ce qui dérange. Anonymous prend donc position pour la défense de cet outil de liberté attaqué de toute part dans la plus grande illégalité. C’est la première fois que Anonymous enverra un signal aussi fort en renversant la pression imposée par les puissants, et que le grand public prendra conscience du phénomène : une bataille entre les partisans du secret et ceux de la transparence. D’un côté, les gouvernements et les multinationales. De l’autre, des partisans et des ong pour plus de transparence et de liberté d’expression. Une situation nouvelle où, pendant longtemps, les citoyens n’ont pas eu le droit d’accéder à des informations récoltées par leurs dirigeants. Un ennemi nouveau pour les gouvernements qui ne sont pas préparés à ce type de confrontation. L’ennemi semble insaisissable, atomisé, les Anonymous ne se rejoignent que ponctuellement et ne tissent entre eux que des liens faibles, il est difficile de les cerner, et par définition ils sont anonymes (pp. 108-109). « L’anonymat est un élément clé de l’opposition […] l’anonymat offre la seule véritable possibilité de critique des institutions, qui sont devenues expertes en surveillance et verrouillent leur communication à destination du public » (p. 110). Anonymous est donc un « phénomène », car il ne s’agit pas d’une association ou d’une ONG, et ne s’appuie pas sur une structure légale. Il est donc difficile de parler d’une structure organisée encore moins de hiérarchie. Le principe d’anonymat aplatit inévitablement les différences. La liste des membres n’existe pas. Nul ne connaît le nombre total. Anonymous n’est pas un parti politique et se revendique non violent. Il est d’ailleurs impossible de certifier ce qui est Anonymous ou non. Anonymous n’est pas une société secrète comme les médias le suggèrent. Anonymous n’a pas plus d’objectifs précis, plutôt un certain nombre de principes qui recoupent ceux de la cyberculture : la défense de la liberté d’expression, le partage de la connaissance, la croyance en la faculté bénéfique du réseau, l’anonymat (pp. 112-115).

Frédéric Bardeau et Nicolas Danet en déduisent que « les Anonymous sont surtout l’incarnation moderne de la cyberculture actuelle, dans toute sa complexité » (p. 115). Une sorte d’étiquette qu’il est possible de mobiliser ou derrière se ranger, une identité anonyme qui sert à expliquer qu’il s’agit de la voix de populations du monde entier, et non d’un groupe particulier : « Nous sommes Anonymous. Nous vous demandons de vous joindre à nous. Recherchez-nous et vous nous trouverez. Nous sommes parmi vous. Nous sommes vous. Tout le monde peut s’exprimer en tant que membre d’Anonymous. Nous n’avons pas de dirigeants. Uniquement des sensibilités. Nous n’avons pas d’objectifs. Uniquement des résultats. Nous ne pouvons pas être arrêtés, car nous ne sommes qu’une idée. Nous ne pouvons pas être effacés, car nous sommes transparents » (p. 117). Anonymous permet de transformer le collectif en une entité unique, quels que soient les idées ou les pays où ils se manifestent, toujours du côté des faibles pour réclamer la liberté. « Anonymous n’est pas un mouvement de hackers, mais plutôt la composante cyberculturelle des mouvements de contestation, dont le terrain d’action et les armes se situent dans le champ du web, et donc de l’information » (p. 144). Derrière Anonymous, ce sont de plus en plus de personnes qui se mobilisent, pour des raisons différentes et selon les situations, mais avec un fond commun : la défense des libertés sur le réseau et des revendications contemporaines et globales. Potentiellement, Anonymous regroupe tout un chacun parce que sa plateforme idéologique se résume aux libertés fondamentales. Sa force est de donner et revendiquer la parole, quelle que soit la situation (pp. 171-172).

Finalement, Anonymous est symptomatique de la réalité mondiale à laquelle les populations sont confrontées, et bénéficie d’une audience grandissante auprès du public, une sorte de contre-pouvoir symbolique et actif, qui permet d’opérer une désobéissance civile passive. Le but est une remise en question des pouvoirs actuels, tournés vers le passé et de plus en plus oppressifs. Anonymous donne une voix à ceux qui n’en ont pas, dépasse de très loin la description d’un collectif de hacker, et semble en passe de devenir « une idée capable de changer le monde ». Anonymous, concluent Frédéric Bardeau et Nicolas Danet, est « en train d’instaurer un climat favorable à des changements de modèle de société, vers une plus grande horizontalité et un renouveau de la prise de parole publique » (p. 119).

 

N° 845 DU 7 FÉVRIER

Entretien avec Fréderic Bardeau et Nicolas Danet, auteurs du premier ouvrage français sur les Anonymous.

 

Vous écrivez que définir les Anonymous, c’est un peu comme essayer d’attraper un savon mouillé ou observer les déplacements d’un banc de poissons… Quelque chose d’imprévisible nous échappe.

La « murmuration », le banc de poissons, c’est ça. Il n’y a pas de leader et les actions et mouvements des Anonymous n’offrent pas une logique directe, en tout cas vu de l’extérieur.

Pourriez-vous rappeler ce qu’ils ne sont pas ?

Les Anonymous ne sont pas des pirates. Parce qu’ils ne volent pas et ne détruisent pas. Le seul cas où ils ont récupéré de l’argent à partir de cartes bancaires, c’était pour le donner à des ONG. Anonymous n’est d’ailleurs pas non plus une ONG. Le mouvement n’est pas structuré, ne possède pas d’objectifs clairement exprimés, pas de plaidoyer. Ce n’est pas non plus un parti politique. Cette organisation trop clivante appartient au « monde d’avant ». Il y a chez eux une impossibilité matricielle à pouvoir faire de la politique car un anarchiste brésilien, un libertarien américain ou un antifacho allemand n’ont rien de commun politiquement parlant. Mise à part la neutralité du réseau et l’open data (libre circulation des données – ndlr).

Entre hackers et « touristes du web », il existe différents types de profils chez les Anonymous. Vous les classez par compétence…

Oui, c’est très hacker ça, la méritocratie. C’est parce que l’on agit que l’on peut être reconnu, et non par des diplômes ou un statut social. D’où l’anonymat. Ce qui importe, ce sont les actes. Il y a un scénario qui semble se dessiner et que nous n’avions pas creusé dans notre livre. La bannière Anonymous pourrait très bien se séparer entre les hackers et les nouveaux issus de la skybloguisation et de la kikoolisation (récupération par les ados – ndlr) d’Anonymous. Pas uniquement dans le sens « truc marrant », mais aussi parce que cela devient plus démocratique. On voit même des députés qui mettent le masque dans des parlements d’Europe.

Comment aboutit-on à une attaque estampillée Anonymous ?

Ça commence par une vidéo de cul (rires). Non, une action débute par des discussions sur un chan, en général sur « AnonOps » ou « Anonymous_France ». Ça discute sur Monsanto, la Syrie ou ArcelorMittal. Là, des personnes proposent de créer un chan spécifique sur le thème qui prend. Hop, les discussions qui s’y rapportent vont sur le nouveau chan. Après, se pose la question : est-ce qu’on ouvre un Pad ? C’est ce qui va faire office de communiqué sur l’opération. Après, on fait du prosélytisme et la publicité du Pad sur d’autres chans généralistes. C’est le début. Puis il y a des allers-retours jusqu’à la réunion d’une masse critique d’internautes pour programmer une opération.

Cette « masse critique », vous l’avez estimée ?

Non, c’est davantage en termes de temps passé et de compétences réunies. Il faut des gens pour faire la vidéo, checker les failles du site visé… Dans les dernières opérations sur Megaupload, il y avait tellement de personnes impliquées que sur des chans parallèles se lançaient des modes opératoires différents visant un même site. Certains étaient en train de faire du DDoS et d’autres du defacing sur le même site. On ne pouvait même pas voir le defacing parce que le site était bloqué en même temps par le DDoS (rires).

Vous évoquez une dizaine d’attaques en 2009, une vingtaine en 2010, plus d’une centaine en 2011. Un pronostic pour 2012 ?

Nous n’osons même pas l’imaginer. La réaction à la fermeture de Megaupload a été ultra épidermique, plus importante que pour WikiLeaks. Rien qu’au Brésil, il y a eu quarante attaques de sites. Beaucoup de nouveaux arrivants sont persuadés qu’Anonymous défend Megaupload qui est un système mafieux, centralisé. C’est faux. C’est la coupure du média qui a fait réagir.

Les Anonymous semblent opérer une digestion géante des univers mangas (4chan), fantasy ou SF (Star Wars, Star Trek…). Peut-on parler d’une nouvelle esthétique ?

Ils possèdent définitivement une culture de l’image. Ce sont des personnes abreuvées de toutes les séries, de tous les mangas et qui, en plus, les ont passés à la moulinette de la pop culture et remixés à la mode web. Souvent, leurs vidéos commencent avec une Terre qui tourne rappelant soit le symbole de l’ONU, soit les journaux télévisés. C’est très Yes Men. Le côté costard oscille, lui, entre l’influence de Men in Black et mister Smith dans Matrix. C’est une nouvelle forme de créativité.

Recueilli par Geoffrey Le Guilcher

 

Lexique, codes et mythologie d’Anonymous

 

Acta : (Anti-Counterfeiting Trade Agreement) Traité négocié par une trentaine d’Etats depuis 2007 et visant à renforcer les règles internationales sur la contrefaçon et la propriété intellectuelle. Il concerne les biens matériels (du faux sac Vuitton à la copie de médicaments) mais s’étend au piratage de fichiers. Le 26 janvier, l’Union européenne a validé ce texte mais le Parlement européen pourrait faire barrage à sa ratification.
Chan : Canaux de discussion spécifiques appelés channel ou plus communément “chan”.

DDoS : Attaque par déni de service. On sature un site avec un nombre important de personnes qui s’y connectent en même temps.

Defacing : Attaque où l’on “repeint” ou déforme la page d’accueil d’un site internet comme on mettrait sa propre banderole sur une banque, un McDo ou une centrale nucléaire.

DOX :  Attaque où l’on publie des informations sur ses ennemis.
IRC :  (Internet Relay Chat) Protocole qui permet de dialoguer en temps réel. Toutes les personnes ainsi connectées peuvent discuter sur des forums publics ou privés.
Pad :  Sorte de Google document accessible à tous à condition d’avoir le lien.
Sopa : (Stop Online Piracy Act) Proposition de loi américaine examinée par la Chambre des représentants, Sopa faciliterait les poursuites contre les sites accusés d’atteintes au droit d’auteur. Les autorités pourraient suspendre les revenus publicitaires ou bloquer l’accès au site. Le projet de loi Pipa (Protect IP Act) est son équivalent au Sénat US.

Codes & mythologie

L’homme d’affaires sans visage

Non sans ironie, le costard-cravate est devenu un symbole de l’anonymat moderne, à mille lieues du cliché du geek ou du hacker gros, binoclard, en jogging informe taché par sa tasse de café froid.

Le masque.

Dans la BD culte d’Alan Moore, V pour Vendetta, un parti fasciste prend le pouvoir dans une société anglaise postapocalyptique. Face à lui, un anarchiste du nom de V. Il porte un masque représentant le visage de Guy Fawkes, catholique anglais et célèbre membre de la Conspiration des poudres qui avait en tête de faire exploser le palais de Westminster en 1605 pour débarrasser le Royaume-Uni de son élite dirigeante. V symbolise le peuple qui punit ses dirigeants et récupère le pouvoir qui lui a été confisqué. En 2005, la sortie du film V pour Vendetta de James McTeigue aux Etats-Unis– totalement rejeté par Alan Moore – a largement popularisé le masque. Les ventes se sont multipliées ces derniers temps et tous les bénéfices reviennent à Warner qui en détient les droits.

Les règles Les “rules of the internet” qui ont marqué la naissance de l’entité Anonymous s’inspirent de celles de Fight Club, le film de David Fincher (1. “Il est interdit de parler du Fight Club” ; 2. “Il est interdit de parler du Fight Club”, etc.), qui raconte l’histoire d’une sorte de secte dans laquelle des déclassés se transforment en gaillards belliqueux et torses nus qui organisent des actions terroristes contre le grand capital. Tout simplement.

Le lulz

“I did it for the lulz” était au départ le leitmotiv des Anonymous, la formule magique légitimant tous les assauts et les meilleures blagues. Branche agressive du lol, le lulz est un ricanement rageur aux dépens de quelqu’un ou de quelque chose. Pour le lulz donc, les Anonymous ont, entre autres faits d’armes, organisé une attaque de bites sur Second Life ou hacké le compte Gmail de Sarah Palin. En appelant à crucifier l’ennui dans un grand éclat de rire, Tristan Tzara était loin d’imaginer que son programme dada serait appliqué des décennies plus tard par une partie de la population mondiale tranquillement assise sur une chaise de bureau à siège pivotant.

 


Par ERWAN CARIO

Tenter de définir la nébuleuse Anonymous est toujours un exercice périlleux, tant ce mouvement qui n’en est pas un semble insaisissable. Entretien avec Frédéric Bardeau, coauteur avec Nicolas Danet du livre Anonymous (éd. Fyp), qui décrypte dans le détail le fonctionnement et les évolutions de ces activistes d’un nouveau genre.

En quelques années, on passe du lulz (humour corrosif de mauvais goût) des forums de 4chan.org à la défense de grandes causes internationales. Où est la logique des Anonymous ?
On ne la voyait pas au départ, mais plus on s’est plongé dans ce qui a été publié, en remontant aux sources, en interviewant des gens, plus on y a vu clair. Le lulz a toujours fonctionné en opposition aux défenseurs de la morale. Cet affrontement existe depuis le départ. Même dans les attaques un peu potaches des débuts (contre le réseau social Habbo Hotel, lancement du YouTube Porn Day, spam massif du site de partage avec des vidéos pornographiques), il y a une raison : une vidéo retirée, un accès suspendu, un déni de la culture internet. Il y a toujours eu l’ambivalence entre la déconne et la cause. C’est aussi une descendance directe de la cyberculture et de l’éthique hacker, qui prône, entre autres, la décentralisation, la liberté de l’information et la méfiance vis-à-vis de toute forme d’autorité. Après, c’est juste un gigantesque dérapage. En quelques années, Anonymous s’est démocratisé et internationalisé.

Y a-t-il une conscience politique liée à Anonymous ?
Ça ne rentre dans aucune case. Ce n’est ni de l’anarchisme, ni du syndicalisme révolutionnaire, ni du marxisme. C’est un mouvement postmoderne, lié à la technologie, à la communication par paquets, à l’architecture décentralisée. Lié aussi à l’anonymat, qui porte en soi une valeur politique forte. Mais Anonymous ne peut pas se politiser au sens classique du terme. Entre les Anonymous du Brésil, très puissants et mobilisés contre la corruption, ceux d’Autriche et d’Allemagne, antifascistes, les Belges qui se battent pour les salariés d’ArcelorMittal… Si on ajoute le lulz, il n’y a plus aucune unité possible. A part sur les plus petits dénominateurs communs que sont la liberté d’informer et la neutralité des réseaux, par exemple.

Du coup, ont-ils une chance de changer le monde ?
C’est possible, mais surtout par l’influence qu’ils peuvent avoir sur les décideurs, les partis, les ONG, etc. On peut presque considérer leur démarche comme de l’altermondialisme numérique. Les altermondialistes ont réussi à mettre sur le devant de la scène la taxe sur les transactions financières. Ce sera peut-être la même chose pour Anonymous si la neutralité du Net, par exemple, rentre un jour dans la Constitution. Mais la grande différence, c’est qu’il ne peut pas y avoir de forum social. Il n’y a que la bannière, mais pas les organisations. S’ils changent le monde, ce sera de manière indirecte. Ça leur irait bien, en plus, puisqu’ils n’en auront alors ni la paternité, ni la responsabilité, ni même la prétention.

 

 

Le syndicat Unité police SGP-Force ouvrière, principal syndicat des gardiens de la paix en France, porte plainte ce lundi 30 janvier contre Anonymous suite au piratage de son site Internet. Une base de données contenant les coordonnées d’environ 500 délégués syndicaux a été attaquée et mise en ligne. Le collectif fait depuis quelques semaines beaucoup parler de lui pour dénoncer des lois « liberticides » telles les lois PIPA, SOPA aux Etats-Unis contre le téléchargement illégal de données sur Internet. Quelles sont les revendications d’Anonymous et qui se cache derrière ce collectif informel et mondial ? Eléments de réponses avec Nicolas Danet, auteur avec Frédéric Bardeau du livre intitulé Anonymous, Pirates informatiques ou altermondialistes numériques ?

RFI : Anonymous se mobilise pour la liberté d’expression sur Internet. Est-ce que ce mouvement ne brouille pas un peu le message en révélant les activités syndicales de policiers qui ont eux aussi droit à la liberté de pensée et à la protection de leurs données personnelles ?

Nicolas Danet : Effectivement. Cela est dû à la nature ambiguë de la bannière Anonymous. Le mouvement n’est pas structuré et chacun peut s’en revendiquer. Ce qui signifie que certaines actions peuvent être moralement répréhensibles.

RFI : Ne risque-t-il pas d’imploser si le message manque de lisibilité ? Si les dissensions prennent trop d’importance dans le collectif ?

N.D. : Evidemment c’est un risque. Mais ce que l’on peut constater tout de même, c’est que petit à petit, leur message passe. On parle d’eux dans les Guignols de l’info et pas uniquement de manière inquiétante comme cette Une de journal qui titrait « Anonymous terrorise Internet ». On comprend mieux leur action. En tout cas, il y a un changement assez net dans les mentalités : ce ne sont pas eux qui terrorisent. Ils luttent pour la liberté du réseau. Suite à la fermeture par les autorités américaines de MegaUpload, la plateforme de téléchargement, on s’est rendu compte que le mouvement avait grandi. Que le combat des Anonymous était plus populaire. En effet MegaUpload représentait 4% du trafic mondial, ce qui est énorme. Et le grand public s’est rendu compte qu’un Etat avait la possibilité de censurer, du jour au lendemain, un tel site.

RFI : Samedi dernier, on a vu les Anonymous français descendre dans la rue. Dimanche, ils bloquaient le site internet du ministère français de l’Intérieur consacré à l’immigration. Aujourd’hui, ils ont tagué l’immeuble de l’Hadopi, la Haute Autorité de lutte contre le téléchargement illégal en France. Le mouvement prend-il une nouvelle dimension ?

N.D. : A mon avis toutes ces actions montrent surtout la diversité du mouvement. C’est un cri du peuple internet qui lutte pour son indépendance. Une opposition entre deux façons de pensée, deux modèles économiques : le monde de l’Internet et celui des ayants-droits qui défendent les droits d’auteurs.

RFI : N’est-ce pas un peu manichéen ?

N.D. : Les Anonymous ne sont pas les chevaliers du Bien. Effectivement certaines actions sont condamnables. Mais le monde des hackers est ainsi fait et c’est vrai que sur Internet, comme dans une cour d’école, il s’y passe des choses pas toujours « dans les normes ». Certes les Anonymous ont une capacité de nuire. Mais cela reste de l’ordre de l’activisme. La menace est symbolique et touche des institutions. Les attaques par déni de service ne font rien d’autre qu’empêcher de consulter un site. Et cela est temporaire. Les Etats, eux, peuvent décider de censurer un site. Et le faire disparaîre de la Toile. D’ailleurs souvent les termes utilisés pour qualifier l’action d’Anonymous sont inadéquates. On parle d’attaques, de cyberguerre, un vocabulaire militaire emprunté à la culture geek mais qui ne décrit pas la réalité de la menace. Le site du FBI mis hors service par les Anonymous après la fermeture de MegaUpload, a juste été indisponible ponctuellement.

RFI : En effet, dans un de leur communiqué, ils souhaitent ne pas être réduits à des pirates informatiques.

N.D. : Le terme est tendancieux. Ils ne sont-là ni pour s’enrichir ni pour voler. Ils ne sont pas une menace pour le citoyen isolé. En tous les cas, il y a très peu d’exemple d’attaques de ce type.

RFI : Comment se passent-ils le mot techniquement pour décider d’une action ?

N.D. : Ils se réunissent sur des espaces de discussion par le biais de canaux IRC. Un peu austères d’ailleurs. Les discussions sont thématiques. Chacun peut lancer une idée d’action. Ils en discutent entre eux dans des documents collaboratifs type Google Docs. Chacun propose ses compétences sur le mode de la la do-ocratie. C’est-à-dire que c’est une organisation par les gens qui « font » ( du verbe anglais to do = faire ). Chacun apporte son savoir faire et propose de s’impliquer à hauteur de ses compétences.

RFI : Le mouvement est-il de même nature que celui des indignés ?

N.D. : lls se sont rencontrés. Et les Anonymous ont apporté un support technique aux indignés et acteurs des révolutions arabes. Leurs revendications peuvent se ressembler. Mais les deux mouvements divergent dans le sens où les Anonymous ne cherchent pas de leader. L’organisation est plus horizontale et de l’ordre d’un mouvement de lutte pour les droits civiques comme les mouvements hippies dans les années 60/70. Les Anonymous véhiculent plutôt une idéologie avant-gardiste comme la contre-culture américaine dans ces années là qui s’appuyait sur le monde de l’informatique pour proposer et rechercher ensemble d’autres manières de vivre.

RFI : L’action des Anonymous va-t-elle s’orienter de plus en plus vers des actions politiques ?

N.D. : Au sens traditionnel, non. Certainement pas. Les Anonymous ne sont ni une ONG, ni une organisation de lobbying. Par contre le mouvement tisse des liens avec des organisations de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet comme la quadrature du Net ou EFF (Electronic Frontier Fondation) et reprend certaines de leurs revendications. La bannière Anonymous se rapproche plus du mouvement altermondialiste, si on veut faire un rapprochement, qui a apporté de nouvelles formes de pensée et notamment véhiculer l’idée que le peuple pouvait se rebeller.

Journée de manifestation des Anonymous en France les 28 et 29 janvier 2012 :

La journée nationale demobilisation contre la censure du Web a réuni des Anonymous, hier, à Brest.

«Anonymous est un régulateur d’Internet et de la démocratie internationale. C’est une idée, pas un parti politique», explique un jeune militant, le visage dissimulé par le célèbre masque de Guy Fawkes. «Nous manifestons aujourd’hui contre la censure du Web. L’Acta, un accord commercial anti-contrefaçon que 22 pays ? dont la France ? viennent de signer, s’apparente à Big Brother. Il a été négocié en secret et s’inscrit dans la lignée des lois Hadopi, Sopa et Pipa». Le traité, signé jeudi à Tokyo, vise à renforcer et harmoniser les moyens de lutte contre le téléchargement illégal et facilite notamment les procédures pour que les fournisseurs d’accès àInternet (FAI) divulguent aux ayants droit des informations sur les personnes soupçonnées decontrefaçon.

«Ras-le-bol»

«Ce traité, s’ilest signé par le Parlement européen, va autoriser les FAI àcontrôler les paquets de données de ses utilisateurs pour vérifier qu’ils ne contiennent pas de fichiers violant les droits d’auteurs. D’autre part, la fermeture de Megaupload par le FBI ouvre la porte à tous les abus. Beaucoup de professionnels utilisaient ce site pour stocker leurs fichiers. Nous ne sommes pas des hackers, la plupart d’entre nous ne téléchargent pas de fichiers illégaux. Nous voulons marquer les esprits et sensibiliser l’opinion sur ce traité. Ils’agit d’exprimer un ras-le-bol général».

 

Dimanche 29 janvier 2012 – 10:00:00 – Ecrit par Cedric Gasperini

Hier, les Anonymous étaient dans la rue. Pour protester contre « le flicage d’Internet », le collectif de hackers a lancé un appel à descendre dans la rue.

Dans une trentaine de villes, que ce soit à Paris, Rennes, Strasbourg, Montpellier, Nîmes ou Bordeaux, mais également à Bruxelles où ils étaient quelques 200, tous ont défilé, dans le calme, pour dénoncer principalement l’Acta (Anti-counterfeiting trade agreement). Ce traité a été signé jeudi dernier par 22 pays de l’Union Européenne, et établi en collaboration avec les Etats-Unis, le Japon, le Canada, la Nouvelle-Zélande, l’Australie, Singapour, la Corée du Sud, le Maroc, le Mexique et la Suisse. C’est un traité commercial Anti-Contrefaçon qui prévoit une meilleure collaboration entre les pays pour luter contre la contrefaçon, qu’il s’agisse de produits de luxe, de médicaments ou autres, mais qui pourrait aussi s’appliquer au téléchargement illégal.

Le traité est dénoncé par beaucoup comme manquant de transparence, établi sans concertation avec la société civile et, on commence à en avoir l’habitude, uniquement créé par et pour l’Industrie. Il est à noter que les Anonymous ne sont pas les seuls à dénoncer l’Acta. l’ONG oxfam et Reporters sans Frontières mettent également en garde contre les dangers de ce texte. Le rapporteur du Parlement Européen, Kader Arif, a d’ailleurs démissionné pour protester contre sa signature, survenue un peu en loucedé, « sous le manteau », sans débat.

Mais revenons aux Anonymous et leur défilé pacifiste d’hier.

Ils étaient entre 300 et 400 à Paris, défilant entre Bastille et République, au son des slogans « ACTA ne passera pas », « nous sommes légion » ou « liberté sur Internet ». Certains arboraient des masques de Guy Fawkes en plastique, d’autres en carton, d’autres… rien. Membres ou simple sympathisants étaient ainsi réunis.
Un succès pour la capitale où entre 50 et 100 personnes seulement étaient attendues.

Une centaine de personnes, venues en famille ou entre amis, se sont également retrouvés à Bordeaux, tandis qu’ils étaient une quinzaine seulement à Nîmes, Châlon ou à Poitiers, place Charles de Gaulle pour dénoncer la « répression liberticide » qui sévit actuellement sur Internet. Dans la ville de Poitou-Charentes, le message était plus tourné vers les derniers évènements en rapport avec Megaupload.
Le FBI a fermé le site Megaupload sans qu’aucune décision de justice ne l’y autorise (ndr : c’est une erreur puisque le FBI n’a pas agit sans ordre d’un juge américain). Il s’agit d’une décision américaine unilatérale, un choix du gendarme du monde qui prive l’accès des internautes de toute la planète.
Dans tous les cas, les manifestations ont été pacifistes et ont permis au collectif de montrer une autre image de leur mouvement. La prochaine manifestation est d’ailleurs prévue le 4 février.

 

 

 

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• Megaupload et Anonymous : un acte de résistance du cyberespace ?

article publie le 23 janvier 2012 dans Le Huffington Post

La fermeture de MegaUpload jeudi dernier a engendré un séisme sur Internet. Les réseaux sociaux sont devenus le théâtre de réactions allant du désarroi à l’indignation. Anonymous, cette bannière de l’activisme en ligne, a lancé 15 minutes après l’annonce de la fermeture des attaques contre les sites d’Universal, de la Maison Blanche ou encore de l’Hadopi. Une bataille virtuelle mais bien réelle entre les défenseurs du vieux modèle de contrôle et de régulation, de rétribution des droits d’auteurs et ceux qui, masqués ou non, réclament l’indépendance du cyberespace et plaident pour la fin de la censure, pour la défense de la neutralité du réseau et de l’anonymat…

La semaine dernière, les poids lourds du web s’étaient ligués pour dénoncer les lois SOPA et PIPA qui visaient à réguler Internet et favoriser les ayants droit, en proposant un arsenal juridique qui remet en cause le modèle contributif de sites que l’on utilise tous les jours. Une première attaque contre le web qui a engendré un « black out » de nombreuses plateformes, comme la version anglo-saxonne de Wikipédia et Reddit. Google, Facebook ou encore Amazon se sont aussi fendus de communiqués anti-SOPA.

Alors que certains parlementaires américains commençaient à reculer, les dirigeants de Megaupload, le plus gros site de téléchargement direct (par opposition au P2P) ont été arrêtés et le site mis hors-ligne. Les ayants droit, regroupés dans des lobbys comme la RIAA, ont donc réussi à imposer la fermeture de ce site, devenu leur bête noire faute d’avoir pu négocier avec eux comme le démontre les pièces du procureur en charge du dossier Megaupload. Ce site permet à des centaines de milliers de personnes de télécharger du contenu, légal parfois mais surtout illégal au regard des législations sur les droits d’auteur.

La première chose qui retient l’attention dans cette affaire est l’incroyable pouvoir de la justice américaine, capable d’imposer la fermeture d’un site consulté partout dans le monde et qui représente 4% du trafic global d’Internet. Du jour au lendemain, ce site est devenu indisponible. La présidence française a d’ailleurs très rapidement salué la nouvelle, comme on se féliciterait de l’arrestation de terroristes ou de la chute d’un dictateur sanguinaire, certainement pour donner des gages à l’industrie culturelle française et justifier l’existence de l’Hadopi. En revanche la réaction de la commissaire européenne en charge des nouvelles technologies, Neelie Kroes, s’est elle dit préoccupée par cette décision unilatérale.

Autre point marquant, la riposte Anonymous. Immédiate et puissante, elle fournit un étendard qui, partout dans le monde, permet de regrouper les indignés du numérique qui s’opposent à toute tentative de « civiliser » le web ou d’entraver les libertés de publication et de partage des créations. Cette revendication d’une indépendance du cyberespace n’est pourtant pas nouvelle. En 1996, c’est John Perry Barlow, ex parolier des Greatful Dead et fondateur de l’Electronic Frontier Foundation (EFF), qui publie un manifeste en ce sens, alors que les Etats-Unis commençaient à légiférer drastiquement Internet. Il y oppose alors avec poésie les « gouvernements du monde industriel, ces géants de chair et d’acier » au cyberspace, qui accueille en son sein les libres penseurs. « Vous n’êtes pas les bienvenus chez nous », précise-t-il alors. Avec lui, les hackers, ces bidouilleurs de l’informatique insoumis qui ont créé Internet, entendent défendre ce territoire comme une maison devant être gérée par leurs valeurs et leurs lois, horizontales, participatives, consensuelles, comme le sont les protocoles techniques (W3C, IETF) et les logiciels libres…

Anonymous s’inscrit dans cette lignée de défenseurs d’un cyberespace autonome, à la différence notable que le phénomène n’est par essence pas structuré et rassemble au delà des aficionados de l’informatique. Anonymous, c’est la bannière utilisée par tout ceux qui se retrouvent dans les valeurs des hackers, qui défendent la liberté d’expression et la neutralité du réseau, de façon anarchique, parfois contradictoire, mêlant humour potache et revendications politiques fortes.

Dès 2008, Anonymous était en prise avec les associations de défense des ayants droit américains. Une opposition bien naturelle : d’un côté les derniers nés de l’Internet, nourris de la culture de l’image qui se copie, se partage et se détourne à l’infini, et de l’autre les représentants d’un monde où le contenu est un produit figé qui s’achète individuellement. Deux modèles incompatibles. Des attaques DDoS, qui en mutualisant les efforts d’internautes permettent d’empêcher l’accès au site ciblé, sont alors menées dans le cadre d’opérations dites Payback contre la RIAA et Sony.

Depuis, Anonymous a grandi. Le soutien à Wikileaks en 2010 a marqué un tournant vers une logique beaucoup plus médiatique, visant plus à « hacker » le monde de l’information pour faire entendre d’autres voix que des faits d’armes purement numériques ou potaches. Si parfois Anonymous est l’étendard qui sert à revendiquer des actions d’intrusions informatiques et de diffusions massives de données piratées, c’est aussi le phénomène qui s’est engagé aux côtés des révolutions arabes et d’Occupy Wall Street.

C’est via ce prisme que l’on doit certainement comprendre les récentes attaques d’Anonymous contre les sites du Département de la Justice américain, de la Maison Blanche, de Sony, du FBI, etc.. Il s’agit de s’en prendre aux représentations numériques d’un pouvoir économique et politique qui soutient une vision d’Internet en contradiction avec les valeurs d’Internet.

Comme l’on s’indignerait contre le gouvernement en rejoignant un sit-in place de la Bastille, sur Internet les revendications prennent des formes de mobilisation qui, bien qu’illégales, sont certainement représentatives d’une prise de conscience citoyenne et d’une envie d’agir sans violence et sans volonté de détruire.

Cette opération, épidermique mais pas irrationnelle, n’est certainement pas la dernière. Suite à la publication de notre livre, qui a été suivie pas certains Anonymous, nous avons été contactés au sujet d’une manifestation de rue, programmée à Paris pour le mois de mars prochain. Nous n’avons pas plus de détails sur le lieu et la date exacte, mais on nous a fait comprendre, et d’autres personnes ont également été prévenues dans le même sens, que cette opération avait pour but de dénoncer les lois liberticides sur Internet, et qu’elle allait s’appeler Anonymact.
Frédéric Bardeau et Nicolas Danet, auteurs du livre Anonymous, Pirates informatiques ou altermondialistes numériques, FYP Editions, 2011.

 

 

Hadopi.fr, Elysee.fr, Vivendi.fr, mais aussi L’Express.fr ou encore les portails des ministères de la Justice et de la Défense… Les sites français ont été attaqués par dizaines ces derniers jours. Après la fermeture de la plateforme de téléchargement et d’hébergement Megaupload vendredi 20 janvier, la riposte du collectif Anonymous a gagné l’Hexagone. FTVi s’est penché sur le fonctionnement et l’identité de ce jeune groupe, qui a franchi depuis vendredi une nouvelle étape.

• Qui se cache derrière Anonymous ?

On peut difficilement les dénombrer mais plus de 200 000 suivent le compte Twitter @AnonOps, qui se revendique : « Nous sommes des combattants pour la liberté sur internet. » Ils se dissimulent derrière des pseudonymes et communiquent sur des réseaux dédiés : ils, ce sont les inconnus d’Anonymous, un collectif informel et mondial d’activistes, de geeks et de hackers « sans structure fixe, ni vraiment d’organisation », analyse Nicolas Danet, co-auteur d’Anonymous, pirates informatiques ou altermondialistes numériques ? (éditions FYP).

Il s’agit d’une « bannière derrière laquelle se regroupent ponctuellement des gens, au hasard des opérations qui sont décidées » contre les sites, pour alerter sur le respect de la liberté sur internet. « Banquiers dégoûtés et étudiants excités » en composeraient aussi les rangs, selon Le Figaro qui évoque environ 1 400 membres actifs en France.

Non identifiés, tous se rejoignent autour d’un même slogan (« Nous sommes Anonymes. Nous sommes légion. Nous ne pardonnons pas. Nous n’oublions pas. Comptez sur nous ») ainsi que derrière un même visage, celui de Guy Fawkes, dont le masque est fièrement arboré lors de manifestations. Ce révolutionnaire catholique anglais, qui a commis un attentat contre le Parlement anglais au XVIIe siècle, a notamment été rendu célèbre par le film V pour Vendetta (2006).

• Quelles sont les revendications des Anonymous ?

« Dès qu’il y a un coup de semonce des autorités par rapport à la liberté de communication et de partage sur internet, les Anonymous se sentent attaqués », résume Félix Tréguer, chargé de mission à la Quadrature du net, une organisation de défense pour les droits et libertés des citoyens sur internet.

L’acte fondateur d’Anonymous remonte à 2008, lorsque plusieurs internautes se mobilisent contre l’Eglise de scientologie, accusée d’avoir voulu faire supprimer du site 4Chan, temple de la culture web et terrain de jeu des premiers Anonymous, une vidéo où Tom Cruise glorifie les scientologues.

Elle a subi « ce qu’on appelle l’effet Flanby, commente Nicolas Danet. Lorsqu’on essaie de le faire disparaître en tapant dessus avec une cuillère, il éclabousse le mur. Pour le contenu sur internet, c’est pareil : demander sa suppression ne fait qu’attirer le regard sur lui. » Les Anonymous attaquent le site de l’Eglise de scientologie américaine et descendent même dans la rue. Le mouvement s’internationalise peu à peu, et prend la défense de WikiLeaks en 2010.

Lutte contre la scientologie, soutien à Julian Assange et réaction à la fermeture de Megaupload : ces trois événements-clé de l’histoire d’Anonymous résument à eux seuls la principale revendication du groupe, celle de la protection de la liberté sur internet.

• Comment agissent les Anonymous ?

Qui dit attaque dit réponse, choisie après de longues discussions sur des forums spéciaux. Ainsi, lundi 23 janvier, la plupart des sites visés ont été la cible d’attaques dites de déni de service. Réalisées grâce à à l’application LOIC, elles permettent de saturer les serveurs des sites en raison d’un nombre de connexions répétées trop important. Si bien que les sites deviennent inaccessibles. D’autres techniques sont parfois utilisées comme le « défaçage », une pratique consistant à remplacer la page d’accueil par une autre.

Anonymous parle de « cyberguerre ». Pour Félix Tréguer, si la motivation est « politique », l’action est davantage « assimilable à un sit-in. Ce sont des attaques destinées à attirer l’attention » des médias et de l’opinion publique.

• Que révèlent les réactions à la fermeture de Megaupload ?

Dès le 20 janvier, la nébuleuse Anonymous s’organise rapidement pour réagir à la fermeture du site d’hébergement Megaupload représentant 4 % du trafic mondial sur internet. Pour Nicolas Danet, « il s’agit d’un tournant. Le volume de mobilisation était très important ».

Entre 5 000 et 6 000 personnes se sont ainsi connectées en même temps sur un seul canal pour saturer les sites que le groupe incrimine dans cette action. Au total, l’opération #OpMegaupload aurait rassemblé 27 000 personnes, selon le site SoftPedia. « La réaction a été unanime. Il ne s’agissait pas de soutenir Kim Dotcom [le fondateur de Megaupload] mais de dire : ‘Sur internet, ça ne se passe pas comme ça, on ne supprime pas un site de cette façon’ », analyse Nicolas Danet.

Pour son co-auteur Frédéric Bardeau, la démocratisation est désormais en marche : les Anonymous « s’éloignent de leur ADN anti-scientologie. WikiLeaks était déjà une étape vers la démocratisation et le grand public. Ils sortent de leur ‘entre-soi’, de 4chan, des mèmes [des phénomèmes repris en masse sur le net] « , résume-t-il sur Rue89.

• Est-ce que l’attaque contre L’Express était contre-productive ?

Les Anonymous s’égarent-ils ? Telle est la question que soulève l’attaque menée, lundi, contre le site de L’Express, quelques heures après une critique virulente contre le collectif du directeur de la rédaction Christophe Barbier sur i-Télé.

L’assaut a agité les médias, Twitter… mais aussi le groupe lui-même, comme le note Nicolas Danet. « Le mouvement a tellement grandi que certains peuvent tirer la bannière à eux », décrypte-t-il, ajoutant que « beaucoup d’Anonymous se sont levés contre cette action » à l’instar des comptes Twitter @Anon_fr et @anonymous_fr. Mardi, sur le chat francophone des Anonymous, certains ont une nouvelle fois réagi, en rappelant les principes du collectif : « On a dit pas d’attaque sur les médias », insiste ainsi l’un d’eux, sous le pseudonyme de Jag.

Pour Nicolas Danet, l’action contre L’Express met surtout en lumière les dissensions internes des Anonymous, dues à la nature du collectif « non-structurée ». Le risque étant à l’avenir de « parvenir à trop de contradictions en son sein » et nuire de ce fait aux revendications.

Julie Rasplus

 

Par Boris Manenti
Journaliste

 

Les Anonymous sont en effervescence. Le mouvement d’internautes multiplie les attaques contre une multitude de sites depuis la fermeture Megaupload, site controversé puisque largement utilisé pour le téléchargement illégal.

Des Anonymous espagnols, en mai dernier (Arturo Rodriguez/AP/SIPA)

En représailles, les cyber-militants ont lancé l’opération Megaupload (« opMegaupload »), rassemblant jusqu’à 27.000 internautes, selon SoftPedia.

Le collectif multiplie les « attaques de déni de service » (dite de « DDoS ») qui consistent à surcharger un site de requêtes jusqu’à sa saturation et sa mise hors service. Des attaques qui ne « réussissent » que si de nombreux internautes y participent.

Ont ainsi été rendus inaccessibles : les sites du FBI, du ministère de la justice américain, des maisons de disques Universal, EMI et Warner, de Disney, de l’association professionnelle du disque RIAA et de l’association professionnelle du cinéma MPAA.

Au Brésil, les attaques ont également été massives, visant une centaine de sites brésiliens appartenant au gouvernement de Brasilia.

Les Anonymous démentent toutefois les rumeurs d’attaques contre les réseaux sociaux Facebook et Twitter.

« Haute trahison envers l’esprit d’internet »

Les sites de Vivendi, Sony et CBS ont eux été piratés, voyant leurs pages d’accueil modifiées.

Accusé de « censure et de haute trahison envers l’esprit d’internet [...] par sa participation au lobbying culturel », Vivendi a vu plusieurs de ses pages modifiées avant d’être fermées.


Chez Sony, les Anonymous ont publié l’intégralité du catalogue musical du label ainsi que de nombreux films, tous téléchargeables gratuitement. Des informations personnelles sur les dirigeants de Sony (nom, adresse, numéro de téléphone, salaires, etc.) ont également été publiées.

Enfin, les Anonymous se seraient introduits dans l’administration du site du groupe de médias CBS et auraient « tout effacé ».

« Sarko, le peuple aura ta peau »

En France, les sites du ministère de la Justice, de l’autorité de lutte contre le téléchargement illégal (Hadopi) et de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (Sacem) ont également fait les frais d’une attaque de DDoS.

Enfin, les déclarations de Nicolas Sarkozy à la suite de la fermeture de Megaupload n’ont pas plu aux Anonymous. Le site de l’Elysée a été brièvement détourné. Des messages ont été insérés dans les adresses de navigation du site, comme « We Are Legion », « Stop SOPA » ou « Sarko, Sarko, le peuple aura ta peau ».

« Ce n’est qu’une étape de plus dans ce mouvement de troupes dans la dénonciation de la censure sur internet », analyse Frédéric Bardeau, auteur de « Anonymous, pirates ou altermondialistes numériques ».

« Personne ne défend Megaupload ou son fondateur [Kim Dotcom] en tant que tel, mais plutôt le système de partage. Après le débat sur les projets de lois SOPA et PIPA [contre le téléchargement illégal], et avant deux élections des deux côtés de l’Atlantique, ça crépite sur les réseaux. Cette ‘opération Megaupload’ s’inscrit donc en raisonnance avec plusieurs choses et devrait durer… », conclut-il.


Dans l’heure qui a suivi la fermeture du site de téléchargement, des cyberattaques ont mis hors d’état des sites officiels américains

À qui le tour ? Juste après la fermeture du site Megaupload, les sites du ministère américain de la Justice, de la maison de disque Universal, du FBI ou encore de la major Warner étaient inaccessibles. Mis hors d’usage en quelques instants, alors qu’ils font partie des plus protégés. « Le gouvernement met Megaupload à bas ? 15 minutes plus tard, les Anonymous mettent hors d’usage les sites du gouvernement et des labels de musique », expliquait ainsi par un tweet cinglant @anonnews, qui se réclame du mouvement.

Insaisissable organisation que celle des Anonymous, qui s’invite de plus en plus dans le débat politique, lorsqu’elle combat l’Église de scientologie ou qu’elle apporte son soutien à WikiLeaks ou au mouvement Occupy Wall Street. Attachée à la liberté d’expression, elle joue souvent le rôle de David contre Goliath. Et bouscule les institutions, avec la volonté évidente de devenir leur obsession. Un de leurs slogans est « Nous sommes une légion. Nous n’oublions pas. Nous ne pardonnons pas. »

Une attaque « populaire »

Les Anonymous, qui refusent toute hiérarchie, sont redoutablement efficaces. Juste après la fermeture de Megaupload, ils sont des milliers à s’être retrouvés sur les Internet Relay Chat (IRC), des forums de discussions ouverts à tous, sur des salons baptisés #opmegaupload. « Cela a été une attaque particulièrement populaire, du même type que celle qui a consisté à défendre WikiLeaks », explique Frédéric Bardeau, auteur de Anonymous, pirates ou altermondialistes numériques (FYP éditions). Sur les forums, on parle des armes à utiliser. Le logiciel LOIC (Low Orbit Ion Canon, un acronyme anglais directement inspiré de Star Wars) permet d’inonder un site de requêtes pour le rendre inaccessible. Mais l’arme de destruction consiste à mobiliser des botnets, des armées d’ordinateurs infectés, mis en réseau et commandés à distance. Il est possible de louer leur utilisation à l’heure.

Mais ce n’est pas la seule arme des pirates qui, pour accentuer leur action, peuvent décider, ou non, de délivrer des données personnelles, comme ce fut le cas aux États-Unis où l’identité de policiers réprimant les manifestations pro-Occupy Wall Street ont été divulguées. Cette technique, le « doxing », soit la divulgation d’informations privées, fait débat à l’intérieur du mouvement. Cette nuit, des numéros de téléphone, des adresses personnelles et des numéros de sécurité sociale d’hommes politiques qui défendent la loi SOPA ont été rendus publics.

Cette riposte sera-t-elle efficace ? Il est peu probable que les autorités américaines changent d’avis. Mais les Anonymous ont réussi à alerter le grand public. « Il s’agit de cybermanifestations et leur but est atteint dès qu’ils arrivent à tirer la sonnette d’alarme », explique l’hacktiviste foO. Sans compter que d’autres sites d’échanges de fichiers, comme Rapidshare ou Fileserve, ont déjà pris le relais de Megaupload.

Par GUILLAUME GRALLET

 

Les Anonymous s’attaquent à l’Élysée
Le Point.fr – Publié le 20/01/2012 à 13:56 – Modifié le 21/01/2012 à 09:47
Le site internet du gouvernement a été piraté vendredi.

Moins de 24 heures après le soutien apporté par Nicolas Sarkozy à la fermeture de Megaupload, le site de l’Élysée a été piraté le vendredi 20 janvier dans l’après-midi. Le site en lui-même était toujours accessible, mais sur l’URL, l’adresse internet de l’Élysée, on pouvait lire quelques délicates attentions comme « We are legion » (un des slogans des Anonymous), « La présidence la plus ridicule de l’histoire », ou encore « Fuck S.O.P.A. ». Une manière de dire que les hacktivistes peuvent s’inviter où bon et quand bon leur semble…

La communauté Anonymous semble être de plus en plus active en France. « On est passé d’un noyau dur canal historique de 5 à 10 personnes mobilisées contre l’Église de scientologie en 2008 à plusieurs milliers de sympathisants », estime Frédéric Bardeau, auteur de Anonymous, pirates informatiques ou altermondialistes numériques (FYP éditions).

Rendez-vous « pacifique et festif »

Sans doute pour mesurer ses forces, cette communauté s’apprête à organiser une manifestation « réelle » à Paris. Et un site, non encore actif, a même été créé pour organiser, et informer sur cet événement : www.anonymact.fr Ce rendez-vous devrait être « pacifique et festif », explique un des organisateurs, et visera à « attirer l’attention des citoyens sur les agissements des gouvernements et de certaines entreprises qui violent nos droits et libertés fondamentales comme le droit d’expression, de réunion, d’association, et d’information ».

« Nous ne sommes pas des enfants, ni des criminels, ni des pédophiles, ni des nazis, ni des terroristes », explique l’appel qui circule en ce moment chez des initiés et qui condamne en vrac les dispositifs Hadopi, Loppsi, Acta, Ipred (une directive européenne anti-piratage) ou encore Sopa et Pipa, les projets de lois américaines qui ont conduit Wikipedia à une journée écran noir cette semaine. Le document précise : « Nous sommes des citoyens attachés à leurs libertés et à la neutralité d’Internet où les gouvernements et les entreprises n’ont aucun droit supérieur à nous, ses utilisateurs. »

« Expect us »

Cet appel sera-t-il suivi par toutes les composantes de ce mouvement qui refuse toute hiérarchie et qui compterait plusieurs centaines d’internautes actifs en France ? « Masqués, déguisés, maquillés, travestis, anonymes, ou pas, faisons descendre le Web dans la rue et montrons-leur que nous sommes tous Anonymous et que nous sommes légion », poursuit l’appel d’un « expect us », une des signatures du mouvement

Certes, ce ne serait pas la première fois que les Anonymous manifestent dans la rue. Les militants manifestent alors avec le masque que le héros porte dans le film V pour Vendetta d’Alan Moore, en hommage à l’artificier britannique Guy Fawkes. Ce fut notamment le cas en 2008 en Angleterre, en Australie et en Allemagne, contre l’Église de scientologie. Ou encore cet été à San Francisco, pour protester contre la mort d’un SDF qui avait été roué de coups, puis fin 2011 à New York en solidarité avec le mouvement Occupy Wall Street. Mais, si elle réussit, cette manifestation serait une des premières d’importance à Paris et serait aussi une des illustrations de sa vitalité en France.

REGARDEZ l’avertissement des Anonymes : « Les États-Unis censurent Internet

Par GUILLAUME GRALLET

 

 

Ecoutez Nicolas Danet à la Matinale de Radio Nova : Nicolas Danet

 

 

• Vendredi 2 décembre, interview de Nicolas Danet et Frédéric Bardeau dans Les Inrocks

• Vendredi 2 décembre : Nicolas Danet à 16 H 10 sur LCI dans l’émissson Le Buzz

 

 

• Les Inrocks ont interviewé Nicolas Danet auteur avec Frédéric Bardeau de l’ouvrage : Anonymous chez FYP éditions

Fréderic Bardeau et Nicolas Danet viennent de publier le premier ouvrage en français sur les Anonymous. Après la conférence qu’ils ont donnée le 29 novembre à l’Ecole Sup’Internet, nous avons rencontré Nicolas Danet.

Les Anonymous permettent de reconsidérer les rapports de force »
02/12/2011 | 12H42

 

Crédits photo:  Des manifestants masqués à Rome, en octobre 2011 (Stefano Rellandini)

Fréderic Bardeau et Nicolas Danet viennent de publier le premier ouvrage en français sur les Anonymous. Après la conférence qu’ils ont donnée le 29 novembre à l’Ecole Sup’Internet, nous avons rencontré Nicolas Danet.

Vous avez expliqué lors de la conférence que les Anonymous étaient les dignes héritiers de la contre-culture américaine des années 70…

Le mouvement s’est en fait nourri de deux mamelles. D’une part la culture web, qui est  issue de la contre-culture américaine des années 70, avec les premiers hackers, qui étaient aussi les premiers informaticiens en fait. Les Wozniak, les Jobs, les Stallman etc., qui bidouillaient dans leur garage tout en étant proches des milieux contestataires. L’autre mamelle est la pop culture, celle des médias, des enfants de la télé, abreuvés par la production médiatique depuis la fin des années 70. Et 4chan c’est ça, la digestion de cette pop culture par la cyberculture. Les mèmes sont les symboles de cette digestion : une image populaire est reproduite et détournée à l’infini.

L’un des symboles du mouvement, le masque de Guy Fawkes, illustre bien ce mécanisme.

Guy Fawkes est un révolutionnaire catholique anglais du XVIIe siècle qui a commis un attentat contre le Parlement britannique, symbole de l’élite dirigeante. Il a été pendant longtemps un personnage de la culture populaire anglaise. Le basculement intervient au moment où l’auteur britannique de comics Alan Moore [le père de Watchmen, ndlr] s’empare du personnage, et y prend ce qui l’intéresse le plus : l’anarchisme. Le retournement opéré par Moore érige Guy Fawkes en figure de la lutte contre l’Etat totalitaire, qui contrôle la population via la technologie. Si tous les mécanismes sont à l’œuvre dans la BD, le vrai déclencheur qui va lier les Anonymous au masque, c’est l’adaptation ciné par les frères Wachowski, V pour Vendetta (2006). Le film change l’échelle du personnage.

La plupart des méthodes utilisées par les Anonymous ne sont pas nouvelles. D’après vous, l’opération qu’ils ont menée en Syrie était un copie-collé de celle utlisée pour aider la révolte au Chiapas en 1994. Qu’est ce qui a changé alors ?

La différence entre le moment où l’Electronic Disturbance Theater apportait son soutien logistique au sous-commandant Marcos en attaquant les serveurs de l’Etat mexicain, et maintenant, pour simplifier, c’est Facebook. Il est maintenant facile pour n’importe qui de prendre la parole et de toucher beaucoup plus de monde. Les hacktivistes peuvent facilement véhiculer un message, de proche en proche. C’est donc l’ampleur qui a changé. Très récemment, de nouveaux modes d’actions sont tout de même apparus : au moment de l’opération Payback sur Paypal, on a par exemple vu apparaître le boycott, ou encore un appel à sortir l’argent des banques.

Vous insistez dans l’ouvrage sur la difficulté de saisir la structure et la population d’Anonymous.

Internet et les réseaux peuvent permettre de s’organiser sans les structures auxquelles on est habitués hors du web. Les structures sont beaucoup plus lâches, elles reposent sur des liens faibles, mais qui peuvent être multipliés. Les activistes ont l’habitude de dire que les liens doivent être forts pour qu’une action puisse aboutir et avoir un impact. Sur internet, c’est la masse des personnes s’agrégeant qui va déterminer l’impact de l’action. La métaphore qui permet le mieux de visualiser la réalité du fontionnement des Anonymous est celle des nuages d’oiseaux : la masse se déplace dans une direction commune, communicant de proche en proche, mais des petits groupes peuvent s’écarter, puis rejoindre à nouveau le nuage. Pour comprendre comment ca se passe, il faut zoomer : cela fonctionne par opérations. C’est ce qu’on appelle la Do-ocracy : à partir du moment où on fait, il y a des gens qui peuvent nous suivre, ou faire différemment, avec cette dimension bricolage, en dehors de tout agenda. Une autre idée sous jacente exprimée par le « We are legion » au fronton du mouvement, c’est que chaque membre est interchangeable.

A propos de la difficulté de cerner le profil des participants à ces opérations, le FBI avait tenté de dresser un portrait-robot. En gros cela pouvait être la moitié de la planète. Au vu des gens arrêtés, on est sûr qu’il y a des hackers, mais potentiellement n’importe qui peut s’agréger à eux.

Wikileaks et les Anonymous, font beaucoup de bruit dans les médias, mais les effets concrets sont pour l’instant relativement limités.

C’est là où il faut remettre en perspective le phénomène. Les effets concrets et immédiats restent limités. C’est plus de l’ordre du symbolique ça débloque des choses. L’exemple des Zetas au Mexique est intéressant en ce sens. Ça fait un moment que personne ne parle et n’ose s’opposer à eux. Là il y a des gens qui les interpellent et qui disent « attention, vous n’avez pas le droit de faire ça, on a le pouvoir de vous embêter », et qui ont finalement gain de cause dans le cadre d’une négociation. Symboliquement, c’est hyper fort et ça permet aux gens de reconsidérer les rapports de force. Après, les succès des Partis pirate à Berlin et en Suède étaient inimaginables il y a quelques années, donc certaines choses bougent.

On observe déjà des querelles de chapelle au sein des Anonymous. Quel est le risque d’éclatement du mouvement ?

Le risque est présent bien sûr, il y a déjà eu des évènements qui montraient l’existence de désaccords internes. Il y a évidemment des luttes d’ego, des querelles de chapelle, comme l’attaque de Facebook que certains Anonymous ont immédiatement démentie en disant que ça ne servait à rien de tuer le messager. Dans le futur, plus que des risques d’implosion, il y a des risques de dilution si les messages sont trop confus et contradictoires, ce qui peut nuire à l’effet de masse. Peut-être d’ailleurs que l’avenir d’Anonymous sera un autre groupe qui sera plus légitime parce qu’il aura réussi à faire un coup sur une autre thématique.

Recueilli par Gino Delmas

 

Des pirates informatiques au service du public.

un article de :


L’«hacktivisme» prend ses distances des terroristes numériques et se pose en gardien de la démocratie
Fabien Deglise       9 décembre 2011

 


Des chiffres et des lettres à décoder. Ce casse-tête cryptographique, mis discrètement en ligne par les services secrets britanniques, vise à dénicher les meilleurs pirates informatiques pour les mettre au service de Sa Majesté.

Le CGHQ, le «Service gouvernemental d’écoutes et de transmission» en Grande-Bretagne, a lancé un curieux projet: les hackers sont invités à percer le mystère d’une page codée, qu’on trouvera ici, pour se mériter un emploi…
Il se passe une chose étrange en ce moment sur le Web. Depuis quelques jours, un casse-tête cryptographique a fait son apparition, discrètement, dans un recoin du cyberespace (canyoucrackit.co.uk). La grille codée, composée de séries de lettres et chiffres, est accompagnée d’une simple question en anglais: «can you crack it?» (Pouvez-vous décoder ça?). Un espace pour la réponse est prévu. Le défi est en ligne jusqu’à dimanche à 23h59. Pas une seconde de plus.

Campagne de marketing audacieuse? Jeu en ligne pour comptables et actuaires en quête de procrastination? Que non! L’exercice, formé de 160 codes alphanumériques, est plutôt un appât à pirates informatiques placé dans le cyberespace il y a quelques semaines par… les services secrets britanniques, a rapporté au début du mois le New York Times dans ses pages.

Et leurs intentions, pour une fois, ne sont pas voilées: dénicher ainsi les meilleurs hackers du monde, ces pirates informatiques qui agissent généralement sans intention de nuire, histoire de les mettre au service de Sa Majesté dans des opérations d’espionnage et de contre-espionnage qui se jouent désormais, de plus en plus, dans le champ numérique de la condition humaine.

«C’est amusant, mais ce n’est pas étonnant», lance à l’autre bout du fil Frédéric Bardeau, coauteur du bouquin Anonymous (éditions FYP), sorte de sociologie du Mouvement des anonymes, ces pirates informatiques qui mettent leur talent pour la défense de causes politiques ou sociales, en général, et en dérapant de temps en temps. «L’Internet est devenu massif et déterminant, politiquement, médiatiquement, économiquement, diplomatiquement… Dans ce contexte, la compétence informatique [y compris celle qui va dans les extrêmes techniques] se retrouve valorisée au maximum. Et le phénomène va aller en s’accentuant»… donnant du coup un autre visage aux pirates informatiques, dont un nombre grandissant veulent aujourd’hui mettre les codes binaires au service du public.

Exit la propagation de virus informatiques dans le but de porter préjudice à un État, une entreprise ou une personne. Exit aussi les intrusions dans des systèmes pour voler de l’argent, dérober des plans ou salir une réputation. Le piratage informatique à valeur sociale, l’«hacktivisme» comme on dit parfois, prend ses distances des terroristes numériques du Web et se pose même en gardien et en architecte d’une nouvelle démocratie, moderne et en réseau.

«Il y a toujours eu des hackers qui ont fait de la politique, dit M. Bardeau. Mais là, on les voit de plus en plus se rapprocher de mouvements sociaux, comme les indignés du mouvement Occupy récemment. Ils se renforcent, s’internationalisent et ils s’organisent. Et c’est peut-être ce qui est différent.»

Pirate contre tyran

En septembre dernier, un groupe baptisé Telecomix, en provenance de la Suède, en a fait une démonstration éloquente en lançant une opération massive de piratage baptisée #OpSyria. Le but? Refaçonner le réseau Internet de la Syrie, contrôlé par le dictateur Bachar al-Assad, pour en faire un réseau libre et sécurisé et permettre du coup à l’opposition d’y prendre la parole et de la diffuser. Des codes alphanumériques ont été mis à contribution dans ce projet. Tout comme des relais placés à l’extérieur du pays pour naviguer sans crainte de représailles du tyran et de son régime. Dans les mois précédents, des attaques similaires avaient été menées en Égypte et en Tunisie. Pour les mêmes raisons.

Les desseins sociorévolutionnaires des pirates informatiques portant le chapeau blanc — une image pour les distinguer des «chapeaux noirs», dont le génie informatique est mis au service du mal — sortent bien sûr des frontières de pays sous dictature et trouvent même un écho dans les démocraties saines, comme le Canada, où ces hackers attisent depuis quelques années le débat sur le principe de «gouvernement ouvert». Selon eux, la technologie doit servir aujourd’hui à mettre une plus grande transparence dans chaque fragment de l’administration publique, et ce, afin de lutter contre la corruption, de promouvoir la participation civique et de refonder la démocratie.

Leur idée d’ouverture fait son chemin. Et sous la pression de ces groupes de programmeurs engagés, de ces pirates indignés, plusieurs administrations — dont celle de Barack Obama —, mais aussi plusieurs municipalités, comme Montréal, commencent à adopter des politiques de libération de leurs données numériques afin de permettre à ces hackers de s’en servir comme matière première pour créer des outils visant à faciliter la vie des citoyens ou encore stimuler l’engagement social et politique.

Solidarité numérique

L’obtention de ces données par des voies légales est d’ailleurs au coeur de la démarche de ces hackers, qui s’évitent ainsi d’y accéder par des chemins non officiels. Elle alimente aussi depuis quelques mois des «hackathons», ces rencontres de gentils pirates qui pendant une journée cherchent à développer de nouveaux outils de communication ou d’information à l’attention du public, sur la base de fichiers numériques que les administrations leur fournissent. Un événement de ce genre a été tenu à Québec début novembre. Demain, Montréal va en accueillir un pour poursuivre le développement de quelques applications imaginées lors d’un «hackathon» précédent, comme des applications pour être informé en temps réel des niveaux de pollution dans la ville, traquer les terrains contaminés ou suivre à la trace les élus fédéraux. En gros.

L’événement va être couru par le génie informatique local, dont quelques éléments, aux jours et aux nuits éclairés par des écrans, pourraient bien être en mesure de trouver la réponse au casse-tête cryptographique mis en ligne par les services secrets britanniques.

Actuellement, rapporte le New York Times, 50 personnes dans le monde auraient réussi à déjouer cette nébuleuse alphanumérique, accédant du coup à une page de félicitations. À l’intérieur, un message sans équivoque qui leur demande de «se servir de leur talent et de leur ingéniosité pour combattre le terrorisme et la cyberterreur» en devenant un élément de l’agence du renseignement britannique. 35 postes sont à pourvoir d’ici ce printemps. Et comme à l’époque de Kim Philby, mais avec désormais d’autres moyens, il est possible que les services secrets de Sa Majesté réussissent, eux, avec ce casse-tête à faire changer de camp à un ou deux pirates informatiques. Qui sait.


SOCIÉTÉ
Par Erwan Manac’h – 16 décembre 2011

Qui sont les « Anonymous » ?
Les « hacktivistes » du web annoncent ce week-end deux journées mondiales d’action en soutien aux hackers emprisonnés. Retour sur un mouvement foisonnant, avec Frédéric Bardeau.

C’est une bouteille à la mer. Samedi 16 et dimanche 17 décembre, les « Anonymous » appellent à manifester en soutien aux hackers incarcérés et pour la mémoire de Mohamed Bouazizi, dont l’immolation, il y a un an, a été l’événement déclencheur de la révolution tunisienne. Après les printemps arabes, le mouvement des Indignés et d’Occupy Wall Street, l’« Opération horizon » espère fédérer une nouvelle fronde mondiale et « spontanée ».

Depuis leurs premières cyber-actions politiques sur la toile, en 2006, les « Anonymous » ont démontré leur pouvoir de nuisance. Le dynamisme foisonnant de ce mouvement aux contours troubles et aux perspectives incertaines, dessine même un « choc des cultures » à gauche.

Les explications de Frédéric Bardeau, analyste de la cyberculture, et coauteur de Anonymous, pirates informatiques ou altermondialistes numériques ?

Qui sont les « Anonymous » ?

« Anonymous » est une bannière, derrière laquelle on peut se mettre pour mener des actions indéfinies. Ils se définissent eux-même comme « une idée » ou une « murmuration », en référence aux groupes d’oiseaux qui se déplacent en créant un mouvement d’ensemble. L’ADN d’Anonymous est à chercher sur le site de discussion 4chan, avec la culture du Lulz, [un humour cynique qui assume un certain mauvais esprit]. Mais désormais, le mouvement Anonymous vit de lui même et s’est politisé.

Les Anonymous et la « cyberculture » ne s’inscrivent dans aucune idéologie…

C’est un mouvement protéiforme. Il n’est pas unifié géographiquement ni culturellement. Entre un Brésilien qui attaque la corruption de son gouvernement, un Mexicain qui se bat contre les cartels de drogue ou un libertarien, un « chomskien » américain ou un Anonymous français plutôt anti-scientologie, chacun garde sa culture nationale. Ils prennent corps concrètement sur des épisodes très précis, comme avec Wikileaks qui a créé une cristallisation et fait connaître les Anonymous.

Le manifestant anonyme, élu personnalité de l’année.
Time, mercredi 14 décembre 2011.
C’est un mouvement postmoderne, éloigné des idéologies. La seule chose qui peut les rassembler c’est l’éthique des hackers qui est née dans la cyberculture : la liberté d’expression, l’autogestion du réseau, l’indépendance vis-à-vis des pouvoirs économiques et politiques.

L’anonymat était important au départ pour ne pas être reconnu par la scientologie à qui les Anonymous se sont attaqués en premier, début 2008. L’anonymat est aussi conçu comme un élément libératoire. Vous pouvez faire fuiter plus de chose si vous êtes sûr de ne pas être reconnu.

L’anonymat efface aussi les barrières sociales…

Oui, c’est la base de la cyberculture. Les toutes premières communautés en ligne, avant même l’apparition d’internet, étaient vraiment basées sur l’idée que l’âge, la classe sociale, la ressemblance sont sans importance. Les gens sont jugés sur le comportement, le discours et les actes, qu’ils vont adopter sur le réseau avec leur pseudonyme. Internet est un canal fondamentalement démocratique.

C’est donc un mouvement extrêmement volatil, sans leader, sans organisation…

Il y a des coordinations ou des cristallisations. L’anthropologue new-yorkaise Gabriella Coleman compare souvent les Anonymous au monde des logiciels libres. Chez Linux, Wikipédia, Mozilla, les gens se sont emparés du projet. La différence avec les Anonymous, c’est que pour ces logiciels, des gens font la patrouille et vérifient les mises à jour. Chez les Anonymous, il ne peut pas y avoir de tête qui dépasse. Toute tentative d’en faire une traduction plus structurée est systématiquement cassée avec le « mauvais esprit » et le cynisme « Lulz » qui caractérise la cyberculture.

Quel est le rapport entre les Anonymous et les mouvements sociaux traditionnels ?
Il y a eu des passerelles. Les Anonymous sont à l’origine de la médiatisation d’Occupy wall street. Beaucoup de Hackers ont soutenu les « Indignés » en Espagne ou en Grèce notamment avec des attaques contre le FMI. Mais les Anonymous ne peuvent pas se pérenniser ou s’institutionnaliser.

D’un autre côté, les ONG et les mouvements plus anciens sont débordés. Ils n’ont pas d’interlocuteur. Ils sont face à des militants anonymes, qui manient souvent le mauvais esprit ou qui les remettent en cause sur leur bilan ou leur rôle de « négociateur » ou d’« intermédiaires » avec le pouvoir. Une partie des Anonymous rejettent aussi ces formes de mobilisation et revendiquent une prise directe entre la rue et le pouvoir.

Comment aborder l’avenir de ce mouvement ?

C’est un laboratoire dont il est impossible de savoir ce qui va sortir. Un rapprochement politique, avec la société civile ou des ONG est imaginable, mais au prix de l’abandon de l’anonymat, qui est un principe fondateur. On peut imaginer l’installation d’un altermondialisme numérique qui influence les discours et l’agenda politique. D’autant qu’avec la démocratisation d’internet, le phénomène ne concerne plus seulement une cyber élite qui maitrise les technologies. L’action des Anonymous pourrait aussi se concentrer sur les politiques du web : la liberté d’expression, la neutralité du réseau, la censure, la gouvernance du web.

Nota Bene :
Anonymous, Pirates informatiques ou altermondialistes numériques ? Frédéric Bardeau et Nicolas Banet, Editions Fyp. 200 pages, 19,50 €.

Photo : AFP / David K Hardman / citizenside.com

« Opération horizon »
L’« opération « horizon », dimanche 17 décembre, doit marquer le jour anniversaire de trois icônes des « hacktivistes » : le hacker Bradley Manning fêtera ce jour là, en détention, ses 24 ans. C’est aussi la date de la mort du Tunisien Mohamed Bouazizi, drame déclencheur de la révolution tunisienne, tandis que le mouvement Occupy wall street célébrera ses trois mois.

Samedi 16 décembre le mouvement « Free Anon » mobilisera aussi en soutien aux « hacktivistes » interpellés suite à l’invasion du serveur de PayPal, l’outil de paiement en ligne, accusé d’avoir participé à une campagne contre Wikileaks fin 2010. Ces « manifestations virtuelles », appelées « attaques DDoS », visent à surcharger temporairement les serveurs en les sollicitant massivement. Elles sont sévèrement condamnées par la justice.

Cronaca | di Eleonora Bianchini | 13 dicembre 2011

Anonymous, Bradley Manning, Julian Assange, Mohamed Bouazizi, Occupy, Operation Horizon, wikileaks, Zuccotti Park

Cybercultura, sabato 17 Anonymous lancia
la mobilitazione mondiale Operation Horizon


La data scelta è una triplice ricorrenza: dalla scintilla che fece esplodere la Primavera araba, all’anniversario del movimento Occupy, fino al compleanno di Manning, il soldato Usa che passò i cablogrammi a Wikileaks. “Un giorno di solidarietà e memoria”
“Siamo Anonymous. Siamo una legione. Non perdoniamo. Non dimentichiamo”. E’ il loro motto, che sottintende l’assenza di un leader e di una struttura organizzata. Si nascondono dietro la maschera di Guy Fawkes, la stessa di “V per vendetta” e secondo alcuni studiosi gli hacker di Anonymous sarebbero pronti a sbarcare in politica. Sabato 17 dicembre hanno lanciato la loro Operation Horizon, una giornata manifesto internazionale in cui chiedono ai loro attivisti, al movimento di Occupy e ai cittadini “marciare in un giorno di solidarietà e memoria”.

Una data che coincide con tre eventi chiave: il 17 dicembre infatti ricorre il primo anniversario dalla morte di Mohamed Bouazizi, il commerciante tunisino che si è immolato e ha dato inizio alle rivoluzioni del Maghreb. Ma non solo. Sabato saranno passati tre mesi dall’inizio del movimento Occupy, nato con Wall Street il 17 settembre, e sarà anche il 24esimo compleanno di Bradley Manning, il soldato americano accusato di avere trasmesso documenti riservati a Wikileaks. Tre eventi fra loro collegati: alcuni cable pubblicati da Julian Assange hanno provato la corruzione del regime di Tunisi, detonatore della primavera araba per il Nordafrica e degli Indignati europei contro la crisi economica. Noti per utilizzare gli attacchi informatici a favore del dissenso e dell’opposizione, come hanno fatto in passato contro Scientology e la sicurezza informatica americana con Operation Horizon il gruppo di Anonymous potrebbe fissare un altro tassello per la sua legittimazione politica, peraltro già garantita dal Primo emendamento della Costituzione americana.

A ribadirlo è stata una sentenza della Corte Suprema di New York dello scorso 15 novembre in cui, in relazione all’occupazione di Zuccotti Park, emergeva la tutela dell’anonimato da parte della legge anche nei casi di manifestazioni di dissenso che, tuttavia, non escludeva la responsabilità politica dell’azione. Un riconoscimento che pone le basi per la formazione di una eventuale agenda anche se, come ha osservato Gabriella Coleman, studiosa di antropologia dei digital media della New York University, in questo caso Anonymous dovrebbe trovare una sintesi tra la comunità hacker, acefala e promotrice del libero flusso di dati e informazione, e gli attivisti che intendono stilare un programma condiviso.

Sono più scettici invece i due autori francesi di “Anonymous” (Fyp éditions), saggio scritto a quattro mani da Frédéric Bardeau e Nicolas Danet che approfondisce le radici della credibilità pubblica di un gruppo autodefinito e senza confini geografici che rifiuta per sua natura una struttura centralizzata. Anonymous, secondo i due autori, è un movimento che sia nel mondo virtuale, attraverso gli attacchi informatici, sia in quello reale, con i contributi a Occupy, intende destabilizzare le elite politiche ed economiche che condizionano la democrazia e soffocano alcune fasce della popolazione. La loro azione mira a riappropriarsi dello spazio su Internet e nelle piazze, ma è difficile prevederne l’evoluzione. “Anonymous è già in politica, senza iscritti e senza tessere. E senza dover chiedere permessi a nessuno – spiega Danet. – Non c’è un leader con cui negoziare anche se l’esempio del Pirate Party, che ha conquistato 15 seggi nel Parlamento di Berlino, dimostra che la cybercultura sta entrando come forza rappresentativa nelle nostre democrazie”, aggiunge l’autore, che sottolinea anche le aspettative intorno al 17 dicembre. “Il 5 novembre, ovvero il giorno della congiura delle polveri di Guy Fawkes, simbolo e maschera del movimento, Anonymous aveva lanciato Operation Facebook per distruggere il social media. Eppure non è successo niente. E potrebbe accadere lo stesso il 17 dicembre, mentre sale inutilmente la tensione mediatica”. L’unico interesse di Anonymous in politica, prosegue Frédéric Bardeau, “è quello di fare pressione sui partiti di sinistra per la trasparenza dei dati pubblici e la tutela della libertà d’espressione, coinvolgendo la società civile sulla mobilitazione per la Tobin tax, l’annullamento del debito e contro la finanza offshore, ad esempio. Ma il movimento oggi non può strutturarsi né formalmente né a livello istituzionale”.

Nessun orizzonte definito per gli hacker anonimi. Ma l’operazione di sabato, tra il ricordo di Bouazizi e il compleanno di Manning, ripropone il dibattito sull’influenza della cybercultura nelle nostre democrazie.

 

 

RAPHAËL MORÁN
7 DE ENERO DE 2012 · SIN COMENTARIOS
EDICION MEXICO, INTERNACIONAL

En el mundo paralelo del internet existe una intensa actividad que no siempre se queda en el ámbito de lo virtual: ahí circula información relevante de empresas y gobiernos y se celebran transacciones económicas todo el tiempo. Eso lo entendieron muy bien los hacktivistas –piratas informáticos que se dicen comprometidos con las causas de los oprimidos y los inconformes–, quienes desde hace unos años han venido librando importantes batallas en el terreno de las redes sociales…

PARÍS.- Odian el control. No tienen jefes, partido ni finanzas pero luchan desde los cuatro rincones del mundo y permanecen en el anonimato. A lo largo de 2011 los internautas que actúan con el nombre de Anonymous desempeñaron un papel determinante en el juego político mundial al apoyar a los rebeldes de las revoluciones árabes y al atacar cibernéticamente a trasnacionales, sectas, partidos, gobiernos y hasta a Los Zetas.

Es complicado entender quiénes son Anonymous y qué quieren. “En realidad Anonymous –también usan el apócope Anons– es un estandarte del que cada uno puede apropiarse”, explica Nicolas Danet, coautor con Frédérique Bardeau del libro Anonymous, ¿piratas informáticos o altermundistas digitales? (Anonymous: Peuvent-ils changer le monde?) (FYP Editions, Francia, 2011).

Según este comunicólogo –que publicó el primer libro acerca de los activistas en línea– Anonymous es más una manera de actuar que una organización propiamente dicha. “La palabra Anonymous viene del foro en línea 4chan, donde la gente puede conversar sin registrarse previamente. Cada persona que participa en las pláticas de ese foro se llama, por defecto, ‘anonymous’. Y dado que las primeras operaciones de activismo en línea se coordinaron desde esa plataforma, se les quedó ese nombre”, dice.

Anonymous se dio a conocer mundialmente en 2011, pero ya llevaba tres años de actividad.

Su primera acción de envergadura consistió en atacar la Iglesia de la Cienciología: En 2008 esa secta publicó un mensaje en video donde el actor Tom Cruise explicaba los fundamentos de esa organización, de la que es miembro. Rápidamente el video fue retomado en YouTube y en varias redes sociales para ser criticado y satirizado. La Iglesia de la Cienciología, dueña de los derechos de ese mensaje, pidió que se retirara el video satírico, lo que fue visto como un acto de censura por varios internautas.

A finales de enero de 2008 un grupo de ellos, llamándose Anonymous por primera vez, editó un mensaje en video para declararle la guerra a la cienciología. Y así arrancó la Operación Chanology: una serie de ataques informáticos como el bloqueo del sitio web de la secta o la saturación de sus líneas telefónicas y de fax.

En los meses siguientes la ofensiva contra la cienciología se extendió a las calles, donde los manifestantes empezaron a usar las máscaras con la sonrisa sardónica de Guy Fawkes, el activista católico inglés que conspiró para atacar el Parlamento británico en 1605.

“Hacktivistas”

Los anónimos no tienen portavoces. Sólo son hackers o individuos con buen conocimiento técnico de las redes informáticas. Proceso conversó con uno de ellos. Su pseudónimo es Okhin y forma parte del colectivo Telecomix, que ayuda a los sirios a evadir el bloqueo en telecomunicaciones impuesto por el gobierno de Bashar al Assad.

“Yo rechazo definirme; son los otros quienes nos definen y etiquetan”, explica al reportero que entró en contacto con él vía Twitter. “Algunos dirán que soy un geek (fanático de las nuevas tecnologías), un hacker, un loco, un sociópata… y quizá soy un poco de todo esto. Pero antes que nada soy inquisitivo con todo (tanto con el funcionamiento de las relaciones sociales, con la economía, como con los sistemas virtuales) y pienso que el conocimiento debe compartirse con el máximo de gente posible sin restricciones”, subraya.

Okhin, quien dice ser administrador de sistemas de una pequeña empresa en línea en Francia, justifica su anonimato: “No soy anónimo. Mire, podemos conversar. Simplemente no pienso que mi identidad civil me define. No es pertinente porque incluye elementos como el género o la nacionalidad, que no me definen. Sin embargo, en un mundo donde el equilibrio de los poderes no se respeta y donde uno puede ser procesado injustamente por haber expresado su opinión, comprendo que algunas personas opten por el anonimato”, escribe.

Admite actuar con el grupo de hackers Telecomix, fundado en 2009 para oponerse al ACTA (Anti-Counterfeiting Trade Agreement o Acuerdo Comercial Antifalsificación), una propuesta que intenta reglamentar la propiedad intelectual a escala mundial. Este proyecto generó fuertes críticas ya que propone en ciertos casos obligar a los proveedores de internet a divulgar información de sus usuarios.

Se hacen llamar hacktivistas por la combinación de hacker (palabra inglesa que define a los piratas informáticos) y activista. “En nuestro grupo hay investigadores en ciencias sociales, políticos, pensadores, investigadores en computación, administradores de sistemas en redes, es decir, gente muy variada”, recalca Okhin.

Con otros hacktivistas, Telecomix lleva a cabo desde principios de 2011 la Operación Syria. “Tiene un solo objetivo: permitir a los sirios comunicarse y organizarse libremente”, informa Okhin.

La noche del 4 al 5 de septiembre de ese año los hacktivistas tomaron el control de la red siria de internet: cualquier persona que se conectara a la red desde Siria era redirigida a una página que mostraba un manual de resistencia contra la censura virtual que impuso el gobierno de Al Assad.

“Cibertécnicas”

Desde los noventa los hackers inventaron varias formas de protesta en línea. La más usual entonces fue el ataque DoS (denial of service o denegación del servicio).

Un internauta que se hace llamar Ane-aux-Nimousses –del foro Why we Protest que sirve de plataforma de organización para algunas de las operaciones de Anonymous y de los Indignados– explica:

“Un ataque DoS es como si mil personas llamaran por teléfono a una persona al mismo tiempo. Esta persona no podría contestar todas las llamadas. Esta operación es igual, con un programa se simulan millares de conexiones hacia un sitio de internet. Cuando el ancho de banda de ese sitio se satura, su servidor se ve forzado a apagarse y reiniciarse.”

Técnicamente la operación no es compleja; sólo necesita que muchas computadoras estén conectadas al mismo tiempo y se vinculen entre ellas para llevar a cabo ese bombardeo que puede quebrar un sitio de internet. Fue lo que ocurrió a principios de diciembre de 2010 cuando unos anónimos atacaron el sistema de pago en línea Paypal como parte de la operación Avenge Assange, con la que los internautas castigaron a las empresas Paypal, Visa y Mastercard por bloquear los donativos en línea para la organización WikiLeaks, de Julian Assange.

Los ataques DoS están severamente penados en algunos países. En Francia, Inglaterra y Estados Unidos varias personas fueron arrestadas, entre ellos un joven de 15 años, por haber participado en tal operativo. “Sin embargo algunos consideran que bombardear un sitio con miles de conexiones es como hacer una marcha en línea, es como hacer un sit-in virtual”, subraya Nicolas Danet.

El defacing es otro proceso aplicado por los hacktivistas. Consiste en entrar en el sistema de un sitio de internet para alterar su contenido. En el apoyo a los opositores de Siria, varias páginas gubernamentales de ese país fueron hackeadas por internautas que colocaron en esos sitios los nombres de las víctimas de la represión del gobierno de Al Assad.

Otro procedimiento es el dox, con el que se difunden datos personales de individuos de reputación cuestionable. Hackers preocupados por la situación en México amenazaron con revelar información que vincula a políticos, empresarios, policías y militares con Los Zetas en noviembre de 2011 en Veracruz. De esta manera Anonymous pudo liberar a uno de sus integrantes que estaba secuestrado por el grupo criminal, como lo documentó el reportero Jenaro Villamil (Proceso 1827).

De igual forma hacktivistas alemanes lanzaron en los primeros días de este año la Operación Blitzkrieg, en alusión a los ataques relámpago de los ejércitos de Hitler en los comienzos de la Segunda Guerra Mundial. Los anónimos abrieron un portal llamado NaziLeaks, donde pusieron en evidencia a varias personas cercanas al ultraderechista Partido Nacionaldemóctrata: revelaron nombres, direcciones, cuentas de correo electrónico y números telefónicos de clientes de tiendas en línea especializadas en la venta de parafernalia nazi y neonazi.

Pero “el modus operandi más llamativo de Anonymous es el impacto en los medios”, afirma Danet. “Crean contenido y apoyan causas, atrayendo a la población y los medios, algo que en sí es un modo de acción”.

Sabotaje de sitios gubernamentales, hackeo de datos personales, coordinación en línea, ayuda a los pueblos víctimas de bloqueos de las telecomunicaciones… los medios de los anónimos son diversos pero siempre responden a un objetivo: garantizar la libre circulación de la información y alentar a la transparencia de datos para los ciudadanos.

Algunos internautas entrevistados en el foro Why we Protest dicen defender los derechos humanos. El lunes 2 un grupo de internautas sin nombre declaró la guerra a la belga Mittal Steel, el gigante mundial del acero que anunció el despido de dos mil empleados pese a que tiene pingües ganancias.

La particularidad de los hacktivistas es que se incluyen en la categoría de los “sombreros blancos o grises”, es decir que usan su conocimiento para fines que consideran positivos.

Según Danet “la ética de estos ciberactivistas resulta de la contracultura estadunidense de los sesenta, que dio a luz a la cibercultura. (…) Los pioneros de esta cultura, como Steve Jobs, cofundador de Apple, están impregnados de la utopía hippie que es muy libertaria y que rechaza la jerarquía”.

El otro pilar de Anonymous es la dimensión técnica y el arraigo a internet que permite acceder a nuevas formas de compromiso social o político. “Los hackers insisten mucho en la idea de que ‘eres lo que haces’, no tu nombre, no tu origen o tu color de piel”, puntualiza Danet. De ahí surgió el concepto de “do-ocracy”, es decir “la democracia del hacer”, que privilegia el hacer y no el parecer.

De los foros de discusión como Why we Protest, 4chan o los canales de discusión de formato IRC (internet relay chat) –que permiten conversar en línea sin necesidad de registrarse– se desprende un espíritu de geeks burlones, críticos, aficionados al debate sobre cualquier tema.

Así, de manera colaborativa y espontánea se gestaron los ops u operativos para alterar los sitios de trasnacionales o gobiernos. En los foros, un reducido grupo de personas lanza un tema de conversación que puede desembocar en una propuesta y cada cual aporta sus competencias técnicas.

Cuando esta conversación agrupa a una “masa crítica” de integrantes se emite un mensaje-video con una voz alterada para conservar el anonimato. Muchas veces estos mensajes están dirigidos a los “ciudadanos del mundo” y aparece la máscara de Guy Fawkes en medio de un paisaje apocalíptico.

Y es que muchas veces la iconografía y las palabras de los anónimos revelan un fuerte tono de burla. El activismo en línea se basa en el espíritu del “lol” (laughing out loud o lot of lough… reír a carcajadas o reírse mucho) o su posterior corrupción “lulz”.

Dado que Anonymous no tiene una cabeza visible, muchas veces sus miembros discrepan.

El hecho de que cada cual pueda levantar el estandarte de los anónimos se manifestó tras el hackeo de la agencia estadunidense de análisis de seguridad e inteligencia Stratfor: El 25 de diciembre del año pasado un grupo de hackers reivindicó el robo de datos bancarios de más de 4 mil clientes de ese organismo. A la manera de Robin Hood, los anónimos anunciaron haber desviado más de 1 millón de dólares para depositarlos en las cuentas bancarias de ONG como Care, Save the Children o la Cruz Roja… Un día después un comunicado de otros supuestos Anonymous negó su responsabilidad en ese saqueo.

Sea quien sea responsable de la operación LulzXristmas, una vez más la personalidad de Anonymous salió a la luz: imprevisibles, burlones y generosos.

 

Um católico que, no dia 5 de novembro de 1605, quase conseguiu fazer voar pelos ares o Parlamento inglês com 30 quilos de pólvora, com o rei James I dentro, é o rosto oficial de uma nova revolta ocidental. Sem se encaixar em um rótulo tradicional, Anonymous realiza a sua maneira o desejo não confesso de muitos cidadãos do planeta: colocar uma pedra na engrenagem da perfeição ultraliberal, abrir a cortina de sociedades ultrapoliciais que só protegem os interesses do poder. O artigo é de Eduardo Febbro.
Eduardo Febbro – De Paris
Paris – Guy Fawkes nunca pensou que sobreviveria a tantos séculos, e menos ainda que, mais de quatrocentos anos depois de suas andanças, a máscara que o representa se converteria em pleno século XXI no emblema daqueles que – desde os indignados até os guerreiros digitais do Anonymous, passando por toda a galáxia dos grupos antiglobalização – se opõem ferreamente à ordem de um mundo ultraliberal, depredador e indolente.

Este católico que, no dia 5 de novembro de 1605, quase conseguiu fazer voar pelos ares o Parlamento inglês com 30 quilos de pólvora, com o rei James I dentro, é o rosto oficial da revolta ocidental e, mais precisamente, o distintivo com o qual o grupo de hackers reunido sob a denominação de “Anonymous” se apresenta ao mundo. Suas ações já são parte da resistência permanente contra toda forma de violação de liberdade segundo os critérios com os quais Anonymous a entende.

Presente há vários anos na cena do hacking contestatório, Anonymous ganhou fama quando, em 2010, em plena ofensiva oficial contra o fundador do Wikileaks, Julian Assange, o grupo atacou as empresas multinacionais que tinham se somado ao boicote instrumentalizado pelo governo dos EUA contra todas as fontes de financiamento do Wikileaks: os portais de Amazon, PayPal, Visa, MasterCard e Postfinance, a filial dos serviços financeiros dos correios suíços, foram bloqueados pela operação Payback montada por Anonymous contra essas empresas que, sem ter nenhuma ordem judicial, trataram de impedir que o dinheiro chegasse a Wikileaks.

Era a primeira vez na história que se realizava uma ofensiva dessa magnitude não mais em nome do ciberanarquismo, mas sim em defesa de certa forma de liberdade.

Quem são e de onde vem esses valentes que ousaram penetrar as portas mais protegidas para ferir o coração do sistema? Frédéric Bardeau e Nicoals Danet, os autores de um destacado ensaio sobre Anonymous (“Anonymous: piratas informáticos ou altermundistas digitais?’), descrevem a influência desta galáxia sem hierarquia nem manual de instruções como “um movimento que modifica a relação de formas no interior da sociedade”.

De ação em ação, Anonymous instalou-se na paisagem política mundial e excedeu em muito a herança de seus pais culturais, a saber, toda a cultura contestatória norteamericana dos anos 70 perfeitamente representada por Stephen Wozniak, co-fundador da Apple, e Richard Stallman, o iniciador do projeto GNU.

Anonymous se plasmou em quatro operações muito ousadas. A primeira: os ataques contra a igreja da Cientologia, em 2008. A segunda: a ciberofensiva contra o escritório de advocacia Baylout, defensores dos direitos autorais da indústria do disco e do cinema nos Estados Unidos, e contra o portal da Motion Picture Association of America (MPAA), associação que o Anonymous persegue por suas “políticas excessivas” na proteção dos direitos autorais. Terceira: a intervenção a favor de Assange no que ficou conhecido como o primeiro episódio de uma autêntica guerra da rede. Coldblood, um dos porta-vozes do Anonymous, explicou então que a operação em defesa de Assange estava se convertendo em uma guerra, mas não uma guerra convencional. “É uma guerra de informação digital. Queremos que a internet siga sendo livre e aberta para todo mundo, como sempre foi”. O quarto episódio remonta ao dia 19 de janeiro, logo após o fechamento do site Megaupload e a prisão de seu criador, o multimilionário Kim Schmitz. Lançados dos quatro pontos cardeais do planeta, os ataques orquestrados por Anonymous bloquearam os portais do Ministério da Justiça dos EUA, da Casa Branca, da Warner, da Universal, do FBI, do organismo que supervisiona a internet na França, Hadopi, e a estrutura que administra os direitos de autor, a Sacem. Anonymous conseguiu inclusive penetrar no portal da presidência francesa e modificar as mensagens de boas vindas.

A quinta e última ação ocorreu há apenas alguns dias. Um grupo que se identificou como Anonymous divulgou a gravação de uma “reunião” telefônica entre o FBI e a polícia britânica, na qual se falava de ações contra os ciberativistas. Onde estão para conseguirem se meter nestas conversas tão íntimas? “Em todas as partes”, respondem Frédéric Bardeau e Nicolas Danet, os autores do ensaio sobre Anonymous. Estes dois especialistas observam que os Anonymous não são piratas propriamente, pois não roubam nada. Tampouco são “terroristas”, mas “um fenômeno muito mais vago cujo único fio condutor é a defesa da liberdade de expressão”. Bardeau e Nadet contam que, em certo momento, “a CIA tentou realizar um perfil dos simpatizantes de Anonymous: era tão indefinido que terminava apontando para a metade do planeta”.

Seu lema tornou-se realidade: “somos legião”. Neste sentido, Frédéric Bardeau destaca que os Anonymous não se enquadram em nenhum rótulo. “Não são nem anarquistas, nem sindicalistas revolucionários, nem marxistas. É um movimento pós-moderno, anônimo, planetário, descentralizado. Entre os Anonymous do Brasil, muito fortes e mobilizados contra a corrupção, e os da Áustria e Alemanha, todos antifascistas, não há unidade, mas sim denominadores comuns como a liberdade e a neutralidade da rede”. Diferentemente dos indignados ou de outros movimentos antiglobalização, Anonymous atua a partir do anonimato: não há partido político, nem fórum, nem cúpula, nem manifestação. Sua identidade física é a máscara de um militante católico britânico do século XVI e seus territórios são estes: irc.anonops.li, twitter@AnonOps, @AnonymousIRC, Facebook Anonymous, AnonOps.blogspot.com.

A origem do nome provém dos fóruns anárquicos 4chan (*). Neste portal norteamericano é fácil inscrever-se e cada participante recebe o pseudônimo de “Anonymous”. Estão em muitos lugares ao mesmo tempo, alguns são hackers aficionados, outros não, universitários, empregados, militantes de uma ou de muitas causas. Anonymous realiza a sua maneira o desejo não confesso de muitos cidadãos do planeta: colocar uma pedra na engrenagem da perfeição ultraliberal, abrir a cortina de sociedades ultrapoliciais que só protegem os interesses do poder. Nicolas Danet comenta que “Anonymous é um pouco como o voo dos pássaros migrantes. Formam uma massa que conhece o objetivo, mas um pássaro pode deixar o grupo a qualquer momento”. Os vídeos de Anonymous já são famosos, tanto pelo conteúdo como pela voz metálica que anuncia: “Somos legião. Não perdoaremos, não esqueceremos. Tenham medo de nós”.

(*) 4chan é um imageboard em inglês. Lançado em 1° de Outubro de 2003, seus sub-fóruns eram originalmente usados para postagem de imagens e discussão sobre mangás e animes. Os usuários geralmente postam anonimamente e o site já foi relacionado com subculturas da Internet e ativismo (Wikipédia)

Tradução: Katarina Peixoto

 

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